Existe-t-il un rythme scolaire idéal ?

En pratique

L’éternelle question des rythmes scolaires revient au devant de la scène, via les propositions des candidats à l’élection présidentielle. Les réponses ne manquent pas. Professeurs, syndicats et expert s’expliquent, sans tout à fait s’accorder.

A la veille des élections, le débat sur les rythmes scolaires est rouvert. François Hollande qui préconise par exemple un retour à la semaine de 4 jours et demi a annoncé que « la réforme des rythmes scolaires serait une priorité ». Mais quelles réponses donner ?

Choisir les bons critères

Pour établir le rythme scolaire idéal, encore faut-il tenir compte des bons critères : rythme biologique des élèves, rythme social imposé par les familles (parents qui rentrent tard, famille séparée avec alternance de week-ends ou de semaines,…), temps nécessaire à la transmission des programmes établis…

Le psychophysiologiste Hubert Montagner explique que « les élèves en difficulté ou ceux qui connaissent une situation familiale délicate ont souvent besoin d’un peu de temps en arrivant à l’école pour retrouver une certaine sérénité et être réceptifs aux messages du professeur. » D’où l’idée de reporter l’abord des points essentiels d’un cours à la première heure de la journée.

Par ailleurs, l’attention des élèves serait maximale entre 9 h 30 et 11 h 30 puis de 15 heures à 16 h 30, créneaux dont la durée varie bien entendu selon l’âge. Dans tous les cas, les efforts intellectuels après le repas sont difficiles, tandis que les heures de fin de journée sont propices aux activités ludiques.

Un débat nécessaire

« C’est une bonne chose que le rythme scolaire soit à nouveau en débat, reconnaît Amélie, professeur des écoles dans les Yvelines. Toutes les études montrent que le rythme actuel ne convient pas aux enfants, tant sur la journée que dans l’année. » Mieux vaudrait, selon elle, des journées moins longues sur 5 jours « voire des vacances un peu diminuées pour le bien-être de tous, les enfants, les parents et nous, les enseignants. »

« La semaine de 4 jours est une erreur, ajoute Sophie, professeur dans le Maine-et-Loire qui a déjà expérimenté ce rythme. Elle nous laisse moins de souplesse car nous ne pouvons plus alléger exceptionnellement le programme à un moment où on sent les enfants fatigués. En concentrant le travail, la rêverie n’est plus de mise. »

« Concernant le raccourcissement des journées de cours, que feraient les enfants libérés plus tôt par l’école ?, rebondit Brigitte Barennes, secrétaire nationale à la pédagogie du SNALC. Les parents travaillent et il faudrait alors réfléchir à une prise en charge particulière à l’école ou au sein des collectivités. Ce qui implique de recruter du personnel compétent pour proposer des activités sportives et culturelles à valeur ajoutée qui bénéficieraient vraiment aux enfants. »

Réfléchir à la question des rythmes scolaires, « c’est s’interroger sur une prise en charge globale des enfants et sur les contenus des programmes, poursuit Brigitte Barennes. Alors que les élèves semblent écrasés par le poids des cours en secondaire, nous constatons plutôt une baisse du nombre d’heures de cours. Un élève de 3e aujourd’hui a suivi 800 heures de moins de français qu’un élève de 5e d’hier ! L’école est rendue responsable de la fatigue des élèves, mais l’invasion des écrans dans le quotidien des enfants n’y est-il pas pour quelque chose ? »

Delphine Barrais

6 commentaires sur "Existe-t-il un rythme scolaire idéal ?"

  1. nix  3 avril 2012 à 19 h 18 min

    Tout cela c’est bien beau mais c’est de la théorie… Mes élèves, c’est de 8h à 11h qu’ils sont le plus concentrés. A partir de 11h ils pensent déjà au déjeuner et l’après-midi la concentration est plus difficile à obtenir.

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  2. ouest29  8 avril 2012 à 21 h 30 min

    Consumérisme ou « consommaction » (sens 2 du terme : sociologie)
    Dans ce débat, ce n’est pas les enfants qui sont le point essentiel de la réflexion, mais bien je pense la société de consommation :
    le tourisme et tout ce qui gravite autour des loisirs est une manne pour les organismes et l’Etat.

    Non ce n’est pas une réponse d’une écologiste ou d’un membre « anti-pubs » qui dépose ce msg, mais une enseignante avec 30 ans de métier derrière elle, et qui constate depuis longtemps déjà, cela. (quid des parents qui ne se gênent plus maintenant pour partir en vacances hors période scolaire, tellement moins cher et tellement gratifiant de pouvoir dire : Nous y sommes allés ! C’était super ! Certains avanceront qu’on n’apprend pas qu’à l’école ? certes, voir d’autres horizons enrichit mais, comme diraient les enfants : il n’empêche…

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  3. ouest29  9 avril 2012 à 12 h 36 min

    Oui, il en existe un, très certainement ! Mais les hautes sphères ont dans la balance 2 éléments : l’enfant et le Tourisme -et tout ce qui tourne autour (activités de loisirs et culturels) – Lequel pèse le plus lourd ? Lequel est-il impossible d’abandonner pour l’Etat, et les communes ? Cette pseudo-réflexion est récurrente et vaine si personne ne met correctement les cartes sur la table.

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  4. homosapien  3 août 2012 à 15 h 35 min

    Il faut écouter les profs et les associations des parents d’abord.

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  5. yvounet  3 août 2012 à 16 h 55 min

    J’ai connu un formateur de l’enseignement agricole qui avait cette réflexion d’intelligence face à une résolution d’un problème de santé d’une exploitation agricole. Il disait : « ce n’est pas la vache qui se pose la question de la mammite, c’est le paysan qui se pose la question de la santé de sa vache vu son rendement en lait, c’est le vétérinaire qui pose le diagnostic de la mammite et le moyen d’y remédier, à charge au paysan de s’y conformer ou non pour avoir un meilleur rendement de lait de sa vache ». J’ai le sentiment que le débat autour du rythme scolaire est de même nature.

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  6. jcp  19 octobre 2012 à 9 h 41 min

    Vouloir commencer la réforme du premier degré par la réintroduction de la semaine de 4 jours et demi a été ressenti comme une profonde maladresse et un mépris des personnels. Je ne compte pas un seul enseignant qui ne me dise, comment ont-ils pu à ce point ignorer notre quotidien. Comment cette famille dirigeante en qui nous avions confiance a-t-elle pu ignorer que ce mercredi, cette respiration essentielle dans notre semaine de travail était presque comme un acquis social qu’aujourd’hui l’on foule d’un pied négligent.
    Déception, amertume, résignation, découragement, sans avoir vraiment commencé quoi que ce soit vous avez déjà provoqué une belle démobilisation générale, alors même que ce corps meurtri nécessitait écoute, attention et compréhension avant d’agir… Le corps enseignant du premier degré attendait mieux en terme de pédagogie de groupe qu’une brutale avancée frontale… Il y avait mieux à faire messieurs !!

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