21.03.2012
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Langage SMS : une piste pour réconcilier les élèves avec l'orthographe ?

Téléphones por­tables, Twitter, MSN, ces moyens de com­mu­ni­ca­tion pri­sés par les ado­les­cents sont sou­vent mis en cause dans la chute de leur niveau en fran­çais. A contre-courant, Phil Marso, écri­vain ancien­ne­ment fâché avec l'orthographe, a créé un lan­gage ins­piré du SMS pour ser­vir de pas­se­relle entre le fran­çais clas­sique et le texto employé par les ado­les­cents. Il explique sa démarche à VousNousIls.

Phil Marso a créé un langage dérivé du SMSVous avez écrit en 2005 un manuel sco­laire du lan­gage SMS, CP SMS, pour apprendre les rudi­ments de l'écriture texto. Pourquoi pensez-vous que ce lan­gage très décrié doit être enseigné ?

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! CP SMS expli­quait l'écriture SMS mais fai­sait sur­tout décou­vrir la PMS (Phonétique Muse Service), un lan­gage ins­piré du SMS, que j'ai créé. Les élèves en dif­fi­culté font sou­vent la confu­sion entre la langue fran­çaise et le SMS abrégé, puisqu'ils s'équipent de télé­phones por­tables de plus en plus tôt. La PMS dis­pose de règles et véhi­cule une rigueur dans le tra­vail de tra­duc­tion tout en gar­dant le côté ludique du texto. Elle pour­rait donc être ensei­gnée dans un cadre très pré­cis. Dans l'immédiat la PMS reste expé­ri­men­tale, mais est sans aucun doute une piste péda­go­gique que je m'efforce de faire connaître.

Quelques exemples de PMS

VousNousIls a par­ti­cipé à l'atelier de Phil Marso au salon Expolangues. Les règles de la PMS sont rela­ti­ve­ment intui­tives et faciles à assi­mi­ler, les prin­ci­pales évolu­tions par rap­port au SMS étant l'introduction de l'apostrophe et des carac­tères spé­ciaux pour retrans­crire au mieux les nuances pho­né­tiques de la langue fran­çaise.
Ainsi, "hôtesse de l'air" s'écrira "ot'S 2 l'R", "autruche" devien­dra "Øtruch'" et "hyène" se tra­duira sim­ple­ment par "¥" (sym­bole de la mon­naie japo­naise, le yen, qui se pro­nonce comme "hyène").

Dans quel but avez-vous créé ce nou­veau lan­gage, et quelles en sont les règles d'écriture ?

Après avoir publié en jan­vier 2004 Pa sage a taba vo SMS, un livre écrit en lan­gage texto, j'ai eu deux retours posi­tifs. L'un venant d'orthophonistes qui avaient uti­lisé des extraits auprès de jeunes dys­lexiques. L'autre d'un pro­fes­seur de fran­çais ensei­gnant à Berlin. C'est là que je me suis dit qu'il y avait des ver­tus au lan­gage SMS à condi­tion qu'il soit plus lisible. J'ai donc publié un second ouvrage bilingue. La page de gauche était en fran­çais, la page de droite était en SMS. L'ouvrage s'intitulait Frayeurs SMS, un clin d'œil à un édito­ria­liste du Figaro qui avait com­paré la sor­tie de Pa sage a taba vo SMS à Massacre à la tron­çon­neuse. Pour que le récit en SMS soit plus lisible pour le lec­teur, j'ai intro­duit l'apostrophe dans l'écriture. Ceci per­met de scin­der des syl­labes et d'indiquer le son pho­né­tique. Les lettres et les chiffres uti­li­sés dans le SMS étaient en carac­tère gras pour indi­quer au lec­teur qu'il y avait une astuce pho­né­tique. Tout d'un coup, l'écriture SMS entrait dans une nou­velle dimen­sion. Il n'était plus ques­tion de faire le plus court pos­sible, mais le plus lisible pos­sible. J'ai inti­tulé ce dérivé du SMS la PMS (Phonétique Muse Service). Ensuite pour étof­fer l'écriture, j'ai intro­duit des nou­veaux caractères : ¥, Ø, Ñ, ð...

