21.09.2012
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Du sucre dans l'espace : entretien avec une des astronomes ayant participé à cette découverte

C'est une pre­mière : une molé­cule de sucre a été repé­rée il y a quelques semaines, par une équipe d'astronomes menée par Jes Jørgensen de l'institut danois Niels Bohr, dans le gaz entou­rant une jeune étoile située à 400 années-lumière de la Terre, appe­lée "IRAS 16293–2422". Entretien avec Cécile Favre, cher­cheuse post-doctorante et membre de l'équipe à l'origine de la découverte.
Cécile Favre

Cécile Favre

 

La décou­verte de ce sucre autour d'une étoile est-elle inédite ?

Il s'agit en fait de gly­co­lal­dé­hyde, une forme simple de sucre et plus pré­ci­sé­ment d'un pré­cur­seur de sucre. Le gly­co­lal­dé­hyde est un des ingré­dients clés menant à la for­ma­tion du ribose, une molé­cule du vivant : le ribose per­met la for­ma­tion de la struc­ture de l'épine dor­sale de la molé­cule d'ARN (acide ribo­nu­cléique) proche de l'ADN. Jusqu'à main­te­nant, ce pré-sucre avait été uni­que­ment détecté à 23 000 années lumière de nous dans des régions où se forment des étoiles beau­coup plus mas­sives que notre Soleil. Dans notre étude, nous avons annoncé la pre­mière détec­tion du gly­co­lal­dé­hyde dans le gaz entou­rant une jeune étoile de type solaire, beau­coup plus proche de nous, à envi­ron 400 années lumières, à une dis­tance com­pa­rable à la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil. Cette décou­verte est inédite car c'est la pre­mière fois que le gly­co­lal­dé­hyde est détecté au voi­si­nage d'une étoile simi­laire à notre Soleil. Plus exac­te­ment, c'est la pre­mière fois que nous sommes capables de mon­trer que des molé­cules, qui ont pu jouer un rôle clé dans le déve­lop­pe­ment de la vie sur Terre, sont pré­sentes dans une région ana­logue à notre sys­tème solaire.

Comment les cher­cheurs ont-ils pro­cédé pour mettre au jour cette molécule ?

Lorsqu'une molé­cule se situant dans le gaz chaud entou­rant une étoile effec­tue des mou­ve­ments de rota­tion par exemple, elle va émettre un rayon­ne­ment carac­té­ris­tique aux lon­gueurs d'ondes radio que nous pou­vons obser­ver depuis la Terre grâce à des radio téles­copes. Nous avons pu ainsi annon­cer la détec­tion du gly­co­lal­dé­hyde par des obser­va­tions mil­li­mé­triques réa­li­sées grâce au radio téles­cope géant ALMA, au Chili. Pour l'identifier, nous nous sommes appuyés sur les para­mètres spec­tro­sco­piques (fré­quences et inten­si­tés) carac­té­ri­sant le gly­co­lal­dé­hyde. Ces para­mètres sont propres à chaque molé­cule, comme nos empreintes digitales.

Savez-vous d'où pro­vient ce sucre ? S'agit-il d'une forme simi­laire à celle que nous utilisons ?

Représentation des molécules glycolaldéhyde et saccharose

Représentations molé­cu­laires du gly­co­lal­dé­hyde trouvé dans l'espace (à gauche) et du sac­cha­rose, notre sucre de table, qui compte plus d'atomes. (source : Wikipedia/CC/CCoil)

Les méca­nismes de for­ma­tion dans le milieu inter­stel­laire du gly­co­lal­dé­hyde sont encore, comme pour de nom­breuses molé­cules com­plexes, débat­tus à l'heure actuelle. Cependant, les résul­tats obser­va­tion­nels cou­plés avec des expé­riences menées en labo­ra­toire et des modèles chi­miques sug­gèrent que cette espèce pour­rait être for­mée dans la glace cou­vrant les grains de pous­sières inter­stel­laires. Dans la vie de tous les jours, nous uti­li­sons plu­tôt du sac­cha­rose pour sucrer notre café ou notre thé. La struc­ture de base est tou­te­fois simi­laire : tous deux se com­posent d'atomes de car­bones, d'oxygène et d'hydrogène. La molé­cule de sac­cha­rose com­prend plus d'atomes que le glycolaldéhyde.

Cela signifie-t-il qu'il existe ou qu'il y a eu de la vie ailleurs que sur Terre ?

Parmi les scé­na­rios plau­sibles pou­vant expli­quer l'origine de la vie sur Terre figure celui d'un apport de molé­cules orga­niques, incluant les sucres, par l'intermédiaire des petits corps du sys­tème solaire (météo­rites, asté­roïdes et comètes). Des molé­cules impor­tantes pour le vivant tels des acides gras et des acides ami­nés ont d'ailleurs été détec­tées dans cer­tains de ces petits corps. Notre décou­verte, cou­plée à d'autres détec­tions, semble indi­quer que des molé­cules orga­niques seraient pré­sentes dans les régions où les étoiles et pla­nètes se forment. Elle ne nous dit pas s'il existe ou s'il y a eu de la vie ailleurs. Cette décou­verte consti­tue tou­te­fois un pre­mier pas impor­tant, puisque cer­taines molé­cules orga­niques se trouvent au bon endroit et au bon moment. Reste à savoir si la for­ma­tion des molé­cules orga­niques, ayant pu avoir un rôle clef dans le déve­lop­pe­ment de la vie sur Terre, est géné­ra­li­sable à d'autres sys­tèmes de type solaire

Charles Centofanti

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Vos réactions :

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Joelk
le 21 septembre 2012

Je pense qu'il y a une erreur dans l'article: il est évoqué une décou­verte à 400 années lumière de la Terre, soit "la dis­tance entre notre Soleil et Uranus". Or la dis­tance entre le Soleil et Uranus est de 0,32 années lumière, et le dis­tance de 400 années lumières cor­res­pond à... 3 800 000 000 000 000 km, contre 3 000 000 000 km pour Uranus.

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Joelk
le 21 septembre 2012

Je pense que l'erreur que vous avez faite est la sui­vante: l'étoile à proxi­mité de laquelle le gly­coal­dé­hyde a été trouvé est à 400 années lumière de nous, et ce sucre a été trouvé à envi­ron 3 mil­liards de km de l'étoile en ques­tion, soit la dis­tance Soleil-Uranus. Mais ce n'est pas ce que vous avez écrit: "Dans notre étude, nous avons annoncé la pre­mière détec­tion du gly­co­lal­dé­hyde dans le gaz entou­rant une jeune étoile de type solaire, beau­coup plus proche de nous, à envi­ron 400 années lumières, soit la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil. "

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Cécile Favre
le 21 septembre 2012

Une typo s'est glis­sée dans le texte.
Il faut lire "à une dis­tance com­pa­rable å la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil" au lieu de "soit la dis­tance entre la pla­nète Uranus et notre Soleil".
Merci

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perplexe
le 22 septembre 2012

Il me semble que la dis­tance "notre soleil — Uranus" soit très gros­siè­re­ment sur­es­ti­mée... Dommage de lais­ser pas­ser une telle coquille !

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Rédaction
le 24 septembre 2012

L'erreur est cor­ri­gée. Merci pour vos relec­tures atten­tives et nous sommes déso­lés pour cette mal­en­con­treuse coquille.

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