Rased : « les postes amputés vont peser très lourd »

Les suppressions de postes dans l’enseignement primaire ne cessent de se multiplier depuis les dernières années. Les rééducateurs et enseignants spécialisés des Rased sont les plus touchés. Comment cela se passe sur le terrain ? Le point avec Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, une directrice d’école et un maître E (enseignant spécialisé dans l'aide pédagogique).

Sur les quelque 15 000 postes Rased recensés en 2007, plus de 2500 ont disparu à la rentrée 2011. Et pour la rentrée 2012, plus de 1200 suppressions de Rased sont déjà confirmées dans une cinquantaine de départements. « Au-delà du vertige donné par ces chiffres » indique Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, « les postes amputés vont peser très lourd ». Une réalité déjà tangible ? « Il y a 8 ans nous étions quatre sur le même secteur, depuis la rentrée 2010 je suis toute seule avec un maître G (rééducateur) à mi-temps. On est débordés, on ne peut plus suivre tout le monde », témoigne cette enseignante spécialisée, maître E en zone prioritaire à Soissons. Une directrice d’école en ZEP à Blois, Catherine Baudin, donne sensiblement la même proportion : « Sur cinq Rased il y a 5 ans, nous n’avons plus qu’un maitre E et une psychologue scolaire. »

« On est de plus en plus pressés alors que les enfants en difficulté ont besoin de temps »

« Avant on prenait les enfants dès la moyenne section. Au cycle 3, ils parvenaient à rentrer dans le circuit normal. On ne peut plus le faire », explique le maître E de Soissons. Lequel constate également une « grande souffrance » des élèves qui « sollicitent eux-mêmes de l’aide : ils sont conscients de leurs problèmes. Ils viennent vers moi et me disent : alors quand est-ce que tu me prends ? ». Le principal travail de l’enseignant spécialisé consiste à redonner confiance à l’enfant en difficulté. Du temps ? C’est ce qu’il manque de plus en plus à la profession. Sébastien Sihr précise qu’un Rased suivait en moyenne 50 élèves dans l’année. Selon ses calculs, 125 000 élèves ne pourront plus en bénéficier. Par ailleurs, les niveaux ont baissé : « On va chuter au niveau des évaluations, c’est certain », résume Catherine Baudin. Il faudra encore trois ou quatre ans pour constater le décalage avec les enfants qui n’auront pas eu les mêmes aides.

« L’aide spécialisée n’est pas l’aide personnalisée »

Sébastien Sihr insiste pour souligner la différence entre les deux. « L’aide personnalisée n’est que ponctuelle : réviser, s’entraîner ou anticiper une leçon. En revanche, l’aide spécialisée s’adresse à des élèves qui rencontrent des difficultés durables ». Catherine Baudin établit la même distinction : « On peut être le meilleur enseignant du monde, mais on ne peut pas gérer plus de trois ou quatre élèves en difficulté dans une classe. » Les maîtres E utilisent une méthode avec « des détours pédagogiques » tandis que les maîtres G grâce à des médiations par le jeu ou le corps, permettent aux élèves de s’adapter aux attentes de l’école. Sébastien Sihr évoque aussi le problème de la formation des enseignants spécialisés des Rased. « En 2007, on comptait 946 départs en formation spécialisée. En 2010, 485. La moitié moins. On a asséché le terreau ».

« Redonner des regards croisés »

L’enseignant est seul dans sa classe d’où l’importance de pouvoir croiser son regard avec d’autres. « Parler et échanger va lui permettre de trouver une réponse ou de changer son point de vue », fait valoir Sébastien Sihr. « Les classes sont surchargées, les maitres sont à bout, les enfants explosent. On leur sert de soupape », affirme le maître E.

Catherine Baudin répète que les Rased servent aussi de lien entre les élèves en difficulté, les familles et les enseignants.  « Je suis convaincue que notre mission a du sens », conclut le maître E.

Catherine Sauvat

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