19.03.2012
1 réaction

Les notes éliminatoires sauveront-elles le bac ?

Luc Chatel entend réfor­mer en pro­fon­deur le bac­ca­lau­réat, cet exa­men « à bout de souffle ». Il compte notam­ment sur les notes élimi­na­toires et une réduc­tion du nombre d'épreuves. Syndicats et ensei­gnants doutent de la por­tée de ces mesures.

Luc Chatel a pré­senté lundi 12 mars « les pistes les plus inté­res­santes pour réflé­chir à l'avenir du bac, à par­tir de la ses­sion 2014 ». Rappelant que 70% d'une classe d'âge accède au bac contre 20% il y a 25 ans, le ministre a indi­qué sou­hai­ter une « réforme en pro­fon­deur pour sau­ver ce diplôme déva­lo­risé qui ne cer­ti­fie plus un niveau de connais­sance ». Il pro­pose dans un rap­port l'instauration de notes élimi­na­toires, une dimi­nu­tion du nombre d'épreuves et d'options facul­ta­tives et un recours plus impor­tant au contrôle continu.

Bernard Kuntz, res­pon­sable des ques­tions dis­ci­pli­naires au SNFOLC (FO) s'étonne « de cette décou­verte à quelques jours des élec­tions alors que nous dénon­çons cette déva­lo­ri­sa­tion depuis des années ! Et quels résul­tats attendre d'une telle réforme ? L'introduction de notes élimi­na­toires dans les dis­ci­plines prin­ci­pales se tra­dui­rait méca­ni­que­ment par une dimi­nu­tion du nombre des options. Le recours accru au contrôle continu contri­bue­rait sans conteste à une nou­velle déva­lo­ri­sa­tion du diplôme. Les annonces minis­té­rielles visent une fois de plus à réa­li­ser d'importantes écono­mies bud­gé­taires et non une reva­lo­ri­sa­tion du diplôme. »

De son côté, le SNALC sous­crit à l'idée d'un recen­trage sur les dis­ci­plines spé­ci­fiques à chaque série et l'instauration de notes élimi­na­toires car une sim­pli­fi­ca­tion et une reva­lo­ri­sa­tion du bac­ca­lau­réat s'imposent. « Mais, nuance Claire Mazeron, cela ne pas­sera pas par le déve­lop­pe­ment du contrôle continu à l'examen. Les épreuves ter­mi­nales ano­nymes, fon­dées sur des sujets natio­naux, sont la seule garan­tie d'équité et de valeur natio­nale d'un diplôme déjà très malmené. »

Un écran de fumée

François, pro­fes­seur de mathé­ma­tiques en région pari­sienne a été sur­pris par l'annonce de pos­sibles notes élimi­na­toires. Selon lui cette piste, « comme les autres », ne chan­gera rien à la situa­tion : « C'est un écran de fumée, on ne s'attend pas à avoir un diplôme plus sélec­tif, il nous fau­dra seule­ment gérer l'affaire autre­ment pour don­ner le diplôme. Nous ne pou­vons dimi­nuer les sta­tis­tiques et faire redou­bler plus d'élèves. D'abord parce que les classes de ter­mi­nales sont sur­char­gées et ensuite parce les filières supé­rieures man­que­raient d'effectifs. » Les notes élimi­na­toires pour­raient néan­moins avoir un impact posi­tif en redon­nant de la valeur aux filières ES et L. « Les élèves qui choi­sissent la filière scien­ti­fique parce qu'elle ouvre toutes les portes et non par goût et inté­rêt crain­dront peut-être de s'engager en S ? », s'interroge François.

Réformer l'apprentissage avant le diplôme

A en croire le SNFOLC ce n'est pas d'une réforme du bac­ca­lau­réat dont l'éducation natio­nale a besoin, mais d'une res­tau­ra­tion de la trans­mis­sion des connais­sances, d'un ren­for­ce­ment du rôle et des pré­ro­ga­tives des conseils de classe. « La réforme du bac est une mau­vaise ques­tion, pour­suit Marie, pro­fes­seur d'économie à La Réunion. Créé par Napoléon pour jau­ger de la capa­cité des élèves à pour­suivre leurs études à l'université, le diplôme n'est plus qu'une simple for­ma­lité. Tous les élèves savent qu'ils l'obtiendront sans efforts ou presque, ce qui ne les encou­rage pas à tra­vailler. Les notes élimi­na­toires ne chan­ge­ront rien, elles conti­nue­ront à entre­te­nir un sys­tème basé sur la méthode de la carotte et du bâton, sur une rela­tion dominant-dominé entre profs et élèves. »

Pourquoi ne pas pro­po­ser une sorte de pas­se­port ou exa­men qui, tout en contrô­lant les matières prin­ci­pales à l'issue de la ter­mi­nale don­ne­rait plus d'importance au contrôle continu ? Il s'agirait de prendre en compte l'évolution de cha­cun, pen­dant les trois années de lycée. « Les élèves doivent se (ré)approprier leur appren­tis­sage, et nous devons trou­ver les moyens et outils pour les y encou­ra­ger, comme les auto-évaluations, des leçons par objec­tifs, une évalua­tion des com­pé­tences », insiste Marie. « Ce qui per­met­trait d'alléger la machine bac, très lourde, et sur­tout de pro­lon­ger l'année jusqu'à mi-juin. Nous aurions plus de temps pour ensei­gner et conso­li­der les acquis. » « La valeur du bac réside dans le déve­lop­pe­ment pos­sible des capa­ci­tés du futur adulte : capa­cité d'analyse, capa­cité de rai­son­ne­ment — qui fait cruel­le­ment défaut chez beau­coup d'élèves — capa­cité d'apprendre », résume Clotilde, pro­fes­seur de phi­lo­so­phie à Bordeaux. « C'est à ce niveau qu'il faut agir avant d'envisager une réforme, néces­saire, du bac. »

Delphine Barrais

-


Vous souhaitez réagir sur cet article : Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
coco
le 23 mars 2012

Tout à fait d'accord avec le ministre : quand on voit des élèves de TS avoir leur bac avec 20 en EPS / 17 en TPE mais seule­ment 7 ou 8 en matières scien­ti­fiques, com­ment vont-ils pou­voir envi­sa­ger serei­ne­ment des études scien­ti­fiques : fac de sciences ou méde­cine ou écoles d'ingénieur ?? Leur dos­sier est tout de suite mis de côté et ils sont per­dus !! Limitons les options et accor­dons à la sec­tion qu'ils choi­sissent les heures et valeurs qu'il se doit. Avoir son bac est une chose mais encore faut-il l'avoir bien !!

Signaler

1 réaction