14.09.2012
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"Ce sont les bons élèves qui font les bons lycées"

Les lycées "pou­belles" méritent-ils leur répu­ta­tion ? Face à la stra­té­gie d'évitement de nom­breux parents, Gaëlle Guernalec-Levy, chef de ser­vice au maga­zine Parents, a poussé les portes d'un des établis­se­ments les moins cotés de Paris : le lycée public Henri-Bergson (19e). Elle y a décou­vert de très bons profs, inves­tis et bien­veillants, ainsi que des élèves nor­maux. Entretien.
Gaëlle Guernalec-Levy

Gaëlle Guernalec-Levy

D'après votre livre "Jamais dans ce lycée" (1), les lycées  "pou­belles" ne méritent pas leur répu­ta­tion et la stra­té­gie qui consiste à les fuir n'est pas jus­ti­fiée. Pourquoi ?

Je me suis inté­res­sée au lycée Bergson parce qu'il est consi­déré par la plu­part des ado­les­cents comme le pire lycée de l'est pari­sien. Et, aussi, parce qu'on ne ren­contre pas les mêmes dif­fi­cul­tés sociales à Paris qu'en ban­lieue : a priori, il y a donc moins de rai­son de fuir tel ou tel établis­se­ment... Or on assiste à un phé­no­mène de contour­ne­ment de la carte sco­laire. Dans l'absolu, il n'existe pas de bons et de mau­vais établis­se­ments. C'est le recru­te­ment des élèves qui assure in fine un bon taux de réus­site. Ce sont les bons élèves qui font les bons lycées, pas l'inverse. A Paris, l'affectation d'un lycée prend en compte le niveau sco­laire. Tout le monde trouve ça nor­mal, au motif que le niveau sco­laire décou­le­rait du seul mérite. Pourtant, le pas­sage en seconde n'est pas un concours, il n'y a aucune rai­son de tenir compte de la moyenne d'un élève dans son affectation.

Quelle est la res­pon­sa­bi­lité des ensei­gnants dans la répu­ta­tion d'un lycée ?

Au lycée Bergson, qui souffre d'une si mau­vaise répu­ta­tion, j'ai vu des ensei­gnants pas­sion­nés qui refu­saient de faire des cours au rabais. Il faut savoir que ce lycée accueille tout le monde, y com­pris les multi-redoublants, et que beau­coup retrouvent le goût du tra­vail. Malgré tous les efforts entre­pris par l'équipe péda­go­gique, je conti­nue d'entendre des choses fausses sur l'établissement. Un tra­vail de com­mu­ni­ca­tion de longue haleine est à mener pour faire prendre conscience aux parents qu'on peut très bien réus­sir au lycée Bergson.

Quels exemples concrets de cette réus­site vous ont frappée ?

Le lycée Bergson pro­pose des cours de sou­tien don­nés par les ensei­gnants pen­dant les vacances sco­laires et du sou­tien indi­vi­dua­lisé par des étudiants. Il a noué des par­te­na­riats, notam­ment avec l'IEP Paris et l'Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris, laquelle pro­pose du coa­ching sco­laire et d'orientation à une ving­taine d'élèves pen­dant un an. Il a aussi déve­loppé énor­mé­ment de classes à pro­jet, dont une très appré­ciée des élèves : la classe cinéma, avec une ensei­gnante par­ti­cu­liè­re­ment investie.

Que préconisez-vous pour éviter que cer­tains lycées ne soient mar­qués au fer rouge et ne concentrent les élèves en difficultés ?

A Paris, je crois qu'on peut main­te­nir la sec­to­ri­sa­tion actuelle avec les quatre dis­tricts d'affectation mais on ne devrait plus prendre en compte le cri­tère du niveau sco­laire. La pro­cé­dure AFFELNET(2) per­met de jugu­ler en par­tie la ségré­ga­tion sociale, notam­ment en fai­sant entrer les bour­siers dans des lycées consi­dé­rés comme très bons. Mais il existe tou­jours des bons et des mau­vais lycées, ce qui n'a pas de sens et se révèle délé­tère pour ceux qui se vivent comme relégués.

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Jamais dans ce lycée, éditions François Bourin, août 2012, 228 pages, 20€.
  • (2) Affectation des élèves par le net
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alainaugé
le 14 septembre 2012

Ce sont les bons profs qui font les bons lycées. Ceux qui cherchent à moti­ver les "mau­vais" élèves (ceux du tiers de classe de la "constante macabre"). C'est par la péda­go­gie de pro­jet que l'on y arrive. En chan­geant les men­ta­li­tés et les habi­tudes de sélec­tion par les maths. Il existe 8 formes d'intelligence et non une seule (logico-mathématique et illu­soire) débou­chant sur le QI. Essayez la main à la pâte en pri­maire; les iti­né­raires de décou­verte et le ensei­gne­ments inté­gré de science et tech­no­lo­gie au col­lège, les tra­vaux per­son­nels enca­drés au lycé. Lisez La main à la pête de Georges Charpak sur l'expérience de Chicago.

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