08.10.2012
Aucune réaction

Des enseignants-stagiaires sous pression

Depuis la ren­trée, consigne a été don­née aux rec­teurs de libé­rer une jour­née dans l'emploi du temps des sta­giaires du 2nd degré, avec une décharge de 3h par semaine. Objectif : per­mettre aux ensei­gnants inex­pé­ri­men­tés de se for­mer. Dans l'académie de Créteil, la plu­part des sta­giaires se disent épui­sés et regrettent une for­ma­tion « subie ».

Les pro­fes­seurs débu­tants sont à la peine. « Rien n'a vrai­ment changé », regrette Sébastien de Schryver, ensei­gnant dans un lycée de Seine-Saint-Denis et délé­gué SNES.
« L'an passé, tous les enseignants-stagiaires avaient 2h de décharge et cette année c'est 3h. Mais ils sont déjà tous épui­sés car ils ont entre 15h et 18h de cours à assu­rer, ils n'arrivent pas à pro­fi­ter de la jour­née bana­li­sée. » Sébastien de Schryver regrette l'ancien sys­tème, avant la réforme de la « mas­té­ri­sa­tion », lorsque les sta­giaires béné­fi­ciaient de 6 à 8h devant élèves et d'une à deux jour­nées de for­ma­tion par semaine : « l'emploi du temps était allégé, ce qui per­met­tait de pré­pa­rer ses cours et de réflé­chir à ses erreurs. »

« Une entourloupe »

Aurélia (1) vient de décro­cher le CAPES et enseigne pour la pre­mière fois cette année à trois classes de 6e et 5e. « Je n'ai jamais fait de stage ni eu de classe en res­pon­sa­bi­lité », précise-t-elle. « La jour­née de for­ma­tion, qui pour Créteil a lieu le jeudi, est en réa­lité très peu bana­li­sée. Il y a une entour­loupe puisque les 3h de décharge sont rem­pla­cées par une jour­née entière de tra­vail, sou­vent éloi­gnée de notre domi­cile, au milieu d'un emploi du temps haras­sant. On signe une feuille d'émargement, c'est infan­ti­li­sant. Tout le monde se plaint mais per­sonne ne le dit de peur de ne pas être titu­la­risé. » Aurélia recon­naît néan­moins qu'il n'est pas inutile d'être formé à la ges­tion d'une classe : « mais on aurait dû le faire avant ! Là, j'ai sur­tout besoin de dor­mir et de temps pour pré­pa­rer mes cours. 15h ça peut paraître peu mais il faut se rendre compte que sou­vent on a des tra­jets impor­tants, des jour­nées accor­déons avec des cours espa­cés et il n'est pas tou­jours facile de tra­vailler en salle des profs. On a tout à gérer la pre­mière année : la pré­pa­ra­tion, les cours, la cor­rec­tion des copies et la for­ma­tion. Les deux pre­mières semaines je pen­sais à arrê­ter mais avec une impos­si­bi­lité éthique vis-à-vis des enfants qui se retrou­ve­raient sans rem­pla­çant. Mais je me dis que si je dois 'sécher', ce sera la jour­née de for­ma­tion. C'est mal­sain, mais c'est trop fatigant. »

Les anciens contrac­tuels s'estiment lésés

Selon les syn­di­cats ensei­gnants, un autre pro­blème se pose dans l'académie de Créteil. La cir­cu­laire minis­té­rielle sti­pule que les sta­giaires qui « dis­posent d'une forte expé­rience en tant que contrac­tuel » ne béné­fi­cient pas des 3h de décharge. « L'académie de Créteil consi­dère que 'forte expé­rience' cor­res­pond à trois ans d'enseignement », déplore Pablo Krasnopolsky, délé­gué CGT Educ'action. « Cela crée une injus­tice car d'autres aca­dé­mies ne font pas la dis­tinc­tion. Et les anciens contrac­tuels se retrouvent sous l'eau. »

De source syn­di­cale, ils seraient envi­ron 100 sta­giaires sur 900 à être exemp­tés de décharge dans l'académie de Créteil. C'est le cas de Karim, ancien contrac­tuel, ensei­gnant de lettres et his­toire dans un lycée pro­fes­sion­nel du Val-de-Marne. « Je vis très mal d'être privé des 3h de décharge. J'ai 18h de cours, plus une jour­née de for­ma­tion le jeudi, des copies à cor­ri­ger pen­dant l'heure du déjeu­ner... J'ai l'impression de ne pas avoir de vie, d'être noyé sous une tonne de docu­ments. J'aurais pré­féré que cette jour­née de for­ma­tion n'ait lieu qu'une fois par mois. »

Seule amé­lio­ra­tion, selon Sébastien de Schryver du SNES, les heures de décharge seraient davan­tage effec­tives par rap­port à l'an der­nier : « nous avons fait une enquête et 30% des sta­giaires ont des heures sup­plé­men­taires, c'est-à-dire 16h ou 17h de cours au lieu de 15h théo­riques, contre 80% l'an dernier. »

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Prénoms modifiés

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction