03.10.2012
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"Le néerlandais, c'est l'allemand sans les déclinaisons"

Ruben in 't Groen fait par­tie de la tren­taine de pro­fes­seurs de néer­lan­dais en exer­cice dans le secon­daire. Il dresse pour VousNousIls l'état des lieux de l'enseignement de cette langue, et explique sa progression.

Ruben in' t Groen professeur néerlandaisComment en êtes-vous venu à ensei­gner le néer­lan­dais en France ?

Je suis néer­lan­dais, je réside en France depuis 1996. J'ai com­mencé à ensei­gner à l'université Lille-III en tant que lec­teur, puis j'ai passé le concours de recru­te­ment, et j'enseigne depuis dans le secon­daire. J'ai une décharge le ven­dredi pour des mis­sions d'inspection, car il n'existe pas d'inspecteur pour le néerlandais.

Quel est le rayon­ne­ment du néer­lan­dais dans le monde ? La plu­part des locu­teurs sont-ils ras­sem­blés en Europe ?

Il y a 16 mil­lions de néer­lan­do­phones aux Pays-Bas, 7 mil­lions dans les Flandres et 0,5 mil­lion au Suriname, en Amérique du Sud. Ces trois pays ont créé la Taalunie, l'union lin­guis­tique néer­lan­daise. Par ailleurs, l'afrikaans, une forme de néer­lan­dais, est encore langue offi­cielle en Afrique du Sud.

Ressources péda­go­giques

Retrouvez dans notre fiche péda­go­gique une sélec­tion de res­sources en ligne pour l'enseignement du néer­lan­dais : lin­guis­tique, culture, res­sources audio et vidéo, cours et exer­cices, etc.

Quels sont les effec­tifs d'enseignants et d'apprenants en France ?

Nous sommes une tren­taine d'enseignants en France pour le secon­daire. Il y a des écoles pri­maires qui ini­tient au néer­lan­dais une demi-heure par semaine, des col­lèges où le néer­lan­dais est pro­posé en "LV+" en 6ème et 5ème en com­plé­ment de la LV1, neuf sec­tions bilangues où le néer­lan­dais s'apprend en sixième en même temps que l'anglais, il est aussi pro­posé en LV2 et LV3 dans cer­tains lycées...

A la ren­trée 2011–2012, 1.239 élèves appre­naient le néer­lan­dais au col­lège, et 1.011 au lycée. Les effec­tifs aug­mentent chaque année depuis 15 ans environ.

Qu'est-ce qui explique la mon­tée en puis­sance de l'enseignement du néer­lan­dais en France ?

C'est venu d'une volonté poli­tique à la fin des années 90, avec la créa­tion du concours, et donc la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des ensei­gnants, qui aupa­ra­vant n'étaient pas recon­nus. Cela a contri­bué à sta­bi­li­ser l'enseignement de la langue, et à encou­ra­ger les chefs d'établissements à ouvrir des sec­tions de néer­lan­dais. Depuis peu, il existe une for­ma­tion pour les contrac­tuels, et à nou­veau un concours interne, ce qui donne une pers­pec­tive aux vaca­taires ou contractuels.

Il y a tou­te­fois des limites à notre pro­gres­sion. On peine aujourd'hui à recru­ter des élèves dans les filières LV3, à cause de la réforme des lycées qui pri­vi­lé­gie la série L pour cette option, alors que ce sont les élèves de série S qui sup­portent le plus faci­le­ment trois heures de cours facul­ta­tifs par semaine. Il y a aussi des ques­tions de niveau : les grands débu­tants qui prennent le néer­lan­dais en LV2, en qua­trième, sont mélan­gés avec ceux qui ont com­mencé au pri­maire ou en sixième. Même situa­tion avec les élèves des filières bilangues : quand ils arrivent au lycée, ils n'ont pas le même niveau que ceux qui ont com­mencé en qua­trième... Ces vitesses d'apprentissage dif­fé­rentes ne sont pas faciles à gérer.

Le post­bac pose d'autres pro­blèmes. Si un élève qui a fait néer­lan­dais LV2 veut faire un BTS com­merce inter­na­tio­nal, on ne lui pro­po­sera que de l'anglais ou de l'espagnol. J'ai aussi des élèves qui avaient 16 de moyenne au bac mais se sont fait refu­ser en classes pré­pa­ra­toires parce qu'ils fai­saient néer­lan­dais LV2 ! La prépa écono­mique du lycée Gaston Berger de Lille est main­te­nant ouverte au néer­lan­dais en pre­mière année, c'est une petite vic­toire mais c'est la seule dans ce cas. Autre grand désa­van­tage : il n'y a pas de cours du Cned. En cas de démé­na­ge­ment, les élèves ne peuvent pas tou­jours conti­nuer. La seule solu­tion pour eux est de s'inscrire au Cned wallon.

Quelles sont les moti­va­tions des élèves ?

Ce sont plus sou­vent les parents qui choi­sissent les langues de leurs enfants, car ils sont plus conscients des réa­li­tés écono­miques. Dans le nord de la France, la deuxième langue la plus deman­dée à Pôle emploi après l'anglais est le néer­lan­dais ! Les échanges avec les Flandres sont très développés.

Du côté des élèves, les moti­va­tions peuvent être la famille ou les amis de l'autre côté de la fron­tière, les clubs ou acti­vi­tés... Pour les LV3, c'est plu­tôt l'exotisme de la langue : des élèves apprennent le russe ou le japo­nais, mais ces langues sont dif­fi­ciles alors cer­tains se disent « pour­quoi pas le néer­lan­dais ? ». Enfin, il y a ceux dont les parents sont néer­lan­do­phones et qui le font par tra­di­tion familiale.

Est-ce que l'apprentissage d'une langue proche, comme l'allemand, est un atout pour l'apprentissage du néer­lan­dais, ou au contraire une source de confu­sion pour les élèves ?

Comme l'anglais, le néer­lan­dais est en effet une langue ger­ma­nique. Les Anglais appellent d'ailleurs le néer­lan­dais « Dutch », qui est à peu près le même mot que les Allemands uti­lisent pour leur propre langue (« Deutsch »). Au Moyen Âge, ces langues n'étaient pas encore très différenciées. Pour ras­su­rer les parents qui nous demandent si le néer­lan­dais est dur à apprendre, on répond que le néer­lan­dais, c'est l'allemand sans les déclinaisons.

Le néer­lan­dais est une langue qui ne pose pas d'obstacles par­ti­cu­liers pour un fran­co­phone, ni dans la pro­non­cia­tion, ni dans la gram­maire. Mais les élèves qui font LV2 alle­mand ont évidem­ment un gros avan­tage en néer­lan­dais LV3 et com­prennent tout immé­dia­te­ment, contrai­re­ment aux his­pa­nistes, par exemple. Ils ont un pro­blème de contraste dans la pro­duc­tion : ils uti­lisent des mots alle­mands en cours de néer­lan­dais, et inver­se­ment. Mais l'enseignant est là pour cor­ri­ger, et cela se décante petit à petit. Mieux vaut dire un mot d'une autre langue que ne rien dire rien du tout !

Quentin Duverger

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