16.05.2012
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"Le quinquennat a été une calamité pour l'enseignement supérieur et la recherche"

Stéphane Tassel est le secré­taire géné­ral du SNESUP-FSU, pre­mier syn­di­cat de l'enseignement supé­rieur. Il appelle le nou­veau gou­ver­ne­ment à mettre en œuvre des réformes urgentes pour res­tau­rer un sec­teur sinistré.

Stéphane TasselL'enseignement supé­rieur et la recherche sont en crise. Un chan­tier colos­sal attend le nou­veau gou­ver­ne­ment. Quelles mesures concrètes en attendez-vous en priorité ?

Le der­nier quin­quen­nat a été une cala­mité pour l'enseignement supé­rieur et la recherche, qui sont, rappelons-le, indis­so­ciables : la plus grande richesse de l'enseignement supé­rieur, c'est la recherche. Toute une série de réformes injustes — la loi LRU et la modi­fi­ca­tion du décret sta­tu­taire, notam­ment — s'est abat­tue sur le sec­teur, qui a été tota­le­ment sinis­tré. Jamais les liber­tés scien­ti­fiques et péda­go­giques n'ont été aussi entra­vées que ces cinq der­nières années, ce qui est para­doxal quand le gou­ver­ne­ment Fillon par­lait d'autonomie. Nous sommes favo­rables à l'autonomie si on parle d'autonomie intel­lec­tuelle des chercheurs.

En 2009, la com­mu­nauté uni­ver­si­taire s'est mobi­li­sée comme jamais elle ne l'avait fait depuis cin­quante ans. Aujourd'hui la com­mu­nauté uni­ver­si­taire, qui a bonne mémoire, attend de la part du nou­veau gou­ver­ne­ment des mesures sym­bo­liques et des gestes forts. Nous récla­mons l'abrogation immé­diate du pacte pour la recherche, de la loi LRU et de ses décrets d'application (comi­tés de sélec­tion), des textes liés à la for­ma­tion des ensei­gnants et du décret sta­tu­taire des enseignants-chercheurs. Il faut aussi aban­don­ner immé­dia­te­ment les Idex avant qu'elles fassent des dégâts. Ces soi-disant « ini­tia­tives d'excellence » sont dans la droite logique de la loi LRU : elles ne font que mettre en concur­rence per­ma­nente les établis­se­ments, les équipes et les col­lègues entre eux, ce qui est inacceptable.

L'enseignement supé­rieur et la recherche en France souffrent d'un cruel manque de moyens par rap­port aux autres grands pays de l'OCDE. Où trou­ver les financements ?

On a besoin de moyens et de postes sup­plé­men­taires. Il faut créer 5000 emplois d'enseignants-chercheurs. Il faut aussi un col­lec­tif bud­gé­taire, c'est une prio­rité. La France n'est pas un pays pauvre : il y a des res­sources. Nous sommes favo­rables à une refonte fis­cale glo­bale. Il faut revoir en pro­fon­deur le cré­dit d'impôt recherche, qui repré­sente 5 mil­liards d'euros d'exonérations fis­cales. C'est la deuxième niche fis­cale la plus impor­tante après la défis­ca­li­sa­tion des heures sup­plé­men­taires. On doit sor­tir de la chasse aux défi­cits publics et en aucun cas celle-ci ne doit por­ter sur l'enseignement supé­rieur et la recherche, sec­teur qui doit peser 5% du PIB : c'est l'objectif. Il y a un effort consi­dé­rable à faire.

L'une des prio­ri­tés du PS est de réduire le taux d'échec des pre­mières années uni­ver­si­taires. Que suggérez-vous pour y parvenir ?

