Devoirs à la maison : peut-on s’en passer ?

En pratique

Le site Internet « Ce soir pas de devoirs » relance le débat sur l'utilité du travail à la maison en appelant à « une quinzaine sans devoirs ». Enseignants et parents d’élèves se saisissent de l’opération pour revenir sur une pratique pourtant interdite depuis 1956 !

Garçon faisant ses devoirs

Crédit photo : MarkGuitarPhoto/Flickr/CC

Officiellement, les devoirs à la maison ne devraient plus avoir cours. Une circulaire de 1956 les interdit expressément pour les élèves à l’école élémentaire tandis qu’une circulaire de 1994 rappelle que les élèves ne doivent pas avoir de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. Seules devraient être autorisées des récitations et petites lectures. La réalité est tout autre. D’où l’opération lancée par la FCPE, l’ICEM, le SIEN, l’AFEV et ATD Quart Monde.

Quinzaine sans devoirs

Fédération, institut et ONG ont demandé aux acteurs de l’éducation (parents, enseignants, directeurs, accompagnateurs…) de mettre en pratique la fin des devoirs à la maison à partir du 26 mars et de s’exprimer en ligne sur un site dédié. « Personne n’a jamais prouvé l’utilité des devoirs à la maison qui ne font qu’accentuer les inégalités entre les enfants, selon qu’ils peuvent ou non bénéficier d’aide à la maison, peut-on lire sur ce site. De deux choses l’une : soit les élèves ont compris la leçon et réussi les exercices en classe, et on leur fait perdre leur temps en les empêchant de lire par exemple. Soit ce n’est pas le cas et ce n’est pas à la maison, hors de la présence de l’enseignant, qu’ils pourront y arriver mieux ! »

Alice, mère de 2 enfants en primaire, approuve l’initiative. « Les enfants passent déjà de longues heures à l’école. Le soir ils ont besoin de se reposer et non de se lancer dans la résolution d’exercices parfois compliqués. Chaque soir c’est une vraie bataille pour les installer devant leurs devoirs. » Pour Patrick, père d’un enfant en primaire, « le problème n’est pas tant de s’atteler aux devoirs que de comprendre parfois ce qui est demandé. »

Un débat sans réponse ?

D’autres parents reconnaissent à l’inverse l’utilité des devoirs. « L’un des enseignants de mon aîné ne donnait pas de devoirs lorsque nous vivions en région bordelaise, se rappelle Sophie, mère de deux enfants. Et j’avoue ne pas avoir trouvé cela très sérieux. Je crois que les enfants ont besoin de devoirs. Réviser seul à la maison est une habitude à prendre très tôt. Sans quoi, comment font-ils une fois arrivés au collège ? Pour ce qui est des prétendues inégalités, pour moi, elles n’existent pas. L’essentiel c’est d’être à côté de ses enfants lorsqu’ils font leurs devoirs, de les accompagner et non de faire à leur place. Les devoirs demandent à mon sens du temps et non des compétences. »

Amélie, professeur des écoles dans les Yvelines, a résolu la question des devoirs à l’école en donnant du temps aux élèves. « Après six heures en classe, je pense que les enfants pourraient se passer de devoirs. Ils auraient tout intérêt à faire du sport ou pratiquer une activité culturelle, mais si je ne donne pas de devoirs, certains parents s’inquiètent… Alors je donne des exercices à faire d’une semaine sur l’autre pour que les enfants puissent se reposer le soir ou le week-end s’ils en ont besoin. »

Faire parler les enfants

« Qu’ils aient ou non des devoirs, ce qui est très important, poursuit Amélie, c’est amener les enfants à parler de leur journée pour qu’ils se rappellent ce qu’ils ont fait. Il faut les encourager à réutiliser les termes qu’ils viennent d’apprendre. » « Il faut que les enfants montrent à la maison ce qu’ils ont fait en classe et non qu’ils montrent en classe ce qu’ils ont fait à la maison, » ajoute la FCPE qui assure que si les parents réclament des devoirs, c’est qu’ils sont souvent le seul lien proposé avec ce qui se passe en classe. « Si on proposait d’autres modalités de communication avec les enseignants, d’autres façons d’accompagner la scolarité des enfants, les parents les adopteraient bien vite ! » Peut-être serait-il temps de choisir de nouveaux moyens de communication, et d’appliquer les textes qui fêteront cette année leur 56ème année de vie.


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3 commentaires sur "Devoirs à la maison : peut-on s’en passer ?"

  1. bruno tours  20 avril 2012 à 14 h 19 min

    A-t-on assez réfléchi aux effets pervers que cette pratique a parfois sur les pratiques pédagogiques et les relations professeurs – élèves? Comment ces devoirs sont-ils exploités en classe ? Comment les enseignants gèrent-ils le problème posé par les devoirs non effectués ? sanctions ? punitions ? récriminations ? oubli ? abandon ?
    Quant aux conséquences pédagogiques, assiste-t-on parfois à des pratiques inversées ?
    Six heures de classe quotidiennes ne devraient-elles pas suffire à la construction solide des apprentissages fondamentaux assignés à l’école primaire ? Beaucoup d’enseignants se sentent peut-être « piégés » par la pression sociale et professionnelle. Ne serait-il pas temps que les formateurs initiaux et continus de la belle maison éducation nationale insufflent aux enseignants l’intérêt global pour la personne de chaque élève par la priorité accordée aux grands équilibres psycho-socio-éducatifs qui contribueraient vraiment à l’amélioration des résultats scolaires d’élèves enfin pris dans leur intégralité citoyenne et humaine ?

    bruno tours

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  2. Mylvil  22 avril 2012 à 13 h 38 min

    A bruno tours : Je suis en formation à l’IUFM de la Réunion et l’esprit de cette formation est celui que vous décrivez. Cependant, pour en parler avec des parents d’élèves et d’autres personnes moins concernés, ceux qui n’ont pas d’enfants ou des enfants plus âgés, le fait de ne pas donner de devoirs est perçu comme de l’incompétence de l’enseignant. C’est difficile de montrer l’étendue des effets pervers du travail à la maison obligatoire à toutes ces personnes ! Au moment où de nombreux candidats souhaitent renforcer l’image autoritaire de l’éducation et des professeurs, donner des devoirs à la maison apparait pour beaucoup comme une preuve d’autorité…

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  3. Totoche  7 mai 2012 à 13 h 42 min

    Terminer un exercice à la maison, permet parfois de combler les écarts entre les élèves qui travaillent vite et comprennent tout, en quelques minutes, et ceux un peu moins vifs, ou moins attentifs, ou plus lents. En ce sens, je ne vois pas où serait le mal. Cela permet à tous d’effectuer la tâche demandée par l’enseignant, Et quand il y a correction en classe, tout le monde a fait son travail et la correction peut avoir du sens. D’autre part, on sait que tout le monde n’apprend pas de la même manière. Apprendre des leçons par coeur, ça marche chez certains. Pour d’autres, faire un exercice écrit permet d’assimiler la notion apprise en classe. Refaire un exercice similaire à celui donné en classe de temps en temps quand des erreurs persistent peut être aussi très bénéfique chez certains élèves. De là à donner une tartine de devoirs tous les jours à toute une classe… Mais de temps en temps et selon le besoin, c’est faire confiance aussi au bon sens et à l’expérience de l’enseignant. Les lois sont faites pour donner un cadre certes, mais sont-elles toujours bonnes pour les cas spécifiques, quand on sait que chaque élève est différent et a des besoins particuliers… C’est à méditer…

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