Bernadette Groison : la formation des enseignants est la première priorité

Le premier Conseil supérieur de l’éducation (CSE), sous l’ère Vincent Peillon, s’est réuni le 8 juin et les négociations sur l’avenir de l’école vont débuter avec les syndicats. Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, principale fédération de l’Education nationale, fait le point sur les enjeux des réformes à venir.

Bernadette Groison

Bernadette Groison

Maintenant que le gouvernement a changé, quelle est la principale attente des enseignants ?

Nous avons noté positivement l’engagement pris par François Hollande de recréer 60 000 postes dans l’Education nationale. Cela doit aller de pair avec les objectifs assignés au système éducatif. Il faut maintenant que le ministre donne les pistes de sa nouvelle loi de programmation et d’orientation pour l’avenir de l’école. La prochaine rentrée scolaire est l’occasion de faire connaître les grands axes de la refondation de l’école.

Comment se déroule la concertation menée entre les syndicats et le gouvernement ?

Pour le moment, nous ne disposons pas de tous les éléments. Vincent Peillon nous a promis que la concertation débutera lors du prochain CSE, le 28 juin. Nous avons demandé un temps suffisant de concertation afin de pouvoir travailler avec les personnels. Le message a visiblement été entendu : Vincent Peillon dit ne rien figer dès cet été.

Quelles sont les priorités que vous souhaitez voir figurer dans la loi ?

Plusieurs axes sont importants. En premier lieu, la formation des enseignants. Il y a eu un vrai conflit avec Luc Chatel, or il n’y a pas d’évolution possible sans une réelle formation, enseigner est un métier qui s’apprend. Ensuite, il faut retravailler les contenus des enseignements. Les programmes sont mal articulés et l’évaluation des élèves ne fonctionne pas. Les missions des personnels qui participent à la prise en charge des élèves (assistants sociaux, copsy, infirmières, administratifs…) doivent être revues. Beaucoup de flou demeure autour de leurs attributions. Il est nécessaire de les inscrire dans une dynamique collective car tous participent à la réussite des jeunes. Il faut réhabiliter le travail collectif au sein des écoles et des établissements ! Ces dernières années, les injonctions ont trop été dans le chacun pour soi. D’autres axes devront figurer dans la loi : la prise en charge des élèves en difficultés et l’éducation prioritaire. Le dispositif ECLAIR ne correspond pas aux enjeux des quartiers difficiles, il faut refonder l’éducation prioritaire. En parallèle, il sera nécessaire de mener des politiques publiques et notamment une politique de la ville ambitieuse.

Avez-vous reçu des engagements en ce qui concerne le rétablissement de la formation des maîtres ?

L’engagement pris pendant la campagne nous a été confirmé : Vincent Peillon a réaffirmé son souhait de créer des écoles de professorat, avec une vraie formation professionnelle. Nous sommes impatients de voir les propositions concrètes, pour le moment nous ne disposons que d’engagements de principe.

Comment endiguer la crise du recrutement à laquelle est confrontée l’Education nationale ?

Il faut constituer un vivier de jeunes enseignants. Afin de fidéliser ces étudiants qui n’ont pas la possibilité de s’inscrire dans des études longues mais qui souhaitent devenir enseignants, il faut mettre en place un mécanisme de pré-recrutement. Dans certains concours, on assiste à un déficit de candidats d’environ 20%. Il faut s’en préoccuper maintenant ! Il convient aussi de rendre les métiers de l’Education plus attractifs. Enfin, cela passe par une revalorisation de la rémunération, de manière à ce qu’elle devienne plus attractive et compétitive que dans le privé.

Êtes-vous favorable au retour de la semaine de 4,5 jours et aux deux semaines de vacances à la Toussaint ? Vincent Peillon a-t-il commis une erreur en communiquant trop tôt ?

Non, je n’ai rien vu de malicieux de sa part dans la mesure où il s’agissait d’engagements pris par François Hollande. La concertation doit maintenant avoir lieu. La réponse n’est pas simplement pour ou contre et la FSU l’a toujours dit : on n’améliorera pas les résultats des élèves si on ne modifie que les rythmes scolaires. Il faut dans le même temps repenser les contenus enseignés, les pratiques professionnelles, les conditions de scolarisation… et articuler mieux l’Ecole et le périscolaire afin de permettre une réelle amélioration qualitative du temps des élèves.

Avez-vous été surprise par les rapports « cachés » par le gouvernement Fillon, finalement rendus publics sur le site du ministère de l’Education ?

Cela confirme nos doutes et nos craintes sur l’état du système éducatif. Il est scandaleux que ces expertises n’aient pas été rendues publiques plus tôt et nous saluons leur publication. Sur le fond, nous constatons qu’un certain nombre de choses ne fonctionnent pas. Ces rapports doivent servir à rectifier le tir et à alimenter le débat sur la prochaine loi.

2 commentaires sur "Bernadette Groison : la formation des enseignants est la première priorité"

  1. alainaugé  17 juin 2012 à 11 h 32 min

    Pour revaloriser les métiers industriels et le redressement productif, il faut embaucher des professionnels (par petites annonces) et leur donner une formation pédagogique. C’est-à-dire revenir aux PTA qui ont été les hussards des formations industrielles. Ne mélangez donc pas les enseignants de primaire et de collège avec ceux qui ont en charge de transmettre un métier à leurs élèves.Signaler un abus

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  2. Moi  18 juin 2012 à 21 h 15 min

    Non madame, la priorité c’est qu’ils puissent payer leur loyer et ce n’est plus le cas !Signaler un abus

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