01.10.2012
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Recruter 43 000 profs en 2013 : est-ce vraiment utile ?

Vincent Peillon, ministre de l'Education natio­nale, a annoncé ven­dredi le recru­te­ment de plus de 43 000 pro­fes­seurs en 2013. Tandis que les syn­di­cats ensei­gnants jugent cette déci­sion indis­pen­sable pour refon­der l'école, à droite on dénonce une gabegie.

En annon­çant 43 000 postes de pro­fes­seurs l'an pro­chain, dont 22 000 pour pal­lier des départs à la retraite, Vincent Peillon satis­fait les syn­di­cats ensei­gnants. Le ministre de l'Education natio­nale per­met aussi à François Hollande de tenir une par­tie de sa pro­messe de créer 60 000 postes dans l'éducation sur la durée de son quin­quen­nat. Avec à la clef un vrai chan­ge­ment dans les établissements ?

Pour Sébastien Sihr, secré­taire géné­ral du SNUIPP-FSU, prin­ci­pal syn­di­cat des pro­fes­seurs des écoles, « non seule­ment cette voie est néces­saire mais elle est indis­pen­sable pour redon­ner du souffle au sys­tème éduca­tif et à l'école pri­maire. En France, nous avons le taux d'encadrement dans le pri­maire le plus bas de l'OCDE, avec 5 ensei­gnants pour 100 élèves, loin der­rière des pays tels que l'Allemagne ou la Norvège ». Bernadette Groison, secré­taire géné­rale de la Fédération syn­di­cale uni­taire (FSU), estime que ces recru­te­ments sont cru­ciaux pour au moins deux rai­sons : « d'une part, nous avons subi 80 000 sup­pres­sions de postes d'enseignants en cinq ans. D'autre part, un cer­tain nombre d'enfants âgés de 2 à 3 ans ne sont pas sco­la­ri­sés, faute d'enseignants. »

Vers davan­tage de tra­vail en équipe

Concrètement, ces effec­tifs doivent per­mettre, selon Bernadette Groison, « de faire davan­tage tra­vailler les élèves en petits groupes et de confor­ter, à tous les niveaux, le tra­vail en équipe. Cela per­met­tra d'enseigner autre­ment, de mieux accom­pa­gner les élèves. » Et d'insister pour dire que l'école ne souffre pas seule­ment d'un manque d'enseignants : « elle manque aussi de nom­breux autres acteurs, tels que les TOS (tech­ni­ciens, ouvriers et de ser­vices), les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles) ou encore les per­son­nels admi­nis­tra­tifs. » A l'écouter, les moyens sont la condi­tion pre­mière pour pou­voir lut­ter contre l'échec sco­laire. Mais elle le rap­pelle : « les 40 000 postes ne suf­fi­ront pas si l'on ne recons­truit pas une vraie for­ma­tion des ensei­gnants. »

« 2h de plus = 44 000 postes »

A droite, plu­sieurs voix s'élèvent. Camille Bedin, secré­taire natio­nale de l'UMP char­gée de l'Égalité de chances, estime cette mesure « inutile et très coû­teuse » : « entre 1997 et 2002, Lionel Jospin (alors Premier Ministre), a créé 50 000 postes ensei­gnants et dans le même temps, la France n'a cessé de dégrin­go­ler au clas­se­ment PISA (1), il n'y a donc pas de lien de cause à effet entre le nombre d'enseignants et la réus­site de l'école ! » Camille Bedin va plus loin, prô­nant plus d'autonomie pour les établis­se­ments : « l'Education natio­nale n'est pas là pour faire de la coges­tion avec les syn­di­cats. Plutôt que de recru­ter, il faut chan­ger les méthodes péda­go­giques, per­mettre aux profs et aux chefs d'établissements de déci­der du pro­jet à mettre en œuvre, d'ajuster les rythmes sco­laires en fonc­tion du lieu d'enseignement. Car ce n'est pas pareil d'enseigner à Nanterre, qu'à Paris ou à Moulins dans l'Allier ! » En s'appuyant sur une étude de l'iFRAP, think tank dédié à l'analyse des poli­tiques publiques, Camille Bedin indique que les pro­fes­seurs devraient tra­vailler plus : « s'ils tra­vaillaient 2h de plus par semaine, tout en étant mieux rému­né­rés, cela repré­sen­te­rait l'équivalent de 44 000 nou­veaux postes ! »

