Nicolas Mascret : « Un bon prof fait progresser ses élèves »

L’invité

Soucieux de parler positivement de l’école, Nicolas Mascret, maître de conférences à l’IUFM d’Aix-Marseille, vient de publier « N’oublions pas les bons profs ». Un livre hommage à ces enseignants qui laissent un souvenir impérissable à leurs élèves. Entretien.

Nicolas Mascret auteur de N'oublions pas les bons profsUn livre consacré aux « bons profs »(1), écrit par un prof, n’est-ce pas un peu corporatiste ?

Ca pourrait l’être au premier abord mais ça ne l’est pas. J’ai essayé d’adopter une démarche de journaliste en interrogeant des enseignants, des élèves, mais aussi de nombreuses personnes croisées dans la rue, d’âges et de milieux socioprofessionnels différents afin d’obtenir un panel représentatif de la société. Mais je n’ai pas voulu trahir la réalité : je ne nie pas que l’école va mal et que la situation dans les établissements est souvent très difficile. Pour autant, il y a aussi des choses qui fonctionnent. Je reconnais plutôt un réflexe affectif que corporatiste, lié au fait que l’immense majorité des livres consacrés à l’école ne perçoit que son côté négatif.

Pourquoi ce choix d’avoir aussi questionné des « stars » telles que Jean-Jacques Goldman, Anne Roumanoff ou encore PPDA ? Qui vous a le plus touché ?

J’ai contacté des personnalités pour deux raisons. D’une part, pour montrer que les profs touchent tout le monde. D’autre part, car j’estimais intéressant d’avoir leur regard sur l’école en fonction de leur spécialité. Je questionne notamment Jack Lang sur son rapport avec les enseignants quand il était ministre, Axel Kahn sur l’empathie, PPDA sur la littérature… Chacun m’a marqué à sa manière : à l’évocation des souvenirs de bons profs, j’ai senti une réelle émotion dans la voix de tous. Mais si je devais n’en retenir qu’un, ce serait le pédopsychiatre Marcel Rufo qui insiste sur l’importance de l’enseignant dans la construction de l’enfant et de l’adolescent. Selon lui, le prof apporte à ses élèves « une trace de vie, une trace pour la vie ».

Vous dites ne pas avoir voulu dresser le portrait robot de l’enseignant idéal. Néanmoins, à quoi reconnaît-on un bon prof ? Quelles sont ses qualités de base ?

Ce qui est revenu très souvent dans les témoignages c’est le côté passionné et content d’être là. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut être extraverti, mais simplement croire en son métier et dans la discipline enseignée. La principale difficulté c’est que chacun peut se construire un portrait robot différent du bon prof. Le côté sévère par exemple, parfois souligné comme une caractéristique du bon enseignant, ne ressort pas systématiquement. Pour certains élèves, c’est même le contraire. Il y a donc une forte part de subjectivité liée à la dimension affective qui existe. Résultat : on « accroche » avec certains profs et moins avec d’autres.

N’y a-t-il pas un lien entre la matière enseignée et l’affection que l’on porte à l’enseignant ?

Il peut y avoir un lien mais je pense que le bon enseignant est celui qui parvient à faire aimer sa matière. Par ailleurs, la quasi totalité des personnes interrogées ont mis en avant l’importance des apprentissages. Un bon prof fait progresser ses élèves dans sa matière. Il n’a pas besoin d’être un gourou ni un mentor, juste un accélérateur de croissance et un vecteur d’apprentissage.

Est-ce que le bon prof, c’est celui du film Le cercle des poètes disparus qui donne plus une philosophie de la vie qu’un enseignement cadré ou, au contraire, celui qui ne se prend pas pour un génie mais qui s’arrange pour que ses élèves terminent l’année en ayant acquis les bases prévues au programme ?

Plutôt le deuxième profil ! Le cercle des poètes disparus a marqué plusieurs générations mais je crois qu’il n’y a pas besoin de monter sur les tables pour marquer les esprits. D’ailleurs dans le film, les réactions des élèves sont à juste titre très contrastées. En réalité, des exploits d’enseignants ont lieu tous les jours mais ils ne sont pas forcément spectaculaires. C’est sûrement pour cette raison que les médias parlent moins des réussites de l’école que des échecs.

Les bons profs sont-ils rares ?

Je ne pense pas. Plus précisément, ceux qui marquent une vie sont rares mais les bons profs ne le sont pas. Sans parler du plan salarial, le problème est qu’ils ne sont pas forcément reconnus et suffisamment mis en avant.

Peut-on apprendre à devenir un bon enseignant ? Est-ce que cela passe par la formation ?

Bien sûr, sinon je ne ferais pas ce métier ! Bien enseigner s’apprend mais il n’y a pas de recette miracle du bon prof, sinon ça se saurait. L’idée c’est plutôt de déceler les qualités du futur enseignant, afin qu’il puisse s’appuyer dessus et inventer sa façon à lui d’être un bon prof.

Le 4 avril, l’Education nationale a rendu public les « indicateurs de résultats des lycées » qui pourraient être étendus au primaire et au collège. Les « meilleurs » établissements ont-ils davantage de bons profs ou de bons élèves que les autres ?

Ils ont davantage de bons élèves ! Il y a de très bons profs partout. Mais il est plus facile de se considérer bon enseignant quand on a face à soi de bons élèves. Pour avoir travaillé pendant sept ans dans des établissements difficiles, je sais pourtant que de nombreux collègues font un travail fantastique malgré des conditions d’exercice chaotiques.

Quel est l’enseignant qui vous laisse le meilleur souvenir ?

Un prof que j’ai eu en classe de première. Il m’a marqué car il était passionné par le français. En tant qu’élèves, bons ou moins bons, nous sentions que nous comptions à ses yeux. Il se mettait à notre place pour mieux nous comprendre et nous permettre d’être efficaces. Surtout, il nous faisait confiance. Il m’a aidé à plusieurs niveaux, même si je n’étais pas un mauvais élève. Il m’a fait prendre confiance en moi et j’ai vécu une bonne année scolaire. Quinze ans plus tard, je l’ai contacté par le biais d’une connaissance commune. Au départ, je l’ai vouvoyé car pour moi il restait mon prof puis il m’a demandé de le tutoyer en me disant que maintenant nous étions collègues. Il se souvenait très bien de moi. Cela m’a fait très plaisir sans pour autant m’étonner. Cette qualité, de considérer ses élèves comme des individus à part entière et des personnes capables de progresser, est sans doute une autre caractéristique du bon prof.

Note(s) :
  • (1) N'oublions pas les bons profs, par Nicolas Mascret. Paru aux éditions Anne Carrière, 252 pages, 19€.

1 commentaire sur "Nicolas Mascret : « Un bon prof fait progresser ses élèves »"

  1. Il Rève  14 avril 2012 à 10 h 04 min

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le livre de Nicolas Mascret. Au départ j’étais plutôt sceptique et pensais rencontrer un portrait type du bon prof. Il n’en est rien. Cet ouvrage est celui de certains souvenirs, de parcours humains, de relations positives entre des êtres qui s’apprécient. Ce livre, utilisant diverses démarches et qui se lit avec beaucoup de facilité, constitue un nuage d’oxygène dans l’univers grisonnant de l’école. A recommander à forte dose.

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