09.07.2012
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Philippe Meirieu : "Les écoles sont souvent des espaces fourre-tout construits à la va-vite"

L'organisation de l'espace de trans­mis­sion des savoirs joue un rôle impor­tant dans la réus­site éduca­tive. Mais en dépit de quelques ini­tia­tives, les établis­se­ments et les salles de classe conservent en France un schéma « clas­sique ». L'organisation idéale ? Témoignage de prof et conseils du péda­gogue Philippe Meirieu.

Une école pri­maire avec des élèves mais sans salles de classe. La Suède a tenté l'expérience, à Stockholm, avec l'aide d'une agence d'architecture et de design danoise. Vu de France, le concept paraît sau­grenu : une « mon­tagne bleue » comme cour de récréa­tion, une « grotte » pour réflé­chir, un « vil­lage » pour tra­vailler en petits groupes... Selon la direc­trice, cette école gra­tuite et numé­rique laisse libre cours à la créa­ti­vité et à la curio­sité des enfants.

En France, l'architecture sco­laire repose essen­tiel­le­ment sur une concep­tion héri­tée des années 1960. Beaucoup d'écoles ont été construites pour pal­lier l'explosion démo­gra­phique, dans un contexte où la loi Berthoin (1959) a pro­longé la sco­la­rité obli­ga­toire jusqu'à 16 ans. « Malgré des efforts depuis la décen­tra­li­sa­tion », note Philippe Meirieu, pro­fes­seur en sciences de l'éducation à l'université Lumière-Lyon 2, « les archi­tectes n'ont pas suf­fi­sam­ment tra­vaillé avec les péda­gogues. Le modèle de l'école com­mu­nale et du col­lège Pailleron, en forme de paral­lé­lé­pi­pède rec­tangle, est devenu obso­lète sans qu'il ne soit remis en cause. » En revanche, les écoles construites sous Jules Ferry repo­saient sur une concep­tion archi­tec­tu­rale struc­tu­rée : « les grands lycées pari­siens sont une com­bi­nai­son des monas­tères et des casernes, de plus il y avait un pro­jet scolaire. »

Des espaces fourre-tout

Comme au cinéma ou au théâtre, « chaque lieu invite à une pos­ture psy­chique », indique Philippe Meirieu, « et on ne peut pas dire qu'on ait construit les écoles avec la pré­oc­cu­pa­tion qu'elles invitent au tra­vail intel­lec­tuel. Ce sont sou­vent des espaces fourre-tout construits à la va-vite. » A deux excep­tions près : les espaces spor­tifs et et les CIO.

L'organisation de la classe ne doit pas non plus être négli­gée. Les élèves ont besoin d'un « ter­ri­toire col­lec­tif » avec un espace per­son­nel. Et l'aspect de la classe influe sur la qua­lité du tra­vail des élèves : « Si la classe est ran­gée, avec des consignes au tableau, les enfants auront un autre état d'esprit que s'ils voient un sol jon­ché de papiers », sou­ligne Philippe Meirieu.

Mathilde(1), ins­ti­tu­trice en ban­lieue pari­sienne, regrette tou­te­fois une faible marge de manœuvre : « Ma classe étant nom­breuse et remuante cette année, je suis res­tée dans une orga­ni­sa­tion fron­tale pour mini­mi­ser les inter­ac­tions entre les élèves qui per­turbent la classe. Je suis plus à l'aise avec mon bureau en face d'eux : je les vois, ils me voient. Et je cir­cule pour voir où ils en sont. De temps en temps, lors de tra­vaux de groupes, on peut bou­ger les tables. Mais avec mes 28 CE2, orga­ni­ser un tra­vail par groupes demande un tel démé­na­ge­ment, que je n'en ai qua­si­ment pas fait. » Quant à l'organisation des tables en U, fré­quente lors des for­ma­tions adultes, Mathilde ne la juge pas adap­tée : « ce n'est pas facile pour cir­cu­ler entre les élèves et il faut une grande salle sinon, on doit faire plu­sieurs U les uns dans les autres."

Afficher 3 ou 4 plans de tables dans la classe

Pour Philippe Meirieu, il n'existe pas de « meilleure » orga­ni­sa­tion : « Tout dépend du type de tra­vail. L'organisation en audi­to­rium est utile pour se foca­li­ser sur les consignes. Mais à d'autres moments, il sera plus per­ti­nent de regrou­per les tables en petits rec­tangles. L'organisation de la classe doit cor­res­pondre à la pos­ture men­tale que l'on veut sus­ci­ter. Il peut y avoir de l'appréhension mais il faut tou­jours se deman­der si la dis­po­si­tion de la classe est la plus à même de faci­li­ter le tra­vail des élèves. »

Selon Mathilde, « ce qui bloque sur­tout le mou­ve­ment en classe, c'est le bruit engen­dré, la dis­si­pa­tion des élèves qui ont du mal à se recon­cen­trer après le démé­na­ge­ment et le temps perdu ! Il fau­drait peut-être des tables sur roulettes... »

Si le mobi­lier n'est pas tou­jours adapté, « trop sou­vent les chan­ge­ments sont faits dans la pré­ci­pi­ta­tion », estime Philippe Meirieu. La solu­tion ? « Demander aux élèves de se mettre contre le mur ou de sor­tir dans le cou­loir et en sol­li­ci­ter deux ou trois pour dépla­cer les tables. Je sug­gère de faire 3 ou 4 plans de tables en fonc­tion du type d'exercice et de les affi­cher dans la classe. »

Et aux profs débu­tants, Philippe Meirieu conseille la minu­tie : « il faut être très pré­cis et maté­ria­liste. Les ensei­gnants doivent être atten­tifs à ne plus lais­ser de vieilles affiches au mur et des paquets de cahiers mal ran­gés. Ce sont des signaux néga­tifs. » Ne dit-on pas que le diable est dans les détails ?

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Le prénom a été changé

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Gavroche
le 13 juillet 2012

Des expé­ri­men­ta­tions ont eu lieu dans les villes nou­velles, et notam­ment à Cergy-Pontoise. Mais, sauf si une équipe inno­vante se for­mait dès l’ouverture, les écoles ima­gi­nées par les archi­tectes rede­ve­naient des "boîtes à chaus­sure", cha­cun dans sa classe. Pourtant il y avait des ate­liers, des espaces amé­na­gés pour des tra­vaux col­lec­tifs, des salles réel­le­ment poly­va­lentes, des classes ouvertes, des mez­za­nines, etc. Mais devant la "rigi­dité" du corps ensei­gnant... on est en effet vite revenu au clas­sique. Le pro­blème est que toute inno­va­tion doit être "éphé­mère", l'IEN change, le pro­fes­seur aussi mais l'école est construite pour 25 ans ou plus !

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