Autant d'arguments « du passé », rétorque Sébastien Sihr, « on ne peut pas regar­der dans le rétro­vi­seur, les pro­blé­ma­tiques sont nou­velles, avec davan­tage d'inégalités sociales. Construire l'école de 2020 amène for­cé­ment à consa­crer des moyens sup­plé­men­taires, tout en sachant qu'il fau­dra conci­lier quan­tité et qualité. »

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Le programme Pisa étudie le système éducatif des pays de l’OCDE.

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alphadelta64
le 1 octobre 2012

Et si on met­tait devant des élèves tous ces pro­fes­seurs qui ont fait des études pour ça et qui font tout autre chose.

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?
le 6 octobre 2012

Cessons de regar­der nos voi­sins, en Allemagne, les élèves sont "triés" dès le plus jeune âge et au gym­na­sium ne vont que les plus aptes à suivre. Essayons de tra­vailler en groupes et non cha­cun de son côté, cette créa­tion de postes était nécessaire !

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BAPTISTE
le 6 octobre 2012

Outre les moyens sup­plé­men­taires indis­pen­sables, il est impé­ra­tif de revoir toute l'organisation péda­go­gique (et la for­ma­tion des ensei­gnants), qui n'est plus adap­tée au public très hété­ro­gène des col­lè­giens et lycéens actuels.
La pyra­mide hié­rar­chique der­rière laquelle les ensei­gnants s'abritent : Inspection géné­rale dis­ci­pli­naire (I.G.), Inspecteurs péda­go­giques (IPR), Chefs d'établissement est désuète, en par­ti­cu­lier vis-à-vis des pro­grammes et du décou­page en matières dis­ci­pli­naires (matières cloi­son­nées en cha­pelles, trop abs­traites pour les les élèves les plus faibles ou les plus désa­van­ta­gés socia­le­ment ! (150 000 éjec­tés chaque année du sys­tème sans rien !)
Il faut abso­lu­ment que les ensei­gnants tra­vaillent en équipes plu­ri­dis­ci­pli­naires, sur des thèmes ou pro­jets qui aient du sens pour inté­res­ser, moti­ver et favo­ri­ser la réus­site de tous les élèves... Ex : 1/2 ou une jour­née heb­do­ma­daire sur des sujets sup­ports com­muns (l'eau / les éner­gies / les trans­ports / etc.) où chaque ensei­gnant greffe son ensei­gne­ment et son pro­gramme en tra­vail d'équipe concer­tée !
Cela aurait beau­coup de ver­tus pour inté­res­ser les élves qui com­pren­draient mieux où l'on veut les conduire et sur­tout les ins­truire !
Les élèves décro­cheurs souffrent, cha­hutent, se livrent aux inci­vi­li­tés, etc. d'autant plus que chaque ensei­gnant se trouve isolé devant eux ! S'ils ont "en face d'eux une équipe d'enseignants sou­dée, ils seront bien moins enclins à agres­ser les plus faibles...
Un ensei­gne­ment revu et de qua­lité avec suivi et sou­tien inté­gré à l'emploi du temps réduira les cours par­ti­cu­liers (les offi­cines se déve­loppent, et seuls les enfants de milieu favo­risé en pro­fitent !). Rentrée 2012 = + 4900 élèves en secon­daire vers l'enseignement privé ! Si les syn­di­cats d'enseignants ne se remettent pas en ques­tion sur les fon­de­ments même de l'organisation péda­go­gique, il est à craindre et hélas à parier que la pri­va­ti­sa­tion ram­pante du sys­tème se déve­lop­pera de + en + vers une mar­chan­di­sa­tion de l'enseignement. Il faut des moyens mais aussi accep­ter de se remettre en cause en ne som­brant pas dans le cor­po­ra­tisme exacerbé !

André Batignes (prof. agrégé de génie méca­nique 23 ans suivi de 15 années chef d'établissement)
Proviseur honoraire

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