Cela vous a-t-il attiré les foudres de cer­tains amou­reux de la langue fran­çaise ? Plus géné­ra­le­ment, subissez-vous des cri­tiques des défen­seurs de l'orthographe traditionnelle ?

Après la publi­ca­tion de Pa sage a taba vo SMS, chaque semaine j'avais un forum sur Internet qui ouvrait un débat sur l'ouvrage. Pendant un an et demi, j'ai été beau­coup cri­ti­qué. Il m'arrivais par­fois d'intervenir sur ces forums afin d'expliquer ma démarche. Ça se ter­mi­nait sou­vent sur le bûcher, puisqu'on me ren­dait res­pon­sable de la dis­pa­ri­tion future de la langue fran­çaise. Maintenant, quand je parle de PMS, l'attitude change. Avoir fait des ate­liers de PMS au 30e salon d'Expolangues, qui célé­brait la langue fran­çaise, a été une petite consé­cra­tion per­son­nelle. J'ai eu rai­son d'être tenace dans ma démarche.

Certains ensei­gnants sol­li­citent votre pré­sence pour ani­mer des ate­liers d'écriture PMS avec des élèves en dif­fi­culté. La PMS est-elle béné­fique péda­go­gi­que­ment pour de tels élèves ?

En 2010, j'ai com­mencé à faire des ate­liers PMS sur une durée de 10h, en plu­sieurs séances. L'objectif est d'abord d'expliquer aux élèves ce qui dif­fé­ren­cie le SMS abrégé qu'ils uti­lisent au quo­ti­dien et la PMS. J'y pro­pose plu­sieurs sujets sur la pré­ven­tion santé : taba­gisme, alcoo­lisme, sida et même télé­phone por­table. Une fois le sujet sélec­tionné, j'invite les élèves à écha­fau­der une enquête poli­cière. Le récit est bien entendu en fran­çais. Une fois l'élaboration de l'enquête ter­mi­née, je tra­duis tout en PMS. Après, je pro­pose aux élèves de faire la tra­duc­tion du texte PMS en langue française. A la der­nière séance de l'atelier, je m'aperçois que des élèves en grande dif­fi­culté au départ font l'effort de faire les exer­cices de traduction.

Je tiens à pré­ci­ser que la PMS n'est pas une recette pour être bon en ortho­graphe, mais une pas­se­relle qui va pro­vo­quer un déclic chez un élève en manque de confiance, en décro­chage sco­laire. A l'école, plus jeune, j'avais des grandes dif­fi­cul­tés en cours de fran­çais, notam­ment à cause de mon ortho­graphe exé­crable. Un prof de fran­çais a pro­vo­qué un déclic par un devoir de poé­sie. J'essaye de véhi­cu­ler cet état d'esprit dans mes ate­liers PMS. A chaque fois, j'ai de bonnes sur­prises vis-à-vis d'élèves en manque de confiance.

Quels sont vos pro­jets concer­nant la PMS ?

Depuis deux semaines, je pro­pose des ate­liers SMS / PMS au grand public. Mon sou­hait est de pou­voir com­men­cer à pro­po­ser des "for­ma­tions" aux ensei­gnants, éduca­teurs pour mettre en pra­tique ma méthode. De mon côté, je suis en train d'écrire un nou­veau livre, mais cette fois-ci en français.

Elsa Doladille

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Lité44
le 22 mars 2012

Les pro­po­si­tions qui sont faites ici s'inscrivent dans une tra­di­tion his­to­rique déjà ancienne. On la retrouve dans les pays anglo-saxons avec Pitman et Shaw. Le lin­guiste fran­çais Martinet avait égale­ment pro­posé son Alfonic, tran­si­tion ortho­gra­phique pour les enfants. Mais, à ce jour, aucune n'a vrai­ment fait la preuve de son effi­ca­cité. Juste une curio­sité gra­phique. Rien ne vaut semble-t-il une entrée directe dans l'orthographe dont la com­plexité suf­fit. Pourquoi en rajouter ?

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