08.06.2012
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Bertrand Monthubert : le président d'université ne doit pas tout décider

Après avoir pré­sidé le mou­ve­ment "Sauvons la recherche" entre 2006 et 2008, Bertrand Monthubert vient d'être élu pré­sident de l'université Paul Sabatier (UPS — Toulouse III) le 9 mai der­nier. Et l'actuel secré­taire natio­nal à l'enseignement supé­rieur et à la recherche au sein du PS a bien l'intention de conti­nuer à faire entendre sa voix. Entretien.
Bertrand Monthubert ©A. Labat - pôle communication UPS

Bertrand Monthubert ©A. Labat — pôle com­mu­ni­ca­tion UPS

Vous venez d'être élu pré­sident de l'UPS à Toulouse, après avoir été pré­sident de l'association SLR : allez-vous vous "assagir" ?

J'ai tou­jours été sage ! Lorsque je pré­si­dais SLR, j'ai porté un cer­tain nombre de com­bats, en res­pon­sa­bi­lité. Aujourd'hui, je vais conti­nuer à aler­ter et à faire des pro­po­si­tions. Mon pro­jet s'inscrit dans la conti­nuité de la réflexion sur la gou­ver­nance uni­ver­si­taire. Ce qui n'est pas sage serait de ne rien dire quand un pro­ces­sus conduit à la faillite de l'université...

Vous n'avez pas tardé à vous faire remar­quer en annon­çant la sus­pen­sion du par­te­na­riat public-privé (PPP) conclu en 2009 par le gou­ver­ne­ment Fillon pour la construc­tion de nou­veaux bâti­ments au sein de l'UPS. N'est-ce pas vous tirer une balle dans le pied ?

Pas du tout. Nous avons des besoins immo­bi­liers : une par­tie du finan­ce­ment est prévu dans le cadre du Plan Campus, sachant que l'essentiel repose sur des PPP très coû­teux. Le Plan Campus ne couvre pas tous nos frais. La dota­tion n'englobe que 17% de notre patri­moine et nous devrons conti­nuer à payer 600 000 euros par an de frais de main­te­nance, sachant que 500 000 euros sont pré­vus dans notre bud­get actuel, ce qui ne suf­fit pas. Autre pro­blème : le PPP nous emmène à une fin de chan­tier à l'horizon 2017. C'est trop long ! La ques­tion est donc celle d'une sus­pen­sion, et non d'un arrêt, le temps que l'on envi­sage un fonc­tion­ne­ment dif­fé­rent. Nous allons échan­ger avec l'Etat à ce sujet, quitte à ce que l'on reparle ensuite du PPP.

Quelles sont les prio­ri­tés de votre mandat ?

D'abord amé­lio­rer la réus­site des étudiants. Ensuite, je veux faire pro­gres­ser l'orientation et l'attractivité de l'université, pour que les filières délais­sées — et qui ont des débou­chés — ne le soient plus. Il y a moins d'étudiants que de postes dis­po­nibles au CAPES de maths, c'est anor­mal ! Il fau­dra échan­ger avec les établis­se­ments du secon­daire. L'attractivité passe égale­ment par l'environnement et la vie étudiante : nous sou­hai­tons déve­lop­per de nou­veaux espaces de tra­vail, l'implantation de librai­ries, de lieux de ren­contres... Ma deuxième grande prio­rité est de redon­ner du temps aux cher­cheurs. La mala­die de la recherche c'est de pas­ser son temps à cher­cher de l'argent. Nous avons un impor­tant tra­vail de coor­di­na­tion à mener. Nous votons actuel­le­ment des demandes de cré­dits, pour construire un pro­jet scien­ti­fique, sans cohé­rence globale.

Comment reva­lo­ri­ser l'image de l'université en général ?

Nous avons des labo­ra­toires et des for­ma­tions de très haut niveau et pour­tant nous sommes encore regar­dés avec dédain. Il y a un défi­cit de com­mu­ni­ca­tion, nous allons donc tra­vailler sur la dif­fu­sion des savoirs. Il faut aussi qu'il y ait un contact direct, le plus tôt pos­sible, entre les étudiants et les labo­ra­toires de recherche. Et nous réflé­chi­rons aux condi­tions d'accueil, spé­cia­le­ment des étudiants étrangers.

Durant la cam­pagne, vous avez dénoncé les pou­voirs "exor­bi­tants" confé­rés aux pré­si­dents d'université par la loi LRU. Que comptez-vous faire concrètement ?

J'ai pris l'engagement que lorsqu'une déci­sion est prise par le Conseil scien­ti­fique (CS) et le CEVU (conseil des études et de la vie uni­ver­si­taire), il n'est pas pos­sible ensuite de voter contre au CA (conseil d'administration). Les pro­po­si­tions ne doivent pas faire la navette ! Il s'agit aussi de prendre appui et conseil auprès de com­mis­sions, sur les res­sources humaines ou la poli­tique inter­na­tio­nale par exemple, de telle sorte qu'aucune déci­sion ne relève du seul libre-arbitre du pré­sident de l'université.

Êtes-vous favo­rable à l'émergence de "super-universités" ?

S'il s'agit de ren­for­cer les rela­tions entre les établis­se­ments de l'Université de Toulouse, pour­quoi pas. La ques­tion est de savoir si c'est une uni­ver­sité à part entière. A Toulouse, nous n'en sommes qu'au début du tra­vail. Les seules struc­tures qui existent ne fonc­tionnent pas bien car la loi LRU n'y a pas réflé­chi en amont. Cela a du sens d'unifier les uni­ver­si­tés pour abais­ser les bar­rières, réunir les for­ma­tions et favo­ri­ser le dia­logue entre les dis­ci­plines. Deux condi­tions doivent tou­te­fois être rem­plies : le res­pect des mis­sions de ser­vice public ; le res­pect des valeurs de col­lé­gia­lité et de démo­cra­tie, seules garantes de la légi­ti­mité de ceux qui décident.

Pourquoi avez-vous demandé le report du vote de la signa­ture de la conven­tion attri­bu­tive de l'Idex (Initiative d'excellence) qui pré­voit la fusion des trois uni­ver­si­tés tou­lou­saines et de 15 écoles d'ingénieurs en 2018 ?

Car cela nous enga­geait dans un pro­ces­sus très contesté : le dos­sier Uniti d'unification des uni­ver­si­tés de Toulouse. La gou­ver­nance ne répond pas aux valeurs de col­lé­gia­lité et de démo­cra­tie, ni au res­pect du ser­vice public. Un tra­vail de réorien­ta­tion est nécessaire.

Charles Centofanti

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