05.06.2012
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Circulaire Guéant : "il n'est pas certain que l'abrogation rattrape les dégâts"

Geneviève Fioraso, nou­velle ministre de l'Enseignement supé­rieur et de la Recherche, a abrogé ce jeudi la très polé­mique cir­cu­laire Guéant. Patrice Brun, ancien pré­sident de l'université Bordeaux 3, fait par­tie de ceux qui se sont élevés contre ce texte dur­cis­sant les condi­tions d'accès à l'emploi des étudiants étran­gers. VousNousIls a recueilli son analyse.

Geneviève Fioraso a mis fin à la cir­cu­laire Guéant restrei­gnant la pos­si­bi­lité pour les étran­gers diplô­més en France d'y tra­vailler. Quel a été selon vous l'impact de cette cir­cu­laire sur l'attractivité des uni­ver­si­tés fran­çaises pour les étudiants étrangers ?

Je suis per­suadé que cette cir­cu­laire a fait des dégâts, mais nous ne sommes pas réel­le­ment en mesure de les évaluer. Que des étudiants étran­gers aient renoncé à faire une thèse en France, c'est très pro­bable, mais quan­ti­fier cela est dif­fi­cile. Et je ne suis pas cer­tain du tout que l'abrogation suf­fise à rat­tra­per les dégâts cau­sés. A l'étranger, cet épisode res­tera ancré.

Je crois qu'il ne devrait pas y avoir trop de pro­blèmes pour les étudiants fran­co­phones (cana­diens ou magh­ré­bins par exemple). Ce sera davan­tage pro­blé­ma­tique pour les gros contin­gents d'étudiants chi­nois, viet­na­miens, indiens et d'Extrême-Orient. Ces étudiants-là risquent d'en pâtir beau­coup, car le simple fait de venir en France, pour des étudiants non fran­co­phones, est une dif­fi­culté. La situa­tion peut deve­nir insur­mon­table s'ils craignent en plus de se heur­ter aux contraintes admi­nis­tra­tives de la cir­cu­laire Guéant. Je pense que les dégâts chez ces étudiants-là seront très dif­fi­ciles à rattraper.

Mais il fau­dra attendre novembre ou décembre 2012 pour évaluer l'impact réel du texte sur les ins­crip­tions d'étudiants étran­gers en thèse.

Vous avez par­rainé un étudiant étran­ger en début d'année, lors d'une céré­mo­nie orga­ni­sée à l'Université Panthéon-Sorbonne. Cette ini­tia­tive a-t-elle été sui­vie d'effets ?

J'ai en effet par­rainé un étudiant syrien arrivé en France il y a trois ans avec un mas­ter obtenu brillam­ment. Je l'ai fait d'abord pour sou­te­nir ce cas indi­vi­duel. Au-delà, il s'agissait aussi d'un enga­ge­ment poli­tique. Celui d'un pré­sident évidem­ment, mais avant tout d'un uni­ver­si­taire. Je vou­lais dénon­cer la contra­dic­tion abso­lue entre le dis­cours minis­té­riel, qui pré­co­ni­sait d'"accueillir les meilleurs étudiants du monde" et l'action du gou­ver­ne­ment qui leur inter­di­sait une pre­mière expé­rience pro­fes­sion­nelle en France après leur doc­to­rat. Cela résulte d'une contra­dic­tion majeure entre l'attitude ouverte du ministre chargé de l'université et celle, fer­mée, du ministre de l'Intérieur. Cette cir­cu­laire n'est abso­lu­ment pas com­pa­tible avec la poli­tique d'ouverture sur le monde affi­chée par le pré­cé­dent ministère.

Mon inter­ven­tion a été béné­fique pour mon filleul, que l'on peut consi­dé­rer aujourd'hui comme "sauvé", mais ça ne s'est pas for­cé­ment aussi bien ter­miné pour tous les étudiants vic­times de la cir­cu­laire Guéant.

Juste avant l'abrogation, Louis Vogel, pré­sident de la CPU, a déclaré qu' "il serait dom­mage de sup­pri­mer" la deuxième cir­cu­laire Guéant, publiée en jan­vier der­nier, mais qu'il fal­lait "aller plus loin en don­nant un véri­table sta­tut aux étudiants étran­gers", validé par une loi. Etes-vous d'accord avec ces propos ?

Je crois bien sûr qu'il faut un texte. Une loi, un décret ou une cir­cu­laire, je n'ai pas les com­pé­tences juri­diques pour déter­mi­ner lequel serait le plus adapté, mais il faut un texte géné­ral, qui cadre les droits et les devoirs d'un doc­to­rant étran­ger. S'il n'y en a pas, les étudiants étran­gers res­te­ront sou­mis au droit nor­mal des étran­gers, alors que ce que nous cher­chons à mon­trer, c'est qu'en ayant passé un mas­ter ou un doc­to­rat en France, on ne peut pas être consi­déré comme dépen­dant du droit nor­mal des étran­gers. La deuxième cir­cu­laire Guéant devait égale­ment être sup­pri­mée. Je pense qu'elle n'a pas réglé le pro­blème de l'interprétation des textes. L'étudiant était tou­jours sou­mis, avec cette deuxième cir­cu­laire, à des inter­pré­ta­tions locales du texte, par nature arbitraires.

Qu'attendez-vous du texte qui rem­pla­cera la cir­cu­laire et quelles sont vos pré­co­ni­sa­tions sur ce que l'on devrait y trouver ?

J'attends une cla­ri­fi­ca­tion, qui ne per­met­trait plus aux pré­fets d'interpréter le texte natio­nal comme ils l'entendent. L'étudiant étran­ger devrait dis­po­ser de davan­tage de temps, un an ou deux, après le doc­to­rat passé en France, pour avoir une chance de trou­ver un tra­vail en France –un tra­vail cor­res­pon­dant, bien entendu, au doc­to­rat passé. Il faut trou­ver la juste mesure entre la posi­tion extrê­me­ment fer­mée de la cir­cu­laire Guéant et celle, un peu naïve, qui consi­dé­re­rait nor­mal qu'une diplô­mée de phy­sique nucléaire trouve un emploi d'hôtesse de caisse dans un super­mar­ché. Là ça n'aurait pas de sens.

Ce qui s'est passé avec le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment a été vécu comme une incon­sé­quence poli­tique ter­rible. Attirer les étudiants étran­gers pour les for­mer, puis de leur refu­ser le droit de tra­vailler est contra­dic­toire. Je ne croyais plus du tout, sur ce point, au pré­cé­dent gou­ver­ne­ment. Même si je fais bien davan­tage confiance au nou­veau, j'attends quand même de voir comme les choses vont évoluer. Aujourd'hui, 40 % des doc­to­rants en France sont étran­gers. Que ferait la recherche fran­çaise sans eux ?

Elsa Doladille

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