30.03.2012
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François Hollande : "l'école n'est pas un coût mais un investissement !"

Dans le cadre de la cam­pagne pré­si­den­tielle, VousNousIls.fr a sol­li­cité les prin­ci­paux can­di­dats sur leur pro­jet pour l'éducation. Cette semaine, c'est au tour de François Hollande, can­di­dat du Parti Socialiste, de répondre à nos questions.
François Hollande

François Hollande ©Parti Socialiste

Si vous accé­dez à l'Elysée le 6 mai 2012, quelles mesures prendrez-vous en prio­rité pour l'école ?

La droite laisse une dette éduca­tive par­ti­cu­liè­re­ment lourde et plu­sieurs chan­tiers devront être menés de front. Je ferai d'abord adop­ter un cer­tain nombre de mesures d'urgence, dès mon élec­tion, pour limi­ter autant que pos­sible les fer­me­tures de classe et d'écoles, et faire en sorte que la ren­trée pro­chaine se passe dans les meilleures condi­tions. J'engagerai ensuite, dès l'été, une vaste concer­ta­tion avec les ensei­gnants, les parents, mais aussi le milieu asso­cia­tif et les col­lec­ti­vi­tés locales pour refon­der entiè­re­ment notre école. L'heure n'est plus à une énième réforme sec­to­rielle. Je veux pro­po­ser un pro­jet éduca­tif glo­bal et cohé­rent, avec un seul objec­tif : la réus­site à l'école pour tous et par­tout. La lutte contre l'échec sco­laire sera donc ma grande prio­rité. Il faut trai­ter les dif­fi­cul­tés à la racine, dès qu'elles appa­raissent : les efforts seront concen­trés sur l'école mater­nelle et pri­maire et sur les zones en difficulté.

Vous avez dit récem­ment qu'il fau­dra « tout reprendre » en matière de poli­tique éduca­tive. Reconnaissez-vous néan­moins quelques réus­sites au gou­ver­ne­ment actuel ?

Le bilan du gou­ver­ne­ment actuel en matière d'éducation est sans appel. Même la réforme du lycée, qui dans sa concep­tion n'était pas inin­té­res­sante, a vu ses aspects posi­tifs réduits à néant par la pénu­rie de moyens et les sup­pres­sions de postes. Nicolas Sarkozy a affai­bli l'école mora­le­ment, humai­ne­ment et maté­riel­le­ment car il a voulu y appli­quer le modèle du mar­ché. Les valeurs de l'école répu­bli­caine ont été atta­quées en leur cœur. La laï­cité a été mise à mal et le rôle des pro­fes­seurs méprisé. Les dif­fé­rentes réformes — non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux, sup­pres­sion de la for­ma­tion des ensei­gnants, assou­plis­se­ment de la carte sco­laire, déman­tè­le­ment des réseaux d'aide aux élèves en dif­fi­culté... — se sont tra­duites par un effon­dre­ment des résul­tats des élèves fran­çais. Nous le voyons dans toutes les études indé­pen­dantes. Et comme tou­jours, ce sont les plus fra­giles qui en ont été les pre­mières victimes.

Votre pro­po­si­tion de recréer 60 000 postes en cinq ans est très cri­ti­quée par vos adver­saires. Est-il rai­son­nable, vu le contexte actuel, d'avancer une telle pro­po­si­tion ? Ne peut-on pas faire mieux avec les moyens existants ?

Contrairement au gou­ver­ne­ment actuel, je ne consi­dère pas l'école comme un coût, mais comme un inves­tis­se­ment ! L'école d'aujourd'hui, c'est l'emploi et la crois­sance de demain, c'est aussi la condi­tion de notre vivre ensemble. Cela mérite qu'on y consacre les moyens néces­saires. Il est bien sûr pos­sible de mieux uti­li­ser les moyens exis­tants mais cela ne suf­fit pas. Pour amé­lio­rer les péda­go­gies, pour revoir les rythmes sco­laires, pour lut­ter contre l'échec sco­laire et per­mettre à chaque élève de réus­sir, des moyens sup­plé­men­taires sont néces­saires. D'autant que nous par­tons de très bas : la France a le taux d'encadrement des élèves le plus faible des 34 pays de l'OCDE.

Que préconisez-vous en termes de rythmes sco­laires à l'école ? Y a-t-il un problème ?

La réforme des rythmes sco­laires est essen­tielle. Les rythmes actuels ne res­pectent pas les rythmes bio­lo­giques et psy­cho­lo­giques de l'enfant. Ils sont source de fatigue, de stress, et donc d'échec. La géné­ra­li­sa­tion de la semaine de quatre jours a aggravé tout cela. En pri­maire, nos enfants ne vont plus à l'école que 144 jours par an, contre envi­ron 180 en Allemagne ou 190 au Royaume-Uni. A l'inverse, les jour­nées de classe sont beau­coup plus longues et char­gées que chez nos voi­sins. Je sou­haite allé­ger ces jour­nées et mieux répar­tir le temps sco­laire. Cela pas­sera inévi­ta­ble­ment par le retour à la semaine de quatre jours et demi et par un allon­ge­ment de l'année. Nous en par­le­rons bien entendu avec l'ensemble de la com­mu­nauté éducative.

La carte sco­laire a été assou­plie en 2007 à la demande de Nicolas Sarkozy. Reviendrez-vous en arrière ?

Oui, car les consé­quences de cet assou­plis­se­ment ont été néfastes pour notre sys­tème éduca­tif : mise en concur­rence des établis­se­ments pour atti­rer les meilleurs élèves, accrois­se­ment des inéga­li­tés et, en défi­ni­tive, recul de la mixité sociale et sco­laire. Or celle-ci est autant la garan­tie de la construc­tion du vivre ensemble qu'un moyen d'augmenter le niveau géné­ral de nos élèves. Je recon­nais tou­te­fois que la carte sco­laire telle qu'elle exis­tait avant n'atteignait pas tous ses objec­tifs. Elle était même par­fois contre-productive. Je pro­po­se­rai donc la mise en place d'une sec­to­ri­sa­tion plus juste, fon­dée sur le cri­tère de mixité sco­laire, dans le cadre de sec­teurs aux péri­mètres élar­gis et établis en concer­ta­tion avec les col­lec­ti­vi­tés, en asso­ciant parents et établis­se­ments. Cette nou­velle sec­to­ri­sa­tion sera accom­pa­gnée par une poli­tique volon­ta­riste d'éducation prio­ri­taire car offrir une école de qua­lité à tous nos enfants, où qu'ils habitent, est la meilleure et la plus juste des manières de lut­ter contre l'évitement.

Concrètement, com­ment comptez-vous lut­ter contre l'échec scolaire ?

Nous nous atta­que­rons aux dif­fi­cul­tés et aux inéga­li­tés là où elles naissent : à la mater­nelle et au début du pri­maire, et dans les quar­tiers popu­laires. Beaucoup des mesures que j'ai annon­cées s'inscrivent dans cette idée : déve­lop­pe­ment de la sco­la­ri­sa­tion des enfants de deux ans, mise en œuvre du prin­cipe « plus de maîtres que de classes » en cycle 2 (Grande Section, CP, CE1), réta­blis­se­ment des RASED sup­pri­més par le gou­ver­ne­ment, ren­for­ce­ment de l'éducation prio­ri­taire, mise en place de dis­po­si­tifs favo­ri­sant la sta­bi­lité des équipes péda­go­giques dans les établis­se­ments sen­sibles, diver­si­fi­ca­tion des méthodes et des outils péda­go­giques. La recons­truc­tion d'une for­ma­tion de qua­lité pour les ensei­gnants et la révi­sion des rythmes sco­laires par­ti­ci­pe­ront aussi de cet objectif.

A ces mesures pré­ven­tives vien­dront s'ajouter des méca­nismes de « rac­cro­chage » per­met­tant aux jeunes sor­tis pré­co­ce­ment du sys­tème éduca­tif de réin­té­grer un cur­sus struc­tu­rant et for­ma­teur. Un ser­vice public de l'orientation pro­fon­dé­ment rénové aura ainsi l'obligation de pro­po­ser à cha­cun de ces jeunes une réponse adap­tée à sa situa­tion indi­vi­duelle, qu'il s'agisse d'une for­ma­tion, d'un appren­tis­sage ou d'un ser­vice civique. Aucun d'eux ne devra être laissé sans solution.

Et que proposez-vous pour amé­lio­rer la for­ma­tion des enseignants ?

Aujourd'hui, il ne s'agit plus de l'améliorer, mais de la recons­truire. Avec la réforme de la mas­te­ri­sa­tion, 70% des nou­veaux ensei­gnants se retrouvent devant une classe sans aucun bagage péda­go­gique et sans jamais avoir ren­con­tré un seul élève ! Or ensei­gner est l'un des métiers les plus beaux mais aussi les plus durs qui soient. Il ne s'improvise pas, il doit s'apprendre.

Je recons­trui­rai donc une for­ma­tion des ensei­gnants digne de ce nom en réta­blis­sant l'année de stage et en créant, au sein des uni­ver­si­tés, des Ecoles supé­rieures du pro­fes­so­rat et de l'éducation. Ces Ecoles seront char­gées de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle des ensei­gnants, ainsi que de la relance et de la dif­fu­sion de la recherche péda­go­gique. Tous les pro­fes­seurs, qu'ils se des­tinent à ensei­gner en mater­nelle ou à l'université, y par­ta­ge­ront un moment de for­ma­tion com­mun. Je sou­haite égale­ment qu'il y ait un meilleur équi­libre entre connais­sances dis­ci­pli­naires, didac­tique et pra­tique pro­fes­sion­nelle. Les pro­fes­seurs doivent être en mesure d'assurer l'ensemble des tâches qui font par­tie du métier d'enseignant : trans­mettre le savoir, mais aussi gérer une classe par­fois dif­fi­cile, accom­pa­gner indi­vi­duel­le­ment les élèves, accueillir les enfants en situa­tion de han­di­cap, par­ler aux familles, tra­vailler en équipe, uti­li­ser le numé­rique. Je met­trai aussi l'accent sur la for­ma­tion conti­nue que l'on oublie trop souvent.

Nous ferons enfin en sorte de finan­cer des études longues, avec une filière de pré-recrutements de façon à orien­ter les voca­tions et à aider les jeunes à finan­cer leurs études.

Charles Centofanti

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Vos réactions :

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christila
le 30 mars 2012

Travailler en équipe oui, mais cela demande au moins une heure par semaine pen­dant laquelle les pro­fes­seurs de l'équipe peuvent se ren­con­trer pour établir un pro­jet, le mettre en pra­tique, contrô­ler les pro­grès escomp­tés... Il y a plu­sieurs années j'ai eu le bon­heur d'enseigner les mathé­ma­tiques dans un col­lège et cette façon de tra­vailler était très récon­for­tante pour les ensei­gnants et per­met­tait aux élèves de pro­gres­ser.
Mais il n'est pas pos­sible d'expliquer notre manière de fonc­tion­ner en quelques mots. Il faut aussi une sta­bi­lité des ensei­gnants, des emplois du temps par­ti­cu­liers..., une salle de réunion... Et lorsque l'on veut tra­vailler sur ordi­na­teur les moyens manquent...

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AQMYA
le 30 mars 2012

Sur la for­ma­tion des maîtres : une école de for­ma­tion aux métiers de l'enseignement dans chaque uni­ver­sité reprend la notion d'IUFM en évitant la mala­die congé­ni­tale de la com­pé­ti­tion avec les uni­ver­si­tés : la dis­ci­pline pour elles, le métier pour eux, sans oublier les corps d'inspection ! Il faut pen­ser la for­ma­tion en 3 volets : ini­tiale dans les uni­ver­si­tés (discipline/ métier/ phi­lo­so­phie de l'éducation), conti­nue, et évalua­tion (rôle des ins­pec­teurs, qui ne doivent pas impo­ser leurs méthodes).

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BAPTISTE
le 31 mars 2012

Comme je l'ai déjà écrit à Vincent PEILLON, col­la­bo­ra­teur de F. HOLLANDE pour l'éducation, l'ouverture des 60 000 postes sur cinq ans ne suf­fi­ront pas à eux seuls à remettre l'E.N. sur de bons rails !
En sus des postes une remise à plat du sys­tème éduca­tif s'impose d'urgence pour arrê­ter le gâchis de 200 000 jeunes éjec­tés sans rien à chaque année sco­laire, sans avoir rien obtenu.
Pour résu­mer mon ana­lyse, ce qu'il y aura lieu de faire sans plus tar­der :
– Revoir les conte­nus, les pro­grammes trop dog­ma­tiques et trop ambi­tieux,
– Mieux for­mer les ensei­gnants, pour qu'ils maî­trisent les tech­niques péda­go­giques face à des classes de + en + hété­ro­gènes,
– Redéfinir les mis­sions des corps d'inspections (secon­daire : IG et leurs IPR), pour qu'ils s'ouvrent à la trans­dis­ci­pli­na­rité en met­tant un terme au cloi­son­ne­ment par cha­pelle de chaque dis­ci­pline !
– Obliger le tra­vail en équipes des profs dans leurs classes, pour don­ner du sens à leurs ensei­gne­ments, notam­ment pour les élèves les plus fra­giles et d'origines défa­vo­ri­sées... Ex : "Travaux sur thèmes. — Structurer des TPE = Travaux Personnels Encadrés. Etc."
Si on ne pro­cède pas à ces évolu­tions, les mêmes causes pro­dui­ront les mêmes effets ! Alors ce serait un nou­vel aveu d'échec !

André BATIGNES
Proviseur Honoraire

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boubou79
le 31 mars 2012

L'éducation est la plus belle chose qu'on doit apprendre, dès 2 ans, et avec des pro­fes­seurs de qua­li­tés et bien for­més pour cette tâche noble.

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emileclavel
le 31 mars 2012

En accord sur le constat mais les pro­po­si­tions manquent encore de souffle sur le fond.
Il ne faut jamais don­ner un chiffre théo­rique qui est mani­pulé mais dire : "il fau­dra des emplois, des moyens là où il y en a besoin avec des cri­tères négo­ciés et connus de tous pour à la fois redé­poyer et créer les emplois là il y en a besoin".
Evaluer les besoins est une autre méthode de tra­vail sur le ter­rain et je pense que là il faut faire appel aux idées des uns et des autres pour ensuite déci­der... de la vraie réforme de l'éducation... Nous en sommes à plus de 20 en 30 ans et ce n'est jamais la bonne...

Quel gâchis !

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theoemma
le 1 avril 2012

Je pense que F H a rai­son, un tout petit ne doit jamais être mis en échec sco­laire. Pour cela, tra­vailler en groupes de niveaux, avec pas­sage au niveau supé­rieur quand le pre­mier est bien acquis, donc pas de redou­ble­ment, petits groupes et ensei­gnants valo­ri­sant l'enfant; car les pre­mieres années, l'enfant veut faire plai­sir à son ensei­gnant s'il se sent aimé... et on évitera ainsi les rejets et vio­lences à l'école.
J'ai été pen­dant 34 ans ensei­gnante déta­chée auprès des enfants malades dans un CHU, les cir­cons­tances et ma concep­tion de l 'ensei­gne­ment m'ont per­mis de tra­vailler ainsi, et les enfants ont tou­jours "adoré" l'école.

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