26.03.2012
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Nicolas Sarkozy : en éducation, "la question centrale n'est pas celle des moyens !"

Dans le cadre de la cam­pagne pré­si­den­tielle, VousNousIls.fr a sol­li­cité les prin­ci­paux can­di­dats sur leur pro­jet pour l'éducation. Nicolas Sarkozy, président-candidat de l'UMP, répond à nos ques­tions cette semaine.
Nicolas Sarkozy
©DR

De quelle(s) mesure(s) êtes-vous le plus satis­fait en ce qui concerne la poli­tique éduca­tive menée depuis cinq ans ?

La réforme de l'école pri­maire est sans doute notre acquis le plus incon­tes­table. Déjà, le niveau des élèves s'améliore : en quelques années, le nombre d'élèves de CE1 en dif­fi­culté en fran­çais a baissé de 20%. C'est l'effet posi­tif du retour aux fon­da­men­taux dans les pro­grammes de l'école pri­maire et de l'instauration de 2 heures d'aide indi­vi­dua­li­sée pour les élèves en dif­fi­culté. Nous avons aussi décidé de nom­breuses autres réformes qui ont été de vrais suc­cès et dont je regrette que l'on ne parle pas davan­tage. Je pense notam­ment à la réno­va­tion de la voie pro­fes­sion­nelle qui a per­mis de dépas­ser les 70% d'une géné­ra­tion diplô­mée du bac­ca­lau­réat, ou à l'accompagnement éduca­tif tous les soirs après la classe pour les « orphe­lins de 16 heures », que je m'étais per­son­nel­le­ment engagé à mettre en place, au cours de la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2007.

A l'inverse, reconnaissez-vous des échecs et com­ment les expliquez-vous ?

Nous avons rendu le samedi matin aux familles : c'était une bonne déci­sion, cela cor­res­pon­dait à une forte demande sociale. Mais nous aurions sûre­ment dû être plus atten­tifs à la façon dont les écoles s'organisaient : la plu­part ont opté pour la semaine des 4 jours, qui n'est pas opti­male pour les enfants. Je crois qu'il aurait fallu que l'Etat encou­rage davan­tage la semaine de 4,5 jours et donc les cours le mer­credi matin. Je m'engage à le faire, si les Français m'accordent à nou­veau leur confiance.

Assouplir la carte sco­laire fai­sait par­tie de vos prio­ri­tés du man­dat, afin de favo­ri­ser la mixité sociale. Plusieurs rap­ports ont mon­tré que l'inverse s'est pro­duit, spé­cia­le­ment en ZEP. Regrettez-vous cette réforme ?

Je n'ai pas lu les mêmes rap­ports. Cette réforme a favo­risé la mixité sociale dans les établis­se­ments les plus deman­dés, en accor­dant une prio­rité abso­lue pour les places vacantes aux élèves issus de milieux défa­vo­ri­sés et aux élèves han­di­ca­pés, quand ils en fai­saient la demande. La grande majo­rité des familles pri­vi­lé­gient tou­te­fois, lorsque l'établissement est de qua­lité, le cri­tère de la proxi­mité entre leur loge­ment et l'école de leurs enfants, libé­rant de ce fait peu de places pour ceux qui sou­hai­taient chan­ger de sec­teur. Cela nous oblige à être d'autant plus exi­geant sur la qua­lité des ensei­gne­ments dis­pen­sés dans les établis­se­ments accueillant des enfants plus défavorisés.

Si vous êtes réélu, quelles mesures prio­ri­taires prendrez-vous pour l'école ? Où se situe l'école dans l'échelle de vos priorités ?

Mon pre­mier man­dat a été consa­cré à l'autonomie des uni­ver­si­tés. Je veux main­te­nant faire de l'enseignement sco­laire ma prio­rité. Mon pro­jet pour l'école se décline autour de quelques mesures fortes. Je veux d'abord que les ensei­gnants soient plus pré­sents dans les établis­se­ments, au-delà des heures de cours, pour sou­te­nir et accom­pa­gner les élèves. En contre­par­tie, ils dis­po­se­ront de bureaux pour rece­voir les élèves et leurs parents et seront mieux rému­né­rés. A l'école pri­maire, je pour­sui­vrai le recen­trage sur les fon­da­men­taux et je déve­lop­pe­rai for­te­ment la for­ma­tion conti­nue, pour faire de tous les pro­fes­seurs des écoles des experts des savoirs fondamentaux.

Je pro­pose d'en finir avec le col­lège actuel, qui exclut les élèves qui ne s'en sortent pas, et échoue à les « rac­cro­cher » à des par­cours de réus­site. La tran­si­tion entre le pri­maire et le col­lège est dif­fi­cile pour de nom­breux élèves. Pour cette rai­son, je pro­pose que les élèves de 6ème et de 5ème soient mieux pris en charge, par des pro­fes­seurs plus pré­sents et moins nom­breux. A par­tir de la 4ème, je refuse que l'école laisse tom­ber les élèves qui ont davan­tage d'intérêt et de talent pour les appren­tis­sages plus tech­niques et concrets que pour les dis­ci­plines aca­dé­miques. Il faut mettre fin à ce gâchis en per­met­tant – dans le res­pect du socle com­mun – une orien­ta­tion pro­gres­sive et réver­sible vers la voie pro­fes­sion­nelle, qui ne doit plus être une voie de relégation.

Il fau­dra égale­ment que l'éducation pré­pare mieux à l'« après-école ». L'objectif de l'enseignement sco­laire ne doit pas seule­ment être de trans­mettre des savoirs et des connais­sances. Il faut aussi être prag­ma­tique : l'école doit égale­ment for­mer des citoyens et pré­pa­rer les élèves à la vie pro­fes­sion­nelle. La géné­ra­li­sa­tion de l'alternance en der­nière année de lycée pro­fes­sion­nel et de CAP est à ce titre emblé­ma­tique de cette nou­velle orien­ta­tion : les élèves, qui seront en entre­prise la moi­tié de leur temps, s'inséreront plus faci­le­ment dans le monde professionnel.

Croyez-vous que l'on puisse faire des écono­mies sur l'école en dimi­nuant le nombre d'enseignants, alors même que la France est l'un des pays qui affiche le plus faible taux d'encadrement des élèves parmi les pays de l'OCDE ?

C'est faux. Il y a aujourd'hui envi­ron 12 mil­lions d'élèves pour près d'un mil­lion d'enseignants et de per­son­nels de l'éducation natio­nale, soit un adulte pour douze élèves. Dans le pri­maire, nous comp­tons bien plus de maîtres que de classes : 375 000 pro­fes­seurs des écoles pour 282 000 classes. Le pro­blème de l'Education natio­nale fran­çaise n'est pas un pro­blème d'encadrement. Eu égard au taux d'encadrement de l'Education natio­nale, le non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux par­tant à la retraite était une bonne mesure dans le contexte de redres­se­ment des finances publiques. Cela ne m'empêche pas de consi­dé­rer qu'au pri­maire, nous sommes arri­vés au bout de l'exercice. Si je suis réélu, il n'y aura donc plus de sup­pres­sions de postes dans le pre­mier degré.

Il faut inlas­sa­ble­ment le répé­ter, la ques­tion cen­trale n'est pas celle des moyens, mais de leur bonne uti­li­sa­tion et de leur juste répar­ti­tion. La dépense inté­rieure d'éducation repré­sente 6% du pro­duit inté­rieur brut, c'est plus que la moyenne de l'OCDE. Depuis 30 ans, la dépense par élève a aug­menté de près de 80%. Pourtant, le niveau des élèves ne s'est pas amé­lioré. J'ajoute qu'une récente note de l'OCDE (datée de février 2012) démontre que la taille des classes n'est pas un fac­teur de réus­site des élèves. Les sys­tèmes éduca­tifs les plus per­for­mants sont ceux qui savent recru­ter les meilleurs ensei­gnants, essen­tiel­le­ment en aug­men­tant leur rému­né­ra­tion : c'est exac­te­ment ce que nous proposons !

Comment espé­rer lut­ter contre l'échec sco­laire alors que 2500 postes de RASED (réseaux d'aides spé­cia­li­sées aux élèves en dif­fi­culté) ont dis­paru depuis 2007 ?

La dif­fi­culté sco­laire a d'abord voca­tion à être prise en charge par le maître lui-même : dans le cadre de la réforme de l'école pri­maire, nous avons créé l'aide per­son­na­li­sée, 2 heures par semaine, qui per­met aux ensei­gnants de trai­ter eux-mêmes, en pro­lon­ge­ment de la classe, les dif­fi­cul­tés d'apprentissage des élèves. C'est l'équivalent de 26 000 postes. Nous avons égale­ment créé un ensemble de réponses nou­velles à la dif­fi­culté sco­laire. Nous avons mis en place l'accompagnement éduca­tif pour les « orphe­lins de 16 h » : des études diri­gées qui per­mettent aux élèves de reve­nir sur leurs dif­fi­cul­tés après la classe. Près de 200 000 écoliers en béné­fi­cient. Des stages de remise à niveau en fran­çais et mathé­ma­tiques pour les élèves de CM1 et CM2 sont égale­ment offerts pen­dant les vacances sco­laires. Ils sont sui­vis par plus de 16% des élèves de CM1 et CM2.

Les RASED sont très utiles, mais n'ont plus besoin d'être aussi nom­breux. Leur action a été recen­trée sur la très grande dif­fi­culté sco­laire, com­por­te­men­tale et psy­cho­lo­gique, dont souffre une faible pro­por­tion d'élèves : il s'agit de dis­tin­guer ce qui relève des dif­fi­cul­tés d'apprentissage qui peuvent et doivent être sur­mon­tées dans la classe, de la grande dif­fi­culté sco­laire qui néces­site l'intervention com­plé­men­taire de per­son­nels spé­cia­li­sés. En paral­lèle, le gou­ver­ne­ment a sou­haité ren­for­cer le rôle des psy­cho­logues sco­laires qui désor­mais devront avoir exercé en tant que pro­fes­seur des écoles au préalable.

Vous avez pro­posé de reva­lo­ri­ser de 500 euros net men­suels les ensei­gnants du second degré : s'agit-il de faire 8 heures de cours sup­plé­men­taires ou des heures d'activités annexes ? Dans le second cas, com­ment ce nou­veau ser­vice serait financé ?

Il n'est pas ques­tion de pro­po­ser aux ensei­gnants 8 heures de cours en plus. Repartons de l'intérêt des enfants : ces der­niers, notam­ment au col­lège, ont besoin d'être enca­drés par des adultes qui les connaissent, qui sont dis­po­nibles pour eux. C'est le sens de ma pro­po­si­tion sur les 26 heures de pré­sence. Chaque établis­se­ment sera libre de répar­tir, selon les besoins du col­lège et l'intérêt des élèves, le temps de pré­sence sup­plé­men­taire des ensei­gnants : accom­pa­gne­ment des élèves, ren­contres avec les parents etc. En moyenne, les pro­fes­seurs feront 21 heures de cours et 5 heures occu­pées à d'autres acti­vi­tés. En contre­par­tie, les salaires seront aug­men­tés de 500 euros net par mois.

Que répondez-vous aux syn­di­cats qui, à pro­pos de cette annonce, parlent de « duperie » ?

Je suis le seul à pro­po­ser enfin une véri­table reva­lo­ri­sa­tion du métier d'enseignant, qui se fonde sur une redé­fi­ni­tion des mis­sions, dont tout le monde recon­naît, depuis des années, qu'elle est indis­pen­sable. Ce que je pro­pose se fera sur la base du volon­ta­riat. Les ensei­gnants qui ne sont pas inté­res­sés seront libres de refu­ser. On verra bien si tout le monde consi­dère que c'est une dupe­rie, par les temps qui courent, d'augmenter de 500 euros nets une profession.

Quels sont vos pro­jets pour l'avenir des uni­ver­si­tés qui, deve­nues auto­nomes, sont bien sou­vent confron­tées à de sérieux pro­blèmes finan­ciers ?

L'enseignement supé­rieur fran­çais a connu depuis 2007 les inves­tis­se­ments les plus mas­sifs de son his­toire. Il a vu ses moyens aug­men­ter de 9 mil­liards d'euros sur la période. Le bud­get des uni­ver­si­tés a aug­menté en moyenne de 25%, de 50% pour cer­taines d'entre elles. Les inves­tis­se­ments d'avenir consacrent 22 mil­liards à la recherche. Et avec l'opération Campus, ce sont 5 mil­liards d'euros que nous avons inves­tis pour moder­ni­ser nos cam­pus. A titre de com­pa­rai­son, dans des pays comme l'Espagne, les bud­gets des uni­ver­si­tés ont dimi­nué de 15 %. En 2010, glo­ba­le­ment, l'exécution des bud­gets des uni­ver­si­tés a per­mis de déga­ger un excé­dent de 99 mil­lions d'euros. Cette année, les chiffres – qui ne sont encore sta­bi­li­sés – devraient être encore meilleurs. En réa­lité, sur les 150 établis­se­ments d'enseignement supé­rieur de notre pays, seuls sept ont pré­senté suc­ces­si­ve­ment des bud­gets en défi­cit. C'est l'arbre qui cache la forêt d'une réus­site incontestable !

Luc Ferry, ancien ministre de l'Education, et sur­tout Dominique Antoine, ancien conseiller éduca­tion à l'Elysée de 2007 à 2009, cri­tiquent ouver­te­ment votre bilan. Que pensez-vous de ces critiques ?

Je me concentre sur ce qui inté­resse vrai­ment les Français : l'avenir.

Charles Centofanti

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Azerty
le 26 mars 2012

Pourquoi les sup­pri­mer, alors ?

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caroudel
le 30 mars 2012

Si tout cela n'est pas une ques­tion de moyens com­ment expli­quer que les parents pré­fèrent tous des classes à faible effec­tif et qu'ils mani­festent (tous cou­rants poli­tiques confon­dus) pour conser­ver les classes sup­pri­mées ?
Comme la for­ma­tion n'a plus de réa­lité, on pour­rait aussi mettre les conseillers péda­go­giques devant une classe. Et se rendre compte aussi que la for­ma­tion conti­nue, ainsi que les rem­pla­ce­ments des maîtres malades, néces­site de fait un plus grand nombre de maîtres que de classes... Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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juliette
le 31 mars 2012

Des classes sur­char­gées ! Du stress pour les ensei­gnants ! Les risques psy­cho­so­ciaux en aug­men­ta­tion dans les établis­se­ments ! Et la reva­lo­ri­sa­tion des salaires des ensei­gnants ? De tous les ensei­gnants et pas seule­ment les nou­veaux !! voir les salaires ensei­gnants en Europe ou dans l'OCDE : qui parle d'aligner nos salaires sur ceux de l'Allemagne ? N'est com­paré que ce qui arrange...

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Profdoc
le 3 avril 2012

Merci de décla­rer que "l'école doit égale­ment for­mer des citoyens"... C'est ce que les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes des lycées et col­lèges de France tentent de faire, avec luci­dité et cou­rage, et au quo­ti­dien, dans les Centres de Documentation et d'Information. En inter­ve­nant avec leur exper­tise cer­ti­fiée par un CAPES, ils inter­viennent auprès des élèves pour les for­mer à l'utilisation cri­tique et res­pon­sable de l'information plé­tho­rique qu'ils découvrent sur l'Internet !... et trop sou­vent au hasard de clics mul­tiples !!
Or le rôle péda­go­gique de ces ensei­gnants est mal connu, actuel­le­ment mal­mené par des direc­tives qui négligent ou feignent d'ignorer tous les enjeux de la for­ma­tion des citoyens "cyber­né­tiques" du XXIème siècle !
Cette urgence éduca­tive peut-elle être prise en compte dans un pro­gramme élec­to­ral atten­tif à tous les corps de métiers sauf peut-être le nôtre ?

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un parent
le 4 avril 2012

Concernant les RASED par lui déman­te­lés, il dit : "il s'agit de dis­tin­guer ce qui relève des dif­fi­cul­tés d'apprentissage qui peuvent et doivent être sur­mon­tées dans la classe, de la grande dif­fi­culté sco­laire qui néces­site l'intervention com­plé­men­taire de per­son­nels spé­cia­li­sés. En paral­lèle, le gou­ver­ne­ment a sou­haité ren­for­cer le rôle des psy­cho­logues sco­laires qui désor­mais devront avoir exercé en tant que pro­fes­seur des écoles au préa­lable." Il m'avait sem­blé com­prendre que c'était jus­te­ment le rôle des RASED, que de dis­tin­guer cela en concile prof/rased/etc, puis de trai­ter si besoin les dif­fi­cul­tés... Vraiment sans ver­gogne, cette parole.

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Ardoise
le 26 avril 2012

Je ne lis/vois rien concer­nant l'augmentation de salaire des Profs des Ecoles (seuls les der­niers recru­tés ont eu quelque chose... les plus vieux même avec un mas­ter, RIEN !) et là... rien en vue ENCORE ! D'autre part... Un sta­tut ou pas pour les direc­teurs ? une reva­lo­ri­sa­tion de leurs fonc­tions (actuel­le­ment 30 euros mensuels...) ?

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