16.04.2012
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Devoirs à la maison : peut-on s'en passer ?

Le site Internet « Ce soir pas de devoirs » relance le débat sur l'utilité du tra­vail à la mai­son en appe­lant à « une quin­zaine sans devoirs ». Enseignants et parents d'élèves se sai­sissent de l'opération pour reve­nir sur une pra­tique pour­tant inter­dite depuis 1956 !

Garçon faisant ses devoirs

Crédit photo : MarkGuitarPhoto/Flickr/CC

Officiellement, les devoirs à la mai­son ne devraient plus avoir cours. Une cir­cu­laire de 1956 les inter­dit expres­sé­ment pour les élèves à l'école élémen­taire tan­dis qu'une cir­cu­laire de 1994 rap­pelle que les élèves ne doivent pas avoir de devoirs écrits en dehors du temps sco­laire. Seules devraient être auto­ri­sées des réci­ta­tions et petites lec­tures. La réa­lité est tout autre. D'où l'opération lan­cée par la FCPE, l'ICEM, le SIEN, l'AFEV et ATD Quart Monde.

Quinzaine sans devoirs

Fédération, ins­ti­tut et ONG ont demandé aux acteurs de l'éducation (parents, ensei­gnants, direc­teurs, accom­pa­gna­teurs...) de mettre en pra­tique la fin des devoirs à la mai­son à par­tir du 26 mars et de s'exprimer en ligne sur un site dédié. « Personne n'a jamais prouvé l'utilité des devoirs à la mai­son qui ne font qu'accentuer les inéga­li­tés entre les enfants, selon qu'ils peuvent ou non béné­fi­cier d'aide à la mai­son, peut-on lire sur ce site. De deux choses l'une : soit les élèves ont com­pris la leçon et réussi les exer­cices en classe, et on leur fait perdre leur temps en les empê­chant de lire par exemple. Soit ce n'est pas le cas et ce n'est pas à la mai­son, hors de la pré­sence de l'enseignant, qu'ils pour­ront y arri­ver mieux ! »

Alice, mère de 2 enfants en pri­maire, approuve l'initiative. « Les enfants passent déjà de longues heures à l'école. Le soir ils ont besoin de se repo­ser et non de se lan­cer dans la réso­lu­tion d'exercices par­fois com­pli­qués. Chaque soir c'est une vraie bataille pour les ins­tal­ler devant leurs devoirs. » Pour Patrick, père d'un enfant en pri­maire, « le pro­blème n'est pas tant de s'atteler aux devoirs que de com­prendre par­fois ce qui est demandé. »

Un débat sans réponse ?

D'autres parents recon­naissent à l'inverse l'utilité des devoirs. « L'un des ensei­gnants de mon aîné ne don­nait pas de devoirs lorsque nous vivions en région bor­de­laise, se rap­pelle Sophie, mère de deux enfants. Et j'avoue ne pas avoir trouvé cela très sérieux. Je crois que les enfants ont besoin de devoirs. Réviser seul à la mai­son est une habi­tude à prendre très tôt. Sans quoi, com­ment font-ils une fois arri­vés au col­lège ? Pour ce qui est des pré­ten­dues inéga­li­tés, pour moi, elles n'existent pas. L'essentiel c'est d'être à côté de ses enfants lorsqu'ils font leurs devoirs, de les accom­pa­gner et non de faire à leur place. Les devoirs demandent à mon sens du temps et non des compétences. »

Amélie, pro­fes­seur des écoles dans les Yvelines, a résolu la ques­tion des devoirs à l'école en don­nant du temps aux élèves. « Après six heures en classe, je pense que les enfants pour­raient se pas­ser de devoirs. Ils auraient tout inté­rêt à faire du sport ou pra­ti­quer une acti­vité cultu­relle, mais si je ne donne pas de devoirs, cer­tains parents s'inquiètent... Alors je donne des exer­cices à faire d'une semaine sur l'autre pour que les enfants puissent se repo­ser le soir ou le week-end s'ils en ont besoin. »

Faire par­ler les enfants

« Qu'ils aient ou non des devoirs, ce qui est très impor­tant, pour­suit Amélie, c'est ame­ner les enfants à par­ler de leur jour­née pour qu'ils se rap­pellent ce qu'ils ont fait. Il faut les encou­ra­ger à réuti­li­ser les termes qu'ils viennent d'apprendre. » « Il faut que les enfants montrent à la mai­son ce qu'ils ont fait en classe et non qu'ils montrent en classe ce qu'ils ont fait à la mai­son, » ajoute la FCPE qui assure que si les parents réclament des devoirs, c'est qu'ils sont sou­vent le seul lien pro­posé avec ce qui se passe en classe. « Si on pro­po­sait d'autres moda­li­tés de com­mu­ni­ca­tion avec les ensei­gnants, d'autres façons d'accompagner la sco­la­rité des enfants, les parents les adop­te­raient bien vite ! » Peut-être serait-il temps de choi­sir de nou­veaux moyens de communication, et d'appliquer les textes qui fête­ront cette année leur 56ème année de vie.


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Delphine Barrais


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bruno tours
le 20 avril 2012

A-t-on assez réflé­chi aux effets per­vers que cette pra­tique a par­fois sur les pra­tiques péda­go­giques et les rela­tions pro­fes­seurs — élèves? Comment ces devoirs sont-ils exploi­tés en classe ? Comment les ensei­gnants gèrent-ils le pro­blème posé par les devoirs non effec­tués ? sanc­tions ? puni­tions ? récri­mi­na­tions ? oubli ? aban­don ?
Quant aux consé­quences péda­go­giques, assiste-t-on par­fois à des pra­tiques inver­sées ?
Six heures de classe quo­ti­diennes ne devraient-elles pas suf­fire à la construc­tion solide des appren­tis­sages fon­da­men­taux assi­gnés à l'école pri­maire ? Beaucoup d'enseignants se sentent peut-être "pié­gés" par la pres­sion sociale et pro­fes­sion­nelle. Ne serait-il pas temps que les for­ma­teurs ini­tiaux et conti­nus de la belle mai­son éduca­tion natio­nale insufflent aux ensei­gnants l'intérêt glo­bal pour la per­sonne de chaque élève par la prio­rité accor­dée aux grands équi­libres psycho-socio-éducatifs qui contri­bue­raient vrai­ment à l'amélioration des résul­tats sco­laires d'élèves enfin pris dans leur inté­gra­lité citoyenne et humaine ?

bruno tours

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Mylvil
le 22 avril 2012

A bruno tours : Je suis en for­ma­tion à l'IUFM de la Réunion et l'esprit de cette for­ma­tion est celui que vous décri­vez. Cependant, pour en par­ler avec des parents d'élèves et d'autres per­sonnes moins concer­nés, ceux qui n'ont pas d'enfants ou des enfants plus âgés, le fait de ne pas don­ner de devoirs est perçu comme de l'incompétence de l'enseignant. C'est dif­fi­cile de mon­trer l'étendue des effets per­vers du tra­vail à la mai­son obli­ga­toire à toutes ces per­sonnes ! Au moment où de nom­breux can­di­dats sou­haitent ren­for­cer l'image auto­ri­taire de l'éducation et des pro­fes­seurs, don­ner des devoirs à la mai­son appa­rait pour beau­coup comme une preuve d'autorité...

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Totoche
le 7 mai 2012

Terminer un exer­cice à la mai­son, per­met par­fois de com­bler les écarts entre les élèves qui tra­vaillent vite et com­prennent tout, en quelques minutes, et ceux un peu moins vifs, ou moins atten­tifs, ou plus lents. En ce sens, je ne vois pas où serait le mal. Cela per­met à tous d'effectuer la tâche deman­dée par l'enseignant, Et quand il y a cor­rec­tion en classe, tout le monde a fait son tra­vail et la cor­rec­tion peut avoir du sens. D'autre part, on sait que tout le monde n'apprend pas de la même manière. Apprendre des leçons par coeur, ça marche chez cer­tains. Pour d'autres, faire un exer­cice écrit per­met d'assimiler la notion apprise en classe. Refaire un exer­cice simi­laire à celui donné en classe de temps en temps quand des erreurs per­sistent peut être aussi très béné­fique chez cer­tains élèves. De là à don­ner une tar­tine de devoirs tous les jours à toute une classe... Mais de temps en temps et selon le besoin, c'est faire confiance aussi au bon sens et à l'expérience de l'enseignant. Les lois sont faites pour don­ner un cadre certes, mais sont-elles tou­jours bonnes pour les cas spé­ci­fiques, quand on sait que chaque élève est dif­fé­rent et a des besoins par­ti­cu­liers... C'est à méditer...

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