Triche, fraude, plagiat : les profs s’organisent

Rares sont les enseignants à n’avoir jamais été confrontés à la tricherie dans une copie d’élève ou lors d’un examen. Dès le primaire, mais surtout au collège puis au lycée et à l’université, les profs tentent de trouver des parades.

école

alamosbasement/Flickr

70% des étudiants avouent avoir déjà triché au cours de leur scolarité. C’est ce que révèle l’étude réalisée auprès de 1815 étudiants par les chercheurs nantais Pascal Guibert et Christophe Michaut(1). L’école primaire n’est pas épargnée. « Un de mes élèves en CE2 vient d’être pris « la main dans le sac » : il a sorti sur ses genoux son livre de français », confie Pauline(2), professeur des écoles dans les Yvelines. Résultat : des réprimandes, un mot aux parents et l’évaluation à refaire entre quatre yeux pendant la récréation. Pauline nuance : « Ce genre de cas reste rare, la tricherie des élèves consiste essentiellement à copier sur le voisin, ils sont très forts à cet exercice ! » Pour décourager les tentations, l’institutrice a ses astuces : « Je leur demande de séparer leurs tables avec des classeurs lors des évaluations ou de certains exercices (dictée, tables de multiplications…) Ils sont encore petits et n’ont pas les idées d’antisèches. Mais c’est embêtant qu’ils copient : il m’est déjà arrivé de ne pas me rendre compte des difficultés d’un élève avant qu’il ne change de voisin. »

Le fléau des smartphones

Au collège et au lycée, la triche gagne du terrain. Sonia, prof de maths dans un lycée du Rhône, y est confrontée « comme tout enseignant ». « L’antisèche dans la trousse existe toujours. Les plus futés utilisent leurs calculatrices afin d’y rentrer leurs formules et il est très difficile de contrôler ! » Mais l’enseignante relativise : « Tous mes terminales STG, une série où la calculatrice est autorisée le jour du bac, profitent de cet outil comme d’un « aide-mémoire ». L’essentiel c’est de savoir appliquer les formules. »

Le véritable fléau repose sur les smartphones. Ces téléphones nouvelle génération permettent de photographier ses cours voire de se connecter à internet pendant une épreuve, telle cette élève qui, lors d’un devoir sur table, a recopié une page web en tapant le sujet sur Google ! Un phénomène « catastrophique », reconnaît Sonia, car difficile à juguler : « Les élèves n’ont plus de montres, le téléphone affiche l’heure ! Une grosse bataille pour les enseignants. »

Zoom sur l’université Paris Diderot – Paris VII

Preuve que les sanctions existent et qu’elles sont appliquées, chaque année des étudiants font l’objet d’un avertissement, d’un blâme voire d’une exclusion. A titre d’exemple, l’université de Paris Diderot a accepté de nous dévoiler le nombre de sanctions délivrées pour fraude ou tentative de fraude, plagiat ou comportement violent : 2 avertissements en 2010 (0 en 2011), 10 blâmes en 2010 (0 en 2011), aucune exclusion inférieure à 2 ans – avec ou sans sursis – en 2010 (mais 5 en 2011), et 2 exclusions de tout établissement universitaire pour une durée maximum de cinq ans en 2010 (1 en 2011).

« La fraude existera toujours »

L’expérience « pédagogique » de Loys Bonod, prof de lettres au lycée Chaptal à Paris, rappelle l’effet pervers du recours aveugle aux nouvelles technologies. Plus des trois-quarts de ses élèves de première ont été surpris à plagier un corrigé « consternant » que l’enseignant avait rédigé et mis sur la toile. Interrogé par VousNousIls, il explique ce qu’a été sa réaction : « La fraude se développe de manière exponentielle. Mais la triche a toujours existé et existera toujours. »

La vraie question est, selon lui, celle de la qualité des contenus sur Internet : « elle n’a aucune espèce de rapport avec celle des « Profils » publiés (chez Hatier) par des auteurs spécialisés. Il y a avec le web un renoncement à la nécessaire autonomie de pensée, une forme de servitude et de dépendance. Par contrecoup, de nombreux professeurs renoncent à préparer les élèves au travail à la maison, à contrôler la lecture des œuvres, ce qui aggrave les difficultés. Bref, le web empêche de plus en plus les professeurs de lettres de travailler. »

Des brouilleurs de téléphones ?

La solution ? « C’est une question d’organisation », estime François Guénard, maître de conférence en mathématiques à l’université Paris-Sud (Orsay), auteur d’un Anti-manuel de la triche, à destination du ministre, des parents et des profs à paraître le 22 août prochain aux éditions Jean-Claude Gawsewitch. « Trop de profs ne surveillent pas assez les examens », dénonce cet ancien membre du jury du concours Centrale. « Le point d’entrée dans la triche ce sont les TPE (travaux personnels encadrés) en Première. En recopiant Wikipédia, les lycéens n’ont pas l’impression de tricher car ils ne sont pas sensibilisés. » A l’université, la difficulté pourrait être facilement réglée, selon François Guénard : « il suffit de créer de vraies salles d’examens, de les isoler et de les équiper de brouilleurs de téléphones portables. » Problème : le législateur n’autorise le brouillage que pour les salles de spectacles.

« Se prémunir contre la fraude est impossible pour le travail à la maison et de plus en plus difficile en classe », résume Loys Bonod. « On peut chercher des textes non commentés sur le web mais ce sera de moins en moins possible, et surtout c’est renoncer aux grands textes qui fondent notre culture commune. » Les détecteurs de plagiat ? « Ils ne valent que pour les travaux remis sous une forme numérique, ce qui n’est pas le cas des exercices au lycée. » Quant à l’expression orale, chronophage, « elle met en œuvre des compétences différentes de l’expression écrite », souligne Loys Bonod.

Pour François Guénard, « la triche est d’abord un problème moral. » Et au-delà des sanctions, « il en va de l’image d’un diplôme auprès des employeurs. Le système, notamment pour les concours des grandes écoles, est basé sur la confiance. S’il y a fraude et que cela se sait, tout s’effondre. » La fuite au bac S en 2011 en est l’illustration.

Note(s) :
  • (1) « Les facteurs individuels et contextuels de la fraude aux examens universitaires », étude parue en 2009 : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFPED_169_0043
  • (2) Les prénoms ont été changés

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