13.04.2012
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Nicolas Mascret : "Un bon prof fait progresser ses élèves"

Soucieux de par­ler posi­ti­ve­ment de l'école, Nicolas Mascret, maître de confé­rences à l'IUFM d'Aix-Marseille, vient de publier « N'oublions pas les bons profs ». Un livre hom­mage à ces ensei­gnants qui laissent un sou­ve­nir impé­ris­sable à leurs élèves. Entretien.

Nicolas Mascret auteur de N'oublions pas les bons profsUn livre consa­cré aux « bons profs »(1), écrit par un prof, n'est-ce pas un peu corporatiste ?

Ca pour­rait l'être au pre­mier abord mais ça ne l'est pas. J'ai essayé d'adopter une démarche de jour­na­liste en inter­ro­geant des ensei­gnants, des élèves, mais aussi de nom­breuses per­sonnes croi­sées dans la rue, d'âges et de milieux socio­pro­fes­sion­nels dif­fé­rents afin d'obtenir un panel repré­sen­ta­tif de la société. Mais je n'ai pas voulu tra­hir la réa­lité : je ne nie pas que l'école va mal et que la situa­tion dans les établis­se­ments est sou­vent très dif­fi­cile. Pour autant, il y a aussi des choses qui fonc­tionnent. Je recon­nais plu­tôt un réflexe affec­tif que cor­po­ra­tiste, lié au fait que l'immense majo­rité des livres consa­crés à l'école ne per­çoit que son côté négatif.

Pourquoi ce choix d'avoir aussi ques­tionné des « stars » telles que Jean-Jacques Goldman, Anne Roumanoff ou encore PPDA ? Qui vous a le plus touché ?

J'ai contacté des per­son­na­li­tés pour deux rai­sons. D'une part, pour mon­trer que les profs touchent tout le monde. D'autre part, car j'estimais inté­res­sant d'avoir leur regard sur l'école en fonc­tion de leur spé­cia­lité. Je ques­tionne notam­ment Jack Lang sur son rap­port avec les ensei­gnants quand il était ministre, Axel Kahn sur l'empathie, PPDA sur la lit­té­ra­ture... Chacun m'a mar­qué à sa manière : à l'évocation des sou­ve­nirs de bons profs, j'ai senti une réelle émotion dans la voix de tous. Mais si je devais n'en rete­nir qu'un, ce serait le pédo­psy­chiatre Marcel Rufo qui insiste sur l'importance de l'enseignant dans la construc­tion de l'enfant et de l'adolescent. Selon lui, le prof apporte à ses élèves « une trace de vie, une trace pour la vie ».

Vous dites ne pas avoir voulu dres­ser le por­trait robot de l'enseignant idéal. Néanmoins, à quoi reconnaît-on un bon prof ? Quelles sont ses qua­li­tés de base ?

Ce qui est revenu très sou­vent dans les témoi­gnages c'est le côté pas­sionné et content d'être là. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut être extra­verti, mais sim­ple­ment croire en son métier et dans la dis­ci­pline ensei­gnée. La prin­ci­pale dif­fi­culté c'est que cha­cun peut se construire un por­trait robot dif­fé­rent du bon prof. Le côté sévère par exemple, par­fois sou­li­gné comme une carac­té­ris­tique du bon ensei­gnant, ne res­sort pas sys­té­ma­ti­que­ment. Pour cer­tains élèves, c'est même le contraire. Il y a donc une forte part de sub­jec­ti­vité liée à la dimen­sion affec­tive qui existe. Résultat : on « accroche » avec cer­tains profs et moins avec d'autres.

N'y a-t-il pas un lien entre la matière ensei­gnée et l'affection que l'on porte à l'enseignant ?

Il peut y avoir un lien mais je pense que le bon ensei­gnant est celui qui par­vient à faire aimer sa matière. Par ailleurs, la quasi tota­lité des per­sonnes inter­ro­gées ont mis en avant l'importance des appren­tis­sages. Un bon prof fait pro­gres­ser ses élèves dans sa matière. Il n'a pas besoin d'être un gou­rou ni un men­tor, juste un accé­lé­ra­teur de crois­sance et un vec­teur d'apprentissage.

