22.06.2012
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Michel Fize : "le courage serait de dire que le bac n'existera plus à la fin du quinquennat"

Alors que plus de 700 000 can­di­dats planchent pour ten­ter de décro­cher le bac­ca­lau­réat, le socio­logue Michel Fize, cher­cheur au CNRS, vient de publier un brû­lot inti­tulé "Le bac inutile". Entretien.
Michel Fize

Michel Fize

Pourquoi dites-vous que le bac est inutile, qu'"il ne sert plus à rien" ?

Le bac illustre la faillite du Diplôme avec une majus­cule. En France, la moi­tié des diplô­més sont au chô­mage. Pour les déten­teurs du seul bac­ca­lau­réat, les pers­pec­tives d'insertion sont limi­tées. Le bac reste ce qu'il a tou­jours été : un pas­se­port pour l'université. Et encore, pas n'importe laquelle... L'argument de l'égalité répu­bli­caine ne tient pas : je rap­pelle qu'il existe plus de 70 bacs en France, dont la valeur est incom­pa­rable. Entre un bac S obtenu dans un lycée pari­sien pres­ti­gieux et un bac tech­nique décro­ché dans un lycée de ban­lieue, il n'y a pas photo ! Et puis le bac c'est du bacho­tage : il évalue une série de connais­sances apprises par cœur et se borne à être un exer­cice de mémoire qui évalue davan­tage les connais­sances que les com­pé­tences. Supprimer le bac, c'est sau­ver le savoir.

Faut-il néces­sai­re­ment le sup­pri­mer et par quoi le remplace-t-on ? La solu­tion ne serait-elle pas de lui redon­ner de la valeur en le ren­dant plus sélectif ?

Il est impos­sible de redon­ner de la valeur à un tel mas­to­donte. 700 000 can­di­dats tentent de l'obtenir cette année, bien­tôt un mil­lion... La sup­pres­sion du bac est la condi­tion du chan­ge­ment. Ensuite, il faut un contrôle continu per­ma­nent, ce qui ne veut pas dire des inter­ro­ga­tions tous les matins mais régu­liè­re­ment. Tous les bacs tech­no­lo­giques intègrent déjà du contrôle continu. On ne peut pas ima­gi­ner une école qui ne soit pas com­pé­ti­tive mais on peut apprendre à affû­ter ses armes ensemble. Le contrôle continu n'a de sens que si l'on refonde l'école.

Vous dites qu'il y a "trop de diplô­més" en France. Ne faut-il pas au contraire s'en réjouir ?

Non car para­doxa­le­ment il y a trop de diplô­més mais pas assez de gens ins­truits et adap­tés aux besoins du monde du tra­vail. Il faut recon­nec­ter les diplômes aux besoins d'emplois.

De nom­breux parents et ensei­gnants admettent que l'examen pour­rait être remplacé. Vincent Peillon lui-même n'est "pas hos­tile" à une part de contrôle continu. Pourquoi ne franchit-on pas le pas ? Est-ce si dif­fi­cile de réfor­mer l'Education nationale ?

Le bac est un monu­ment his­to­rique. Il est le sym­bole d'un passé sco­laire jugé glo­rieux. Or en période de crise il est dif­fi­cile de se débar­ras­ser de ses mythes. Les ministres Jack Lang, François Fillon et Xavier Darcos ont tenté de réfor­mer le bac. A chaque fois, ils se sont heur­tés à une forme de fas­ci­na­tion obses­sion­nelle pour un diplôme censé sanc­tion­ner le mérite. Les grandes réformes reposent sur le cou­rage poli­tique. Aujourd'hui, le cou­rage serait de dire que le bac n'existera plus à la fin du quin­quen­nat. Il faut pro­cé­der par étapes, avec une mise en place pro­gres­sive du contrôle continu. Ce qui per­met­trait quelque 60 mil­lions d'euros d'économie par an, au bas mot. Une somme suf­fi­sante pour recru­ter 5000 ensei­gnants, 8000 infir­mières et finan­cer 250 000 bourses.

La sup­pres­sion du bac ne risque-t-elle pas d'induire une sélec­tion accrue à l'entrée des universités ?

Il faut sur­tout éviter ça ! L'entrée à l'université est un droit. Il ne s'agit pas de ren­for­cer la sélec­tion qui existe déjà mais au contraire de par­ve­nir à la réus­site de cha­cun, via un par­cours plus per­son­na­lisé et une orien­ta­tion posi­tive. Il exis­tera tou­jours une élite, l'important c'est que cha­cun soit élite dans son domaine. Il faut pri­vi­lé­gier l'excellence pour tous.

Faut-il s'inspirer de nos voi­sins et existe-t-il un sys­tème juste, équi­li­bré et performant ?

L'Allemagne dis­pose d'un équi­va­lent au bac, l'Abitur, qui com­prend 70% d'épreuves en contrôle continu. Ce dis­po­si­tif a fait ses preuves. En Espagne, il n'y a pas d'examen final et en Belgique il n'y a pas d'équivalent. Si notre bac était si bien, il exis­te­rait par­tout ! Le contrôle continu per­met­trait une vie sco­laire moins stres­sante, d'être heu­reux à l'école, ce que les élèves ne sont pas actuellement.

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Le Bac inutile, éditions L’œuvre, 128 pages, 19€

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cunégonde
le 22 juin 2012

Enfin !! Tout fait d'accord avec cet article ! Le bac n'a plus de sens déjà parce que le niveau des épreuves ne cor­res­pond pas au niveau de l'ensemble des élèves, il est beau­coup trop aca­dé­mique et ne cor­res­pond pas aux réelles qua­li­tés des uns et des autres... Beaucoup d'argent, beau­coup d'énergie pour un diplôme qui n'a plus de sens...

