Langage SMS : une piste pour réconcilier les élèves avec l’orthographe ?

L’invité

Téléphones portables, Twitter, MSN, ces moyens de communication prisés par les adolescents sont souvent mis en cause dans la chute de leur niveau en français. A contre-courant, Phil Marso, écrivain anciennement fâché avec l'orthographe, a créé un langage inspiré du SMS pour servir de passerelle entre le français classique et le texto employé par les adolescents. Il explique sa démarche à VousNousIls.

Phil Marso a créé un langage dérivé du SMSVous avez écrit en 2005 un manuel scolaire du langage SMS, CP SMS, pour apprendre les rudiments de l’écriture texto. Pourquoi pensez-vous que ce langage très décrié doit être enseigné ?

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! CP SMS expliquait l’écriture SMS mais faisait surtout découvrir la PMS (Phonétique Muse Service), un langage inspiré du SMS, que j’ai créé. Les élèves en difficulté font souvent la confusion entre la langue française et le SMS abrégé, puisqu’ils s’équipent de téléphones portables de plus en plus tôt. La PMS dispose de règles et véhicule une rigueur dans le travail de traduction tout en gardant le côté ludique du texto. Elle pourrait donc être enseignée dans un cadre très précis. Dans l’immédiat la PMS reste expérimentale, mais est sans aucun doute une piste pédagogique que je m’efforce de faire connaître.

Quelques exemples de PMS

VousNousIls a participé à l’atelier de Phil Marso au salon Expolangues. Les règles de la PMS sont relativement intuitives et faciles à assimiler, les principales évolutions par rapport au SMS étant l’introduction de l’apostrophe et des caractères spéciaux pour retranscrire au mieux les nuances phonétiques de la langue française.
Ainsi, « hôtesse de l’air » s’écrira « ot’S 2 l’R« , « autruche » deviendra « Øtruch’ » et « hyène » se traduira simplement par « ¥ » (symbole de la monnaie japonaise, le yen, qui se prononce comme « hyène »).

Dans quel but avez-vous créé ce nouveau langage, et quelles en sont les règles d’écriture ?

Après avoir publié en janvier 2004 Pa sage a taba vo SMS, un livre écrit en langage texto, j’ai eu deux retours positifs. L’un venant d’orthophonistes qui avaient utilisé des extraits auprès de jeunes dyslexiques. L’autre d’un professeur de français enseignant à Berlin. C’est là que je me suis dit qu’il y avait des vertus au langage SMS à condition qu’il soit plus lisible. J’ai donc publié un second ouvrage bilingue. La page de gauche était en français, la page de droite était en SMS. L’ouvrage s’intitulait Frayeurs SMS, un clin d’œil à un éditorialiste du Figaro qui avait comparé la sortie de Pa sage a taba vo SMS à Massacre à la tronçonneuse. Pour que le récit en SMS soit plus lisible pour le lecteur, j’ai introduit l’apostrophe dans l’écriture. Ceci permet de scinder des syllabes et d’indiquer le son phonétique. Les lettres et les chiffres utilisés dans le SMS étaient en caractère gras pour indiquer au lecteur qu’il y avait une astuce phonétique. Tout d’un coup, l’écriture SMS entrait dans une nouvelle dimension. Il n’était plus question de faire le plus court possible, mais le plus lisible possible. J’ai intitulé ce dérivé du SMS la PMS (Phonétique Muse Service). Ensuite pour étoffer l’écriture, j’ai introduit des nouveaux caractères : ¥, Ø, Ñ, ð…

Cela vous a-t-il attiré les foudres de certains amoureux de la langue française ? Plus généralement, subissez-vous des critiques des défenseurs de l’orthographe traditionnelle ?

Après la publication de Pa sage a taba vo SMS, chaque semaine j’avais un forum sur Internet qui ouvrait un débat sur l’ouvrage. Pendant un an et demi, j’ai été beaucoup critiqué. Il m’arrivais parfois d’intervenir sur ces forums afin d’expliquer ma démarche. Ça se terminait souvent sur le bûcher, puisqu’on me rendait responsable de la disparition future de la langue française. Maintenant, quand je parle de PMS, l’attitude change. Avoir fait des ateliers de PMS au 30e salon d’Expolangues, qui célébrait la langue française, a été une petite consécration personnelle. J’ai eu raison d’être tenace dans ma démarche.

Certains enseignants sollicitent votre présence pour animer des ateliers d’écriture PMS avec des élèves en difficulté. La PMS est-elle bénéfique pédagogiquement pour de tels élèves ?

En 2010, j’ai commencé à faire des ateliers PMS sur une durée de 10h, en plusieurs séances. L’objectif est d’abord d’expliquer aux élèves ce qui différencie le SMS abrégé qu’ils utilisent au quotidien et la PMS. J’y propose plusieurs sujets sur la prévention santé : tabagisme, alcoolisme, sida et même téléphone portable. Une fois le sujet sélectionné, j’invite les élèves à échafauder une enquête policière. Le récit est bien entendu en français. Une fois l’élaboration de l’enquête terminée, je traduis tout en PMS. Après, je propose aux élèves de faire la traduction du texte PMS en langue française. A la dernière séance de l’atelier, je m’aperçois que des élèves en grande difficulté au départ font l’effort de faire les exercices de traduction.

Je tiens à préciser que la PMS n’est pas une recette pour être bon en orthographe, mais une passerelle qui va provoquer un déclic chez un élève en manque de confiance, en décrochage scolaire. A l’école, plus jeune, j’avais des grandes difficultés en cours de français, notamment à cause de mon orthographe exécrable. Un prof de français a provoqué un déclic par un devoir de poésie. J’essaye de véhiculer cet état d’esprit dans mes ateliers PMS. A chaque fois, j’ai de bonnes surprises vis-à-vis d’élèves en manque de confiance.

Quels sont vos projets concernant la PMS ?

Depuis deux semaines, je propose des ateliers SMS / PMS au grand public. Mon souhait est de pouvoir commencer à proposer des « formations » aux enseignants, éducateurs pour mettre en pratique ma méthode. De mon côté, je suis en train d’écrire un nouveau livre, mais cette fois-ci en français.

1 commentaire sur "Langage SMS : une piste pour réconcilier les élèves avec l’orthographe ?"

  1. Lité44  22 mars 2012 à 10 h 05 min

    Les propositions qui sont faites ici s’inscrivent dans une tradition historique déjà ancienne. On la retrouve dans les pays anglo-saxons avec Pitman et Shaw. Le linguiste français Martinet avait également proposé son Alfonic, transition orthographique pour les enfants. Mais, à ce jour, aucune n’a vraiment fait la preuve de son efficacité. Juste une curiosité graphique. Rien ne vaut semble-t-il une entrée directe dans l’orthographe dont la complexité suffit. Pourquoi en rajouter ?

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .


9 × = soixante trois

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.