14.05.2012
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Anorexie : "il faut faire de la prévention au collège"

Christelle Mansour, 34 ans, est pro­fes­seur des écoles en Classe d'inclusion sco­laire (CLIS) à Bourg-en-Bresse. Elle vient de publier "Poutoune", l'histoire de son enfer­me­ment pro­gres­sif dans l'anorexie à 13 ans. Invitée de l'émission Sept à Huit pré­sen­tée par Harry Roselmack sur TF1 le 18 mars der­nier, elle livre à VousNousIls.fr des conseils pour les profs confron­tés à la maladie.

Christelle MansourPourquoi avoir choisi d'écrire un livre sur l'anorexie ?

J'ai com­mencé à écrire en mars 2007, alors que j'étais en congé longue mala­die ; mes pro­blèmes ayant débuté en 1989, à l'âge de 13 ans. L'anorexie c'est comme une grande dépres­sion. L'écriture m'a per­mis de me rac­cro­cher à quelque chose... Et puis je veux lais­ser une trace et expli­quer à ma fille de 8 ans pour­quoi j'ai fait une ten­ta­tive de sui­cide et pour­quoi sa maman ne mange pas comme tout le monde. Je ne m'alimente que le soir, le plus sou­vent quand elle est cou­chée ou quand elle regarde la télé­vi­sion en me tour­nant le dos. Ce livre me per­met aussi de dire à quel point l'anorexie est une mala­die grave. On peut faci­le­ment s'y enfon­cer, il faut inter­ve­nir le plus tôt pos­sible. Problème : en France, on manque de struc­tures adap­tées, à l'image de la Maison de Solenn. Après 20 ans, on se retrouve dému­nie. Il faut une prise en charge glo­bale, avec une équipe pluridisciplinaire.

Quand on est ensei­gnant, à quel moment faut-il signa­ler un cas au méde­cin sco­laire ou à l'infirmière de l'établissement ?

Dès le moindre doute, il faut en par­ler ! Il est impor­tant de faire de la pré­ven­tion en classe à par­tir de la 4e/3e, à condi­tion de ne pas le faire n'importe com­ment. Il faut faire réflé­chir les élèves, avec l'appui d'un psy­cho­logue, prendre en compte leurs pré­oc­cu­pa­tions : pour beau­coup de jeunes filles, c'est notam­ment de ren­trer dans un pan­ta­lon slim. Mais il faut qu'elles se rendent compte de la pres­sion de la société, du culte pour le par­fait. Est-ce que la vie de top modèle c'est le bon­heur ? Est-ce que les pho­tos en une des maga­zines fémi­nins, retou­chées sur Photoshop, c'est la vraie vie ?

Faut-il pré­ve­nir les parents et quels signes doivent aler­ter les enseignants ?

Bien sûr, il faut en par­ler aux parents. Pour sor­tir de l'anorexie, ou du moins s'en extraire le plus pos­sible, l'aide de psy­cho­thé­ra­peutes est sou­vent indis­pen­sable. Et si une thé­ra­pie fami­liale peut venir com­plé­ter le tra­vail fait avec le méde­cin, c'est l'idéal. Il faut un lieu pour pou­voir se dire les choses et aussi que les parents puissent com­prendre sans culpa­bi­li­ser. S'en sor­tir toute seule, c'est illu­soire. Il m'a fallu quatre ans pour me consi­dé­rer malade. Les signes qui doivent aler­ter sont essen­tiel­le­ment un amai­gris­se­ment rapide, des repas dif­fi­ciles et une hyperactivité.

Poutoune

"Poutoune, Plongée dans le cercle infer­nal de l'anorexie", par Christelle Mansour, éditions Edilivre, 310p, 20€.

Qu'est-ce qui vous a fait réagir ? Et à l'inverse qu'est ce qui ne fonc­tion­nait pas ?

Pour moi, ça a duré très long­temps. J'ai pesé entre 27 et 31 kilos pen­dant quinze ans. Aujourd'hui, j'en pèse 45, tout en fai­sant beau­coup de sport mais je ne m'imagine pas remon­ter à 50 kg. Lors de mon hos­pi­ta­li­sa­tion en 1997, pen­dant deux ans et demi dans une cli­nique à Grenoble, cli­nique « ouverte », j'ai pris conscience que le corps médi­cal n'était pas contre moi. Ce qui m'a le plus aidée, c'était mon pro­jet de deve­nir maman un jour et l'envie d'exister pour quelqu'un. A l'inverse, mes mises en iso­le­ment dans dif­fé­rents hôpi­taux d'Alsace, avec le sen­ti­ment d'être gavée comme une oie, ont été catas­tro­phiques. Je n'avais ni télé­phone, ni radio, ni télé, ni per­sonne à qui par­ler. C'était la pri­son. C'était à côté de la plaque : à peine sor­tie, je reper­dais tout le poids imposé, car je ne l'acceptais pas. C'était peut-être vital, mais je pense qu'il y a moyen de faire autre­ment. Cela peut fonc­tion­ner au tout début, car cela peut créer un élec­tro­choc. Mais très vite, on s'installe dans des rituels ras­su­rants et ma vie tour­nait autour d'eux. Tout est pla­ni­fié, cal­culé, on s'inflige de conti­nuelles bri­mades et c'est ainsi que l'on se sent plus forte... Pour éviter cela, il faut au contraire gar­der un lien avec ses amis, avec la vie. La grande ques­tion, à laquelle je n'ai pas de réponse, c'est de savoir si j'aurais som­bré de la même façon si mes parents n'avaient pas démé­nagé, ce qui m'a fait perdre ma meilleure amie et le gar­çon dont j'étais amoureuse.

Etes-vous gué­rie aujourd'hui ?

Je vais mieux mais j'aurai toute ma vie un rap­port par­ti­cu­lier avec la nour­ri­ture. Par exemple, jamais plus je ne man­ge­rai de frites ni de steak haché. Si j'arrive à reman­ger du jaune d'œuf, ce sera une grande vic­toire ! Une fois par semaine, je vois une psy­chiatre. Elle m'aide beau­coup. J'ai perdu 20 ans de ma vie mais aujourd'hui j'ai conscience d'exister et ça me donne des ailes.

Charles Centofanti

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