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chaconne
le 22 juin 2012

Je fais du sou­tien sco­laire béné­vole avec des élèves dans tous les établis­se­ments de ma ville. Il y a une dif­fé­rence de 7 points entre deux têtes de classe avec les mêmes épreuves et les mêmes résul­tats. Ne risque-t-on pas de ter­ribles injus­tices en tout genre avec le contrôle continu, cha­cun l'exerçant selon qu'il note ses élèves ou son établissement ?

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Sueur
le 22 juin 2012

Michel Fize dit à pro­pos de la sup­pres­sion du bac : "Ce qui per­met­trait quelque 60 mil­lions d'euros d'économie par an, au bas mot. Une somme suf­fi­sante pour recru­ter 5000 ensei­gnants, 8000 infir­mières et finan­cer 250 000 bourses." Je ne sais pas à com­bien il estime le sal­saire d'un ensei­gnant, mais si on recrute 5000 ensei­gnants avezc ces 60 mil­lions par an, cela leur ferait un salaire à 1 000 €, en espé­rant que les infir­mières tra­vaillent gra­tis. Quant aux bourses, n'en par­lons pas.
Je suis ensei­gnant, moi aussi je vou­drais voir des recru­te­ments. Mais je trouve dan­ge­reux de balan­cer des "5 000" par-ci et des "8 000" par-là sans prendre la peine de véri­fier. Ceux qui comme je l'ai sou­vent fait lisent sans véri­fier peuvent se faire de fausses idées. Ce n'est pas nor­mal.
Je viens de sur­veiller le bac. Rien que pour le sens des res­pon­sa­bi­li­tés qu'il engendre auprès de nos élèves, je sou­haite qu'il soit main­tenu. J'ai plai­sir à les voir tra­vailler ardem­ment pen­dant cette période.

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Profencolère
le 22 juin 2012

Et ceux qui passent le bac en can­di­dat libre ? Plus de bac pour eux ? Le bac per­met de reprendre des études, pas­ser des concours, don­ner sa chance à ceux qui veulent se recon­ver­tir... etc

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Moi
le 23 juin 2012

Suprimer le bac pour le bien-être des élèves, ok, mais ce mon­sieur n'est pas au cou­rant de la sélec­tion qui fait rage pen­dant l'année (pro­cé­dure APB) donc des pres­sions énormes sur les notes et entre les établis­se­ments. On fait quoi avec son idée à deux francs ?

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Damien
le 23 juin 2012

Bien sûr que si, le bac est utile ! Indispensable même ! L'examen ano­nyme est le seul garant de l'égalité répu­bli­caine. Les années de pré­pa­ra­tion du bac (Première et Terminale) sont les plus belles du lycée : on construit sa moti­va­tion, on veut se dépas­ser, c'est comme un sport intel­lec­tuel. Le contrôle continu est insup­por­table et infan­ti­li­sant. Etudiant à l'université, je trouve les par­tiels de fin de semestre beau­coup plus sérieux et valo­ri­sants. Être adulte, c'est être acteur de sa for­ma­tion, et non pas être suivi à la trace comme un enfant de pri­maire dont on véri­fie les devoirs.

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victorine 79
le 25 juin 2012

Je trouve l'idée inté­res­sante. Mais il fau­dra une réforme effec­ti­ve­ment en pro­fon­deur et pas uni­que­ment en lycée. En pri­maire les cycles ne sont qua­si­ment pas appli­qués (c'est pour ça que l'on fait "sau­ter" une classe). Il sera néces­saire d'expliquer le fonc­tion­ne­ment aux parents, mais sur­tout aux jeunes. Il risque d'y avoir des années de flot­te­ment. Les jeunes devront se prendre en main, se res­pon­sa­bi­li­ser, tra­vailler plus régu­liè­re­ment. Par ailleurs, il sera impé­ra­tif de recru­ter du per­son­nel pour les enca­drer, pas les mater­ner comme j'ai pu le lire dans l'une des réac­tions, mais leur apprendre à tra­vailler pour eux-mêmes, à construire leur savoir, s'auto-évaluer. Tous les établis­se­ments respecteront-ils les règles du jeu ? Nous serons confron­tés à la sub­sis­tance des établis­se­ments pres­ti­gieux. Comment se démar­quer des autres ? Il fau­dra qu'ils se creusent la tête ! (Sciences Po n'a-t-il pas ouvert ses portes à des jeunes de "milieu défa­vo­risé" ? Ces jeunes ne réussissent-ils pas ?) Pour ce qui est l'entrée dans le supé­rieur, je ne vois pas le pro­blème ! S'il y a un livret de com­pé­tences, l'élève qui le valide com­plè­te­ment et excel­lem­ment entrera dans un excellent établis­se­ment ! Il fau­dra pen­ser aux com­pé­tences ! Plus d'examen ne veut pas dire plus de com­pé­tences, plus d'évaluations ! Au contraire, on peut être plus exigeant !

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quokka
le 4 juillet 2012

Une visite au châ­teau de Pierrefonds m'a appris que le mot bac venait de la che­va­le­rie. Nos jeunes che­va­liers du XXI e siècles sont ils armés pour affron­ter l'avenir ? je ne le crois pas ! aussi indé­pen­dam­ment du contrôle continu qui est une évidence c'est peut être aussi les valeurs man­quantes au sys­tème sco­laire qu'il fau­drait ajou­ter : les droits et les devoirs de cha­cun par exemple, déve­lop­per la phi­lo­so­phie bien avant la ter­mi­nale et l'envie de conti­nuer à se for­mer toute sa vie. Bref l'envie d'apprendre qui ne doit jamais s'éteindre.

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