Il faut déjà faire tendre le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés vers le finan­ce­ment des grandes écoles. Les dépenses d'éducation sont très inégales : elles repré­sentent moins de 6000 euros par an pour un étudiant de licence, entre 13 000 et 15 000 euros pour un étudiant de classe pré­pa­ra­toire et jusqu'à 20 000 euros pour un étudiant des grandes écoles. Autre piste, il faut diver­si­fier les méthodes péda­go­giques dès les pre­mières années de licence, en fai­sant béné­fi­cier les étudiants de ce qui fait la force de l'université à tra­vers des TP et le contact avec des enseignants-chercheurs, notamment.

Faire réus­sir un plus grand nombre de jeunes est une exi­gence, mais c'est l'ensemble de la chaîne qu'il faut conso­li­der, car on a égale­ment besoin d'un plus grand nombre de diplô­més de très haut niveau, de thésards.

La France accueille 700 000 étudiants étran­gers, dont nombre sou­haitent res­ter tra­vailler en France après leur cur­sus. Quel sta­tut pour eux ?

Le gou­ver­ne­ment sor­tant n'a pas hésité à mettre en œuvre des poli­tiques d'extrême droite. Je n'ai cessé d'intervenir pour que des étudiants étran­gers ne soient pas chas­sés sur les cam­pus uni­ver­si­taires par la police des fron­tières. Nous récla­mons l'abrogation immé­diate de la cir­cu­laire Guéant aux relents nauséabonds.

Il faut accueillir les étudiants étran­gers dans de bonnes condi­tions pour qu'ils puissent suivre leurs cours en toute séré­nité. Je suis sidéré de voir leurs dif­fi­cul­tés pour se loger, par exemple. L'université a une longue tra­di­tion d'accueil, des étudiants comme des pro­fes­seurs étran­gers. Nos fron­tières ne s'arrêtent pas à nos universités.

Laurène Champalle

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Antisthène
le 16 mai 2012

Pas un mot sur la valo­ri­sa­tion de la recherche aux yeux des citoyens, déci­deurs en démo­cra­tie. Pas un mot non plus sur la contri­bu­tion de la recherche à l'innovation et l'emploi, par l'incitation à la créa­tion de Scops inno­vantes par les étudiants, les thé­sards et les cher­cheurs pour payer des impôts. On veut tout rece­voir, mais rien don­ner et sur­tout pas voir les choses globalement...

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Baptistine
le 16 mai 2012

La grève de 2009 a favo­risé le décro­chage de cen­taines d'étudiants, et parmi les plus modestes d'entre eux, ceux qui ne peuvent se per­mettre de res­ter des mois sans voir leur cur­sus avan­cer.
J'ai voté avec enthou­siasme pour Hollande et suivi avec beau­coup d'intérêt les ana­lyses de Vincent Peillon; et j'espère de tout coeur qu'ils ne céde­ront pas à ceux qui, au nom de leur liberté, vou­draient être dis­pen­sés de tout compte à rendre. La loi LRU a eu le mérite de res­pon­sa­bi­li­ser les uni­ver­si­tés, et beau­coup lui trouvent aujourd'hui bien des aspects positifs!

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jimbee
le 31 mai 2012

Dommage qu'on sépare encore l'enseignement supé­rieur de l'enseignement tout court ! Les ensei­gnants, quelque soit leur niveau d'enseignement, méritent autant d’attention, voire plus, que ceux du supé­rieur... Il est inima­gi­nable de pen­ser que la recherche et l'enseignement supé­rieur se construisent sur le champ de ruines qu'est l'enseignement dans le pre­mier et le second degré ! Encore une fois, on sépare "l'élite" du peuple pour mieux encen­ser les uns en rabais­sant les autres. Chacun des éléments du cur­sus éduca­tif doit être pris en compte pour per­mettre à cha­cun d'atteindre le niveau le plus élevé. Quand va-t-on pen­ser l'école comme une véri­table entité sur laquelle se forge l'avenir des hommes ? Et pas comme une série de marches avec des sor­ties à tous les niveaux don­nant sur tout et n'importe quoi ? Nos enfants de 6 à 30 ans (et moins... et plus !) méritent mieux que des emplâtres sur des jambes de bois !

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