Nicolas Sarkozy : en éducation, « la question centrale n’est pas celle des moyens ! »

L’invité

Dans le cadre de la campagne présidentielle, VousNousIls.fr a sollicité les principaux candidats sur leur projet pour l’éducation. Nicolas Sarkozy, président-candidat de l’UMP, répond à nos questions cette semaine.

Nicolas Sarkozy
©DR

De quelle(s) mesure(s) êtes-vous le plus satisfait en ce qui concerne la politique éducative menée depuis cinq ans ?

La réforme de l’école primaire est sans doute notre acquis le plus incontestable. Déjà, le niveau des élèves s’améliore : en quelques années, le nombre d’élèves de CE1 en difficulté en français a baissé de 20%. C’est l’effet positif du retour aux fondamentaux dans les programmes de l’école primaire et de l’instauration de 2 heures d’aide individualisée pour les élèves en difficulté. Nous avons aussi décidé de nombreuses autres réformes qui ont été de vrais succès et dont je regrette que l’on ne parle pas davantage. Je pense notamment à la rénovation de la voie professionnelle qui a permis de dépasser les 70% d’une génération diplômée du baccalauréat, ou à l’accompagnement éducatif tous les soirs après la classe pour les « orphelins de 16 heures », que je m’étais personnellement engagé à mettre en place, au cours de la campagne présidentielle de 2007.

A l’inverse, reconnaissez-vous des échecs et comment les expliquez-vous ?

Nous avons rendu le samedi matin aux familles : c’était une bonne décision, cela correspondait à une forte demande sociale. Mais nous aurions sûrement dû être plus attentifs à la façon dont les écoles s’organisaient : la plupart ont opté pour la semaine des 4 jours, qui n’est pas optimale pour les enfants. Je crois qu’il aurait fallu que l’Etat encourage davantage la semaine de 4,5 jours et donc les cours le mercredi matin. Je m’engage à le faire, si les Français m’accordent à nouveau leur confiance.

Assouplir la carte scolaire faisait partie de vos priorités du mandat, afin de favoriser la mixité sociale. Plusieurs rapports ont montré que l’inverse s’est produit, spécialement en ZEP. Regrettez-vous cette réforme ?

Je n’ai pas lu les mêmes rapports. Cette réforme a favorisé la mixité sociale dans les établissements les plus demandés, en accordant une priorité absolue pour les places vacantes aux élèves issus de milieux défavorisés et aux élèves handicapés, quand ils en faisaient la demande. La grande majorité des familles privilégient toutefois, lorsque l’établissement est de qualité, le critère de la proximité entre leur logement et l’école de leurs enfants, libérant de ce fait peu de places pour ceux qui souhaitaient changer de secteur. Cela nous oblige à être d’autant plus exigeant sur la qualité des enseignements dispensés dans les établissements accueillant des enfants plus défavorisés.

Si vous êtes réélu, quelles mesures prioritaires prendrez-vous pour l’école ? Où se situe l’école dans l’échelle de vos priorités ?

Mon premier mandat a été consacré à l’autonomie des universités. Je veux maintenant faire de l’enseignement scolaire ma priorité. Mon projet pour l’école se décline autour de quelques mesures fortes. Je veux d’abord que les enseignants soient plus présents dans les établissements, au-delà des heures de cours, pour soutenir et accompagner les élèves. En contrepartie, ils disposeront de bureaux pour recevoir les élèves et leurs parents et seront mieux rémunérés. A l’école primaire, je poursuivrai le recentrage sur les fondamentaux et je développerai fortement la formation continue, pour faire de tous les professeurs des écoles des experts des savoirs fondamentaux.

Je propose d’en finir avec le collège actuel, qui exclut les élèves qui ne s’en sortent pas, et échoue à les « raccrocher » à des parcours de réussite. La transition entre le primaire et le collège est difficile pour de nombreux élèves. Pour cette raison, je propose que les élèves de 6ème et de 5ème soient mieux pris en charge, par des professeurs plus présents et moins nombreux. A partir de la 4ème, je refuse que l’école laisse tomber les élèves qui ont davantage d’intérêt et de talent pour les apprentissages plus techniques et concrets que pour les disciplines académiques. Il faut mettre fin à ce gâchis en permettant – dans le respect du socle commun – une orientation progressive et réversible vers la voie professionnelle, qui ne doit plus être une voie de relégation.

Il faudra également que l’éducation prépare mieux à l’« après-école ». L’objectif de l’enseignement scolaire ne doit pas seulement être de transmettre des savoirs et des connaissances. Il faut aussi être pragmatique : l’école doit également former des citoyens et préparer les élèves à la vie professionnelle. La généralisation de l’alternance en dernière année de lycée professionnel et de CAP est à ce titre emblématique de cette nouvelle orientation : les élèves, qui seront en entreprise la moitié de leur temps, s’inséreront plus facilement dans le monde professionnel.