Est-ce que le bon prof, c'est celui du film Le cercle des poètes dis­pa­rus qui donne plus une phi­lo­so­phie de la vie qu'un ensei­gne­ment cadré ou, au contraire, celui qui ne se prend pas pour un génie mais qui s'arrange pour que ses élèves ter­minent l'année en ayant acquis les bases pré­vues au programme ?

Plutôt le deuxième pro­fil ! Le cercle des poètes dis­pa­rus a mar­qué plu­sieurs géné­ra­tions mais je crois qu'il n'y a pas besoin de mon­ter sur les tables pour mar­quer les esprits. D'ailleurs dans le film, les réac­tions des élèves sont à juste titre très contras­tées. En réa­lité, des exploits d'enseignants ont lieu tous les jours mais ils ne sont pas for­cé­ment spec­ta­cu­laires. C'est sûre­ment pour cette rai­son que les médias parlent moins des réus­sites de l'école que des échecs.

Les bons profs sont-ils rares ?

Je ne pense pas. Plus pré­ci­sé­ment, ceux qui marquent une vie sont rares mais les bons profs ne le sont pas. Sans par­ler du plan sala­rial, le pro­blème est qu'ils ne sont pas for­cé­ment recon­nus et suf­fi­sam­ment mis en avant.

Peut-on apprendre à deve­nir un bon ensei­gnant ? Est-ce que cela passe par la formation ?

Bien sûr, sinon je ne ferais pas ce métier ! Bien ensei­gner s'apprend mais il n'y a pas de recette miracle du bon prof, sinon ça se sau­rait. L'idée c'est plu­tôt de déce­ler les qua­li­tés du futur ensei­gnant, afin qu'il puisse s'appuyer des­sus et inven­ter sa façon à lui d'être un bon prof.

Le 4 avril, l'Education natio­nale a rendu public les « indi­ca­teurs de résul­tats des lycées » qui pour­raient être éten­dus au pri­maire et au col­lège. Les « meilleurs » établis­se­ments ont-ils davan­tage de bons profs ou de bons élèves que les autres ?

Ils ont davan­tage de bons élèves ! Il y a de très bons profs par­tout. Mais il est plus facile de se consi­dé­rer bon ensei­gnant quand on a face à soi de bons élèves. Pour avoir tra­vaillé pen­dant sept ans dans des établis­se­ments dif­fi­ciles, je sais pour­tant que de nom­breux col­lègues font un tra­vail fan­tas­tique mal­gré des condi­tions d'exercice chaotiques.

Quel est l'enseignant qui vous laisse le meilleur souvenir ?

Un prof que j'ai eu en classe de pre­mière. Il m'a mar­qué car il était pas­sionné par le fran­çais. En tant qu'élèves, bons ou moins bons, nous sen­tions que nous comp­tions à ses yeux. Il se met­tait à notre place pour mieux nous com­prendre et nous per­mettre d'être effi­caces. Surtout, il nous fai­sait confiance. Il m'a aidé à plu­sieurs niveaux, même si je n'étais pas un mau­vais élève. Il m'a fait prendre confiance en moi et j'ai vécu une bonne année sco­laire. Quinze ans plus tard, je l'ai contacté par le biais d'une connais­sance com­mune. Au départ, je l'ai vou­voyé car pour moi il res­tait mon prof puis il m'a demandé de le tutoyer en me disant que main­te­nant nous étions col­lègues. Il se sou­ve­nait très bien de moi. Cela m'a fait très plai­sir sans pour autant m'étonner. Cette qua­lité, de consi­dé­rer ses élèves comme des indi­vi­dus à part entière et des per­sonnes capables de pro­gres­ser, est sans doute une autre carac­té­ris­tique du bon prof.

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) N'oublions pas les bons profs, par Nicolas Mascret. Paru aux éditions Anne Carrière, 252 pages, 19€.
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Il Rève
le 14 avril 2012

J'ai lu avec beau­coup d'intérêt le livre de Nicolas Mascret. Au départ j'étais plu­tôt scep­tique et pen­sais ren­con­trer un por­trait type du bon prof. Il n'en est rien. Cet ouvrage est celui de cer­tains sou­ve­nirs, de par­cours humains, de rela­tions posi­tives entre des êtres qui s'apprécient. Ce livre, uti­li­sant diverses démarches et qui se lit avec beau­coup de faci­lité, consti­tue un nuage d'oxygène dans l'univers gri­son­nant de l'école. A recom­man­der à forte dose.

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