Anorexie : « il faut faire de la prévention au collège »

Christelle Mansour, 34 ans, est professeur des écoles en Classe d’inclusion scolaire (CLIS) à Bourg-en-Bresse. Elle vient de publier "Poutoune", l’histoire de son enfermement progressif dans l’anorexie à 13 ans. Invitée de l’émission Sept à Huit présentée par Harry Roselmack sur TF1 le 18 mars dernier, elle livre à VousNousIls.fr des conseils pour les profs confrontés à la maladie.

Christelle MansourPourquoi avoir choisi d’écrire un livre sur l’anorexie ?

J’ai commencé à écrire en mars 2007, alors que j’étais en congé longue maladie ; mes problèmes ayant débuté en 1989, à l’âge de 13 ans. L’anorexie c’est comme une grande dépression. L’écriture m’a permis de me raccrocher à quelque chose… Et puis je veux laisser une trace et expliquer à ma fille de 8 ans pourquoi j’ai fait une tentative de suicide et pourquoi sa maman ne mange pas comme tout le monde. Je ne m’alimente que le soir, le plus souvent quand elle est couchée ou quand elle regarde la télévision en me tournant le dos. Ce livre me permet aussi de dire à quel point l’anorexie est une maladie grave. On peut facilement s’y enfoncer, il faut intervenir le plus tôt possible. Problème : en France, on manque de structures adaptées, à l’image de la Maison de Solenn. Après 20 ans, on se retrouve démunie. Il faut une prise en charge globale, avec une équipe pluridisciplinaire.

Quand on est enseignant, à quel moment faut-il signaler un cas au médecin scolaire ou à l’infirmière de l’établissement ?

Dès le moindre doute, il faut en parler ! Il est important de faire de la prévention en classe à partir de la 4e/3e, à condition de ne pas le faire n’importe comment. Il faut faire réfléchir les élèves, avec l’appui d’un psychologue, prendre en compte leurs préoccupations : pour beaucoup de jeunes filles, c’est notamment de rentrer dans un pantalon slim. Mais il faut qu’elles se rendent compte de la pression de la société, du culte pour le parfait. Est-ce que la vie de top modèle c’est le bonheur ? Est-ce que les photos en une des magazines féminins, retouchées sur Photoshop, c’est la vraie vie ?

Faut-il prévenir les parents et quels signes doivent alerter les enseignants ?

Bien sûr, il faut en parler aux parents. Pour sortir de l’anorexie, ou du moins s’en extraire le plus possible, l’aide de psychothérapeutes est souvent indispensable. Et si une thérapie familiale peut venir compléter le travail fait avec le médecin, c’est l’idéal. Il faut un lieu pour pouvoir se dire les choses et aussi que les parents puissent comprendre sans culpabiliser. S’en sortir toute seule, c’est illusoire. Il m’a fallu quatre ans pour me considérer malade. Les signes qui doivent alerter sont essentiellement un amaigrissement rapide, des repas difficiles et une hyperactivité.

Poutoune

« Poutoune, Plongée dans le cercle infernal de l’anorexie », par Christelle Mansour, éditions Edilivre, 310p, 20€.

Qu’est-ce qui vous a fait réagir ? Et à l’inverse qu’est ce qui ne fonctionnait pas ?

Pour moi, ça a duré très longtemps. J’ai pesé entre 27 et 31 kilos pendant quinze ans. Aujourd’hui, j’en pèse 45, tout en faisant beaucoup de sport mais je ne m’imagine pas remonter à 50 kg. Lors de mon hospitalisation en 1997, pendant deux ans et demi dans une clinique à Grenoble, clinique « ouverte », j’ai pris conscience que le corps médical n’était pas contre moi. Ce qui m’a le plus aidée, c’était mon projet de devenir maman un jour et l’envie d’exister pour quelqu’un. A l’inverse, mes mises en isolement dans différents hôpitaux d’Alsace, avec le sentiment d’être gavée comme une oie, ont été catastrophiques. Je n’avais ni téléphone, ni radio, ni télé, ni personne à qui parler. C’était la prison. C’était à côté de la plaque : à peine sortie, je reperdais tout le poids imposé, car je ne l’acceptais pas. C’était peut-être vital, mais je pense qu’il y a moyen de faire autrement. Cela peut fonctionner au tout début, car cela peut créer un électrochoc. Mais très vite, on s’installe dans des rituels rassurants et ma vie tournait autour d’eux. Tout est planifié, calculé, on s’inflige de continuelles brimades et c’est ainsi que l’on se sent plus forte… Pour éviter cela, il faut au contraire garder un lien avec ses amis, avec la vie. La grande question, à laquelle je n’ai pas de réponse, c’est de savoir si j’aurais sombré de la même façon si mes parents n’avaient pas déménagé, ce qui m’a fait perdre ma meilleure amie et le garçon dont j’étais amoureuse.

Etes-vous guérie aujourd’hui ?

Je vais mieux mais j’aurai toute ma vie un rapport particulier avec la nourriture. Par exemple, jamais plus je ne mangerai de frites ni de steak haché. Si j’arrive à remanger du jaune d’œuf, ce sera une grande victoire ! Une fois par semaine, je vois une psychiatre. Elle m’aide beaucoup. J’ai perdu 20 ans de ma vie mais aujourd’hui j’ai conscience d’exister et ça me donne des ailes.

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