Croyez-vous que l’on puisse faire des économies sur l’école en diminuant le nombre d’enseignants, alors même que la France est l’un des pays qui affiche le plus faible taux d’encadrement des élèves parmi les pays de l’OCDE ?

C’est faux. Il y a aujourd’hui environ 12 millions d’élèves pour près d’un million d’enseignants et de personnels de l’éducation nationale, soit un adulte pour douze élèves. Dans le primaire, nous comptons bien plus de maîtres que de classes : 375 000 professeurs des écoles pour 282 000 classes. Le problème de l’Education nationale française n’est pas un problème d’encadrement. Eu égard au taux d’encadrement de l’Education nationale, le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite était une bonne mesure dans le contexte de redressement des finances publiques. Cela ne m’empêche pas de considérer qu’au primaire, nous sommes arrivés au bout de l’exercice. Si je suis réélu, il n’y aura donc plus de suppressions de postes dans le premier degré.

Il faut inlassablement le répéter, la question centrale n’est pas celle des moyens, mais de leur bonne utilisation et de leur juste répartition. La dépense intérieure d’éducation représente 6% du produit intérieur brut, c’est plus que la moyenne de l’OCDE. Depuis 30 ans, la dépense par élève a augmenté de près de 80%. Pourtant, le niveau des élèves ne s’est pas amélioré. J’ajoute qu’une récente note de l’OCDE (datée de février 2012) démontre que la taille des classes n’est pas un facteur de réussite des élèves. Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui savent recruter les meilleurs enseignants, essentiellement en augmentant leur rémunération : c’est exactement ce que nous proposons !

Comment espérer lutter contre l’échec scolaire alors que 2500 postes de RASED (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) ont disparu depuis 2007 ?

La difficulté scolaire a d’abord vocation à être prise en charge par le maître lui-même : dans le cadre de la réforme de l’école primaire, nous avons créé l’aide personnalisée, 2 heures par semaine, qui permet aux enseignants de traiter eux-mêmes, en prolongement de la classe, les difficultés d’apprentissage des élèves. C’est l’équivalent de 26 000 postes. Nous avons également créé un ensemble de réponses nouvelles à la difficulté scolaire. Nous avons mis en place l’accompagnement éducatif pour les « orphelins de 16 h » : des études dirigées qui permettent aux élèves de revenir sur leurs difficultés après la classe. Près de 200 000 écoliers en bénéficient. Des stages de remise à niveau en français et mathématiques pour les élèves de CM1 et CM2 sont également offerts pendant les vacances scolaires. Ils sont suivis par plus de 16% des élèves de CM1 et CM2.

Les RASED sont très utiles, mais n’ont plus besoin d’être aussi nombreux. Leur action a été recentrée sur la très grande difficulté scolaire, comportementale et psychologique, dont souffre une faible proportion d’élèves : il s’agit de distinguer ce qui relève des difficultés d’apprentissage qui peuvent et doivent être surmontées dans la classe, de la grande difficulté scolaire qui nécessite l’intervention complémentaire de personnels spécialisés. En parallèle, le gouvernement a souhaité renforcer le rôle des psychologues scolaires qui désormais devront avoir exercé en tant que professeur des écoles au préalable.

Vous avez proposé de revaloriser de 500 euros net mensuels les enseignants du second degré : s’agit-il de faire 8 heures de cours supplémentaires ou des heures d’activités annexes ? Dans le second cas, comment ce nouveau service serait financé ?

Il n’est pas question de proposer aux enseignants 8 heures de cours en plus. Repartons de l’intérêt des enfants : ces derniers, notamment au collège, ont besoin d’être encadrés par des adultes qui les connaissent, qui sont disponibles pour eux. C’est le sens de ma proposition sur les 26 heures de présence. Chaque établissement sera libre de répartir, selon les besoins du collège et l’intérêt des élèves, le temps de présence supplémentaire des enseignants : accompagnement des élèves, rencontres avec les parents etc. En moyenne, les professeurs feront 21 heures de cours et 5 heures occupées à d’autres activités. En contrepartie, les salaires seront augmentés de 500 euros net par mois.

Que répondez-vous aux syndicats qui, à propos de cette annonce, parlent de « duperie » ?

Je suis le seul à proposer enfin une véritable revalorisation du métier d’enseignant, qui se fonde sur une redéfinition des missions, dont tout le monde reconnaît, depuis des années, qu’elle est indispensable. Ce que je propose se fera sur la base du volontariat. Les enseignants qui ne sont pas intéressés seront libres de refuser. On verra bien si tout le monde considère que c’est une duperie, par les temps qui courent, d’augmenter de 500 euros nets une profession.

