Un juge de l'Utah condamne à lire "Les Misérables" au lieu d'une peine de prison

21.02.2012 0
Le juge amé­ri­cain Thomas Willmore condamne cer­tains pré­ve­nus à lui rendre un compte-rendu de lec­ture des Misérables de Victor Hugo, pour médi­ter sur l'importance d'une deuxième chance.

Juge et marteau - photo s_falkow / Flickr

Crédit photo : s_falkow / Flickr

Dans Les Misérables de Victor Hugo, écrit en 1862, