A New York, les scandales n'empêchent pas les profs d'enseigner

12.04.2012 , publié dans World 0
Des pro­fes­seurs new-yorkais sus­pec­tés de har­cè­le­ment ou d'attouchements envers des élèves conti­nuent à ensei­gner grâce à une faille du sys­tème juridique.

Dessin de mains menottées

Dessin : Vectorportal / CC / Flickr

Les com­por­te­ments inap­pro­priés d'enseignants envers des élèves sont au coeur du débat en ce moment à New York, suite à l'arrestation d'au moins sept ensei­gnants pour des infrac­tions à carac­tère sexuel au cours des trois der­niers mois. Le der­nier en date, un direc­teur adjoint d'une école du Bronx, a été arrêté mardi 3 avril pour avoir tou­ché la poi­trine de deux filles de 10 et 11 ans. Au moins deux des per­sonnes mises en cause avaient déjà été blâ­mées pour des faits simi­laires, mais avaient pu conti­nuer à ensei­gner en chan­geant d'établissement.

Ces der­nières années, 16 ensei­gnants ont été accu­sés de com­por­te­ments inap­pro­priés à New York. L'un d'entre eux a envoyé des SMS enflam­més à une élève, l'a appe­lée 40 fois et l'a sui­vie sur son lieu de tra­vail. Un autre avait l'habitude de se "cogner" contre des filles de sa classe. Un autre encore a plié un élève sur une chaise et simulé un acte sexuel en disant "je vais te mon­trer ce que c'est que d'être gay"... Sur ces 16 pro­fes­seurs, 14 d'entre eux conti­nuent à exer­cer. Les deux der­niers ont été congé­diés, mais seule­ment après de nou­velles accusations.

Des juge­ments biaisés

Aux Etats-Unis, il est éton­nam­ment dif­fi­cile de mettre fin à la car­rière d'un ensei­gnant pour de tels faits. Car à New York comme dans de nom­breux autres Etats amé­ri­cains, les ensei­gnants titu­laires peuvent béné­fi­cier de l'intervention d'arbi­tra­tors, des avo­cats appoin­tés conjoin­te­ment par la ville et les syn­di­cats d'enseignants, pour entendre la ver­sion des pro­fes­seurs et les pro­té­ger d'accusations injus­ti­fiées. Ces média­teurs peuvent annu­ler un licen­cie­ment imposé par les ser­vices éduca­tifs de la ville, et optent sou­vent pour une puni­tion sym­bo­lique comme une amende, une sus­pen­sion ou un blâme.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, a déclaré ven­dredi 6 avril der­nier que les juge­ments des arbi­tra­tors, rému­né­rés entre 1.000 et 1.800 dol­lars la jour­née pour leurs ser­vices, sont biai­sés par leur désir de conser­ver leur emploi. "Certains de leurs juge­ments n'ont aucun sens, mais (...) c'est qu'ils ne veulent pas être trop rudes avec les membres des syn­di­cats [d'enseignants] parce que sinon le syn­di­cat ne les sélec­tion­nera pas", estime Bloomberg. Pour le maire, leurs déci­sions sont aussi absurdes que si on punis­sait un tueur en série d'une petite tape sur les doigts.

Les syn­di­cats pas prêts à coopérer

L'adjoint du maire en charge de l'éducation, Dennis Walcott, a été chargé de réexa­mi­ner tous les cas d'enseignants mis en cause dans des affaires de har­cè­le­ment ou d'attouchements depuis 2000. Il vou­drait faire licen­cier une ving­taine d'autres ensei­gnants et assis­tants de pro­fes­seurs encore en acti­vité, mais il n'en a pas le pou­voir : "c'est entre les mains, mal­heu­reu­se­ment, d'un arbi­tra­tor. J'aimerais avoir la capa­cité de prendre la déci­sion finale. Nous sommes impa­tients de trou­ver une façon de contour­ner ce pro­blème avec l'UFT", l'United Federation of Teachers, un syn­di­cat de per­son­nels éduca­tifs fort de 200.000 membres à New York.

Le syn­di­cat d'enseignants, qui affirme pra­ti­quer une "tolé­rance zéro", ne se montre pas pour autant très coopé­ra­tif : son pré­sident Michael Mulgrew sou­tient que c'est aux ser­vices éduca­tifs de la ville "d'utiliser leurs pou­voirs et leurs cen­taines de juristes et d'enquêteurs pour mener à bien ce pro­ces­sus". Le syn­di­cat n'abandonne pas ses membres, aussi dou­teux soient-ils...

Quentin Duverger


 
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