17.10.2012
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Bruno Jeauffroy : "le bachelier 2013 nous interroge"

L'Union des Professeurs de spé­ciales (UPS) a fait ses pro­po­si­tions dans le cadre des Assises de l'Enseignement supé­rieur. Son pré­sident, Bruno Jeauffroy, pro­fes­seur de phy­sique en prépa au lycée Fénelon à Paris, nous en parle et évoque les consé­quences de la réforme du lycée sur la ren­trée en prépa scien­ti­fique des bache­liers 2013.
Bruno Jeauffroy

Bruno Jeauffroy

Pouvez-vous nous pré­sen­ter votre asso­cia­tion en quelques mots ?

L'UPS, Union des Professeurs de spé­ciales, regroupe la quasi-totalité (92%) des pro­fes­seurs de mathé­ma­tiques, phy­sique, chi­mie et infor­ma­tique des classes pré­pa­ra­toires scien­ti­fiques (de pre­mière et seconde année), en dehors des classes prépa à com­po­sante bio­lo­gie. Elle com­prend près de 2700 adhé­rents, est tota­le­ment apo­li­tique, et existe depuis 86 ans. A titre d'information, la France compte près de 500 lycées à classes prépa, et on trouve des classes prépa scien­ti­fiques dans 300 d'entre eux.

La ren­trée s'est-elle bien passée ?

C'était plu­tôt une bonne ren­trée. Peu de classes semblent dépas­ser la limite légale de 48 élèves. Cependant, 48 élèves, cela peut être trop. En effet, dans les bons établis­se­ments du Quartier Latin, cela ne pose pas pro­blème. Mais dans cer­taines classes prépa de ban­lieue ou à la cam­pagne, ou encore dans des filières plus tech­niques, c'est plus dif­fi­cile. Tout le monde n'a pas men­tion très bien au bac dans les classes prépa. Seuls peut-être 10 lycées sont très élitistes, or il y a 300 pré­pas scien­ti­fiques en France... La prépa d'il y a 30 ans n'a rien à voir avec celle de main­te­nant. Et leur nombre a plus que dou­blé durant cette période.

La classe prépa n'est donc plus cet uni­vers clos, un peu effrayant que l'on décrit ?

Il faut y tra­vailler, mais tra­vailler n'est pas un gros mot, sur­tout si on est accom­pa­gné. On ne met plus de très mau­vaises notes, cette période est révo­lue. À titre d'exemple, je mets plus de 10 de moyenne à mes étudiants, je ne mets jamais en des­sous de 6, et jusqu'à 18, 19 pour les meilleurs.

La prépa moderne ne "casse" pas les élèves ?

Non, sur­tout ça ne casse pas comme cela pou­vait être le cas il y a trente ans. Les heures de colle par exemple servent aujourd'hui de vrais cours par­ti­cu­liers à l'étudiant, sur­tout en début de pre­mière année. C'est un des tré­sors de la classe prépa, une des clefs de sa réus­site que d'avoir ces deux heures d'interrogation orale par semaine. L'accompagnement per­son­na­lisé au lycée pro­cède de cette idée. De même que nos TIPE ont été copiés pour en faire des TPE en première.

La réforme du lycée touche cette année les ter­mi­nales. C'est donc en 2013 qu'arriveront les bache­liers d'un nou­veau type, ayant suivi des pro­grammes neufs en cycle ter­mi­nal. Quelles sont les dif­fé­rences notables d'avec les pro­grammes antérieurs ?

En ter­mi­nale, il n'y a pas eu d'allègement horaire, mais en pre­mière, il y en a eu beau­coup. On a enlevé par semaine une heure de maths, une heure 30 de physique-chimie, une heure de SVT, pour lais­ser la place à l'accompagnement per­son­na­lisé, qui n'est pas néces­sai­re­ment scien­ti­fique, sans oublier la place pour l'histoire-géo. Ce sont donc jusqu'à 200 heures d'enseignement scien­ti­fique qui sautent en tout sur le cycle terminal.

Comment les classes prépa vont-elles s'adapter à ce changement ?

On réforme les classes prépa pour la ren­trée 2013. On réécrit les pro­grammes de pre­mière et seconde années. Des pans entiers de pro­gramme ont été en effet sup­pri­més : en phy­sique par exemple l'électronique, en mathé­ma­tiques, une bonne par­tie de la géo­mé­trie. On va ren­for­cer cer­tains pans de pro­gramme, plus adap­tés aux nou­veaux venus : en phy­sique par exemple, on va plus insis­ter sur la phy­sique du 20e siècle. En mathé­ma­tiques, sur les pro­ba­bi­li­tés de base, pour pou­voir suivre ensuite en école d'ingénieur. Le bache­lier 2013 nous inter­roge. La notion de centre de gra­vité n'est au pro­gramme nulle part, ni en maths, ni en phy­sique dans tout le pro­gramme de secon­daire. Il fau­dra donc le lui apprendre. Un autre exemple, la déri­vée de com­po­si­tion de fonc­tion, abso­lu­ment indis­pen­sable en phy­sique : cela a égale­ment dis­paru des programmes.

Mais les étudiants qui arri­ve­ront auront d'autres com­pé­tences : ils seront plus armés au niveau des apti­tudes expé­ri­men­tales, de la démarche scien­ti­fique. Nous allons par ailleurs tra­vailler dans le sens de la mise en place d'une sorte de socle com­mun sur le pre­mier semestre de pre­mière année pour qu'ensuite, quelle que soit la filière de prépa qu'ils aient choi­sie, ils ne soient pas dérou­tés. Ils pour­ront ainsi faci­le­ment se réorien­ter dans une autre série, ou à l'université, ou à l'IUT. Nous sou­hai­tons favo­ri­ser les passerelles.

A l'occasion des Assises natio­nales de l'enseignement supé­rieur et de la recherche, vous avez, dans votre contri­bu­tion, évoqué la néces­site de ren­for­cer les liens avec l'université. Qu'en est-il aujourd'hui de vos rap­ports avec elle ?

Il y a un pro­blème d'appellation : on dit qu'il n'y a des grandes écoles qu'en France, mais en réa­lité, ce n'est pas le cas. Des uni­ver­si­tés élitistes, il y en a par­tout : on pour­rait juste déci­der de chan­ger les noms, et nom­mer Université Polytechnique, par exemple, l'école Polytechnique, Université Centrale, l'école Centrale, etc. Pour moi, les grandes écoles et les uni­ver­si­tés par­ti­cipent d'un tout : le ser­vice public. Nous avons les meilleurs rap­ports du monde avec les uni­ver­si­taires, chaque prépa a un accord avec une uni­ver­sité, je fais moi-même par­tie de la Société fran­çaise de Physique. Mais il est vrai que nous sommes sépa­rés géo­gra­phi­que­ment, nous sommes pré­sents dans des lycées.

Que pensez-vous des classes prépa inté­grées à l'université, qui se sont déve­lop­pées à par­tir de 2009, comme par exemple à l'université de Bretagne ?

Cela fait plus de vingt ans qu'un type uni­ver­si­taire de classes prépa existe, pour pré­pa­rer l'entrée dans cer­taines écoles d'ingénieur. Depuis 2009, un autre type de prépa a en effet été créé, en col­la­bo­ra­tion avec l'université. A Rouen, cela n'a pas mar­ché : il est vrai que pour les uni­ver­si­taires, la recherche seule compte pour l'évolution de la car­rière, et non le fait de faire cours ou de cor­ri­ger chaque semaine des copies. Je pense que fon­da­men­ta­le­ment, il y a un pro­blème de sta­tut, et que pour cette rai­son, ces expé­riences ne peuvent se mul­ti­plier. En tout cas, pour nous, ce n'est pas une concur­rence : on manque d'ingénieurs et de scien­ti­fiques en France, et tout ce qui peut contri­buer à pro­mou­voir la science auprès des jeunes est positif.

Sandra Ktourza

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Az
le 17 octobre 2012

Et aussi 1 heure en moins en sciences de l'ingénieur.

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