18.10.2012
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La grève enseignante, en quête d'efficacité

L'Institut de recherches de la FSU orga­ni­sait la semaine der­nière un inté­res­sant col­loque sur la grève ensei­gnante. Il abor­dait notam­ment l'efficacité des formes clas­siques de la mobi­li­sa­tion et la recherche d'alternatives à la grève de 24h. Compte-rendu.
Manifestation Paris III Censier

Contrepoint/Flickr

L'Institut de recherches de la FSU orga­ni­sait ce jeudi le col­loque "La grève ensei­gnante, en quête d'efficacité", où inter­ve­nants d'horizons divers ont croisé leurs réflexions sur cet outil incon­tour­nable de la lutte syn­di­cale. Ils se sont pen­chés sur les spé­ci­fi­ci­tés de la grève chez les ensei­gnants et ont ana­lysé, à la lumière de plu­sieurs expé­riences de lutte éche­lon­nées entre 1920 et 2010, l'efficacité des dif­fé­rentes formes de mobilisation.

Les ensei­gnants, des "gréviculteurs" ?

Le monde ensei­gnant est sou­vent pointé du doigt pour la fré­quence de ses grèves, qui vaut par­fois aux ensei­gnants le qua­li­fi­ca­tif de "gré­vi­cul­teurs". Selon Laurent Frajerman, his­to­rien et ani­ma­teur de la jour­née, ce n'est pas uni­que­ment un effet de média­ti­sa­tion exces­sive. En 2006, les grèves ensei­gnantes repré­sen­taient 70 % des jours de grève dans la fonc­tion publique et 45 % des jours de grève dans le privé, alors que les ensei­gnants ne repré­sentent que 3 % de la masse salariale.

Pour Alain Dalançon, pré­sident de l'Institut de recherches sur l'Histoire du syn­di­ca­lisme dans les ensei­gne­ments du second degré (IRHSES), la grève ensei­gnante pos­sède d'autres spécificités :

- Elle n'a qu'un impact limité sur l'économie du pays

- Elle a long­temps été reje­tée par les ensei­gnants : très atta­chés à leurs mis­sions, ces der­niers ont mis du temps à inté­grer la grève à leur culture

Une appro­pria­tion dif­fi­cile de la grève par les enseignants

Le par­cours d'appropriation de la grève comme outil de reven­di­ca­tion par les ensei­gnants a en effet été dif­fi­cile, estime Loïc Le Bars, his­to­rien. Il évoque ainsi l'échec de la mobi­li­sa­tion des ins­ti­tu­teurs syndicaliste-révolutionnaires de 1920, avor­tée en catas­trophe à cause de la faible mobi­li­sa­tion des syndiqués.

Dans le 2nd degré, l'esprit syn­di­ca­liste des ensei­gnants s'est formé avec la pre­mière "grève du bac" en 1927, sur laquelle revient Yves Verneuil. L'historien rap­pelle que cette grève a contri­bué à démon­trer l'importance sociale des pro­fes­seurs de l'enseignement secon­daire, puisqu'à l'époque, le bac­ca­lau­réat consti­tuait une "porte d'entrée dans la bourgeoisie".

Aujourd'hui, la grève s'est ins­ti­tu­tion­na­li­sée, même si elle reste l'objet de débats, indique Nada Chaar, sociologue.

En effet, comme l'explique Laurent Frajerman, après une ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion et une radi­ca­li­sa­tion entre 1946 et le début des années 80, la grève ensei­gnante est aujourd'hui remise en ques­tion par les pro­fes­seurs eux-mêmes. La forme la plus clas­sique de mobi­li­sa­tion, la grève de 24h, est cri­ti­quée sur son effi­ca­cité sans qu'une alter­na­tive à celle-ci ne s'impose réellement.

Faut-il remettre en ques­tion la grève de 24h ?

La grève de 24h est la forme de mobi­li­sa­tion la plus uti­li­sée par les ensei­gnants, mais aussi la plus cri­ti­quée, indique Laurent Frajerman.

Pour Monique Vuaillat, ancienne secré­taire géné­rale du SNES et de la FSU, la grève de 24h n'est qu'une par­tie de la pano­plie de moyens d'actions syn­di­caux. Si elle vient seule, elle est inef­fi­cace, estime-t-elle. Un avis par­tagé par Marianne Baby, secré­taire géné­rale adjointe du SNUipp. "La grève de 24h se pose rare­ment comme seul élément mobi­li­sa­teur", affirme-t-elle, citant notam­ment les "Nuits des écoles" et les mani­fes­ta­tions de parents qui accom­pagnent sou­vent les jour­nées de mobi­li­sa­tion des enseignants.

En outre, "la grève de 24h per­met d'ancrer les reven­di­ca­tions dans l'esprit col­lec­tif", ajoute Laurent Cadreils, secré­taire du SNUipp Haute-Garonne. Et l'on peut ensuite construire un mou­ve­ment durable grâce à Internet, Facebook et autres réseaux sociaux, pré­cise Marianne Baby.

Les alter­na­tives aux grèves classiques

Les grèves admi­nis­tra­tives, par­fois envi­sa­gées comme alter­na­tives à la grève de 24 h, ont été pour la plu­part d'entre elles de rela­tifs échecs. Lors de la grève de 2003, par exemple, la mobi­li­sa­tion n'a pas connu l'ampleur escomp­tée : cer­tains ensei­gnants gré­vistes, par acquis de conscience, fai­saient tout de même cours dans l'intérêt des élèves devant pas­ser le bac. Finalement, le blo­cage de l'examen, un temps envi­sagé, n'a pas eu lieu, explique Jean-Michel Devron, du bureau de l'institut de recherches de la FSU.

De même, affirme Bertrand Geay, socio­logue, la grève active des enseignants-chercheurs du prin­temps 2009 a laissé un sen­ti­ment par­tagé d'insuccès, du fait de la coor­di­na­tion insuf­fi­sante entre les universitaires.

Pour autant, Laurent Frajerman estime que l'on ne peut pas répondre à la ques­tion de l'efficacité pour établir de "bonnes pra­tiques de grève", car elle dépend for­te­ment du contexte.

La richesse du sujet appelle à un approfondissement, affirme André Robert, socio­logue, à la fin du col­loque. Pour pour­suivre la réflexion, il serait inté­res­sant d"examiner les ini­tia­tives de grève ensei­gnante à l'étranger" et d'"explorer les formes de renou­vel­le­ment contem­po­raines de la grève", comme les Nuits des Ecoles, conclut-il.

Elsa Doladille

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Profencolère
le 8 décembre 2012

La grève d'un jour sert uni­que­ment à ren­flouer les caisses de l'Etat et à per­mettre aux ensei­gnants qui n'en peuvent plus de se repo­ser une jour­née. Les syn­di­cats devraient pen­ser à d'autres moyens de pro­tes­ta­tion qui ne péna­li­se­raient pas les profs finan­ciè­re­ment et qui seraient plus utiles. Le grand gagnant dans la grève d'un jour est l'Etat.

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