A New York, les scandales n’empêchent pas les profs d’enseigner

World

Des professeurs new-yorkais suspectés de harcèlement ou d'attouchements envers des élèves continuent à enseigner grâce à une faille du système juridique.

Dessin de mains menottées

Dessin : Vectorportal / CC / Flickr

Les comportements inappropriés d’enseignants envers des élèves sont au coeur du débat en ce moment à New York, suite à l’arrestation d’au moins sept enseignants pour des infractions à caractère sexuel au cours des trois derniers mois. Le dernier en date, un directeur adjoint d’une école du Bronx, a été arrêté mardi 3 avril pour avoir touché la poitrine de deux filles de 10 et 11 ans. Au moins deux des personnes mises en cause avaient déjà été blâmées pour des faits similaires, mais avaient pu continuer à enseigner en changeant d’établissement.

Ces dernières années, 16 enseignants ont été accusés de comportements inappropriés à New York. L’un d’entre eux a envoyé des SMS enflammés à une élève, l’a appelée 40 fois et l’a suivie sur son lieu de travail. Un autre avait l’habitude de se « cogner » contre des filles de sa classe. Un autre encore a plié un élève sur une chaise et simulé un acte sexuel en disant « je vais te montrer ce que c’est que d’être gay »… Sur ces 16 professeurs, 14 d’entre eux continuent à exercer. Les deux derniers ont été congédiés, mais seulement après de nouvelles accusations.

Des jugements biaisés

Aux Etats-Unis, il est étonnamment difficile de mettre fin à la carrière d’un enseignant pour de tels faits. Car à New York comme dans de nombreux autres Etats américains, les enseignants titulaires peuvent bénéficier de l’intervention d’arbitrators, des avocats appointés conjointement par la ville et les syndicats d’enseignants, pour entendre la version des professeurs et les protéger d’accusations injustifiées. Ces médiateurs peuvent annuler un licenciement imposé par les services éducatifs de la ville, et optent souvent pour une punition symbolique comme une amende, une suspension ou un blâme.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, a déclaré vendredi 6 avril dernier que les jugements des arbitrators, rémunérés entre 1.000 et 1.800 dollars la journée pour leurs services, sont biaisés par leur désir de conserver leur emploi. « Certains de leurs jugements n’ont aucun sens, mais (…) c’est qu’ils ne veulent pas être trop rudes avec les membres des syndicats [d'enseignants] parce que sinon le syndicat ne les sélectionnera pas », estime Bloomberg. Pour le maire, leurs décisions sont aussi absurdes que si on punissait un tueur en série d’une petite tape sur les doigts.

Les syndicats pas prêts à coopérer

L’adjoint du maire en charge de l’éducation, Dennis Walcott, a été chargé de réexaminer tous les cas d’enseignants mis en cause dans des affaires de harcèlement ou d’attouchements depuis 2000. Il voudrait faire licencier une vingtaine d’autres enseignants et assistants de professeurs encore en activité, mais il n’en a pas le pouvoir : « c’est entre les mains, malheureusement, d’un arbitrator. J’aimerais avoir la capacité de prendre la décision finale. Nous sommes impatients de trouver une façon de contourner ce problème avec l’UFT », l’United Federation of Teachers, un syndicat de personnels éducatifs fort de 200.000 membres à New York.

Le syndicat d’enseignants, qui affirme pratiquer une « tolérance zéro », ne se montre pas pour autant très coopératif : son président Michael Mulgrew soutient que c’est aux services éducatifs de la ville « d’utiliser leurs pouvoirs et leurs centaines de juristes et d’enquêteurs pour mener à bien ce processus ». Le syndicat n’abandonne pas ses membres, aussi douteux soient-ils…

Source(s) :
  • New York Times : http://www.nytimes.com/2012/04/06/nyregion/found-to-have-misbehaved-but-still-teaching-in-new-york-city.html,
  • New York Daily News : http://www.nydailynews.com/new-york/education/a-dozen-sexually-inappropriate-teachers-jobs-york-city-schools-article-1.1057113

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .


neuf − 3 =

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.