Quels sont vos projets pour l’avenir des universités qui, devenues autonomes, sont bien souvent confrontées à de sérieux problèmes financiers ?

L’enseignement supérieur français a connu depuis 2007 les investissements les plus massifs de son histoire. Il a vu ses moyens augmenter de 9 milliards d’euros sur la période. Le budget des universités a augmenté en moyenne de 25%, de 50% pour certaines d’entre elles. Les investissements d’avenir consacrent 22 milliards à la recherche. Et avec l’opération Campus, ce sont 5 milliards d’euros que nous avons investis pour moderniser nos campus. A titre de comparaison, dans des pays comme l’Espagne, les budgets des universités ont diminué de 15 %. En 2010, globalement, l’exécution des budgets des universités a permis de dégager un excédent de 99 millions d’euros. Cette année, les chiffres – qui ne sont encore stabilisés – devraient être encore meilleurs. En réalité, sur les 150 établissements d’enseignement supérieur de notre pays, seuls sept ont présenté successivement des budgets en déficit. C’est l’arbre qui cache la forêt d’une réussite incontestable !

Luc Ferry, ancien ministre de l’Education, et surtout Dominique Antoine, ancien conseiller éducation à l’Elysée de 2007 à 2009, critiquent ouvertement votre bilan. Que pensez-vous de ces critiques ?

Je me concentre sur ce qui intéresse vraiment les Français : l’avenir.

6 commentaires sur "Nicolas Sarkozy : en éducation, « la question centrale n’est pas celle des moyens ! »"

  1. Azerty  26 mars 2012 à 17 h 00 min

    Pourquoi les supprimer, alors ?

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  2. caroudel  30 mars 2012 à 17 h 36 min

    Si tout cela n’est pas une question de moyens comment expliquer que les parents préfèrent tous des classes à faible effectif et qu’ils manifestent (tous courants politiques confondus) pour conserver les classes supprimées ?
    Comme la formation n’a plus de réalité, on pourrait aussi mettre les conseillers pédagogiques devant une classe. Et se rendre compte aussi que la formation continue, ainsi que les remplacements des maîtres malades, nécessite de fait un plus grand nombre de maîtres que de classes… Mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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  3. juliette  31 mars 2012 à 16 h 25 min

    Des classes surchargées ! Du stress pour les enseignants ! Les risques psychosociaux en augmentation dans les établissements ! Et la revalorisation des salaires des enseignants ? De tous les enseignants et pas seulement les nouveaux !! voir les salaires enseignants en Europe ou dans l’OCDE : qui parle d’aligner nos salaires sur ceux de l’Allemagne ? N’est comparé que ce qui arrange…

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  4. Profdoc  3 avril 2012 à 9 h 52 min

    Merci de déclarer que « l’école doit égale­ment for­mer des citoyens »… C’est ce que les professeurs documentalistes des lycées et collèges de France tentent de faire, avec lucidité et courage, et au quotidien, dans les Centres de Documentation et d’Information. En intervenant avec leur expertise certifiée par un CAPES, ils interviennent auprès des élèves pour les former à l’utilisation critique et responsable de l’information pléthorique qu’ils découvrent sur l’Internet !… et trop souvent au hasard de clics multiples !!
    Or le rôle pédagogique de ces enseignants est mal connu, actuellement malmené par des directives qui négligent ou feignent d’ignorer tous les enjeux de la formation des citoyens « cybernétiques » du XXIème siècle !
    Cette urgence éducative peut-elle être prise en compte dans un programme électoral attentif à tous les corps de métiers sauf peut-être le nôtre ?

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  5. un parent  4 avril 2012 à 22 h 09 min

    Concernant les RASED par lui démantelés, il dit : « il s’agit de dis­tin­guer ce qui relève des dif­fi­cul­tés d’apprentissage qui peuvent et doivent être sur­mon­tées dans la classe, de la grande dif­fi­culté sco­laire qui néces­site l’intervention com­plé­men­taire de per­son­nels spé­cia­li­sés. En paral­lèle, le gou­ver­ne­ment a sou­haité ren­for­cer le rôle des psy­cho­logues sco­laires qui désor­mais devront avoir exercé en tant que pro­fes­seur des écoles au préalable. » Il m’avait semblé comprendre que c’était justement le rôle des RASED, que de distinguer cela en concile prof/rased/etc, puis de traiter si besoin les difficultés… Vraiment sans vergogne, cette parole.

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  6. Ardoise  26 avril 2012 à 18 h 38 min

    Je ne lis/vois rien concernant l’augmentation de salaire des Profs des Ecoles (seuls les derniers recrutés ont eu quelque chose… les plus vieux même avec un master, RIEN !) et là… rien en vue ENCORE ! D’autre part… Un statut ou pas pour les directeurs ? une revalorisation de leurs fonctions (actuellement 30 euros mensuels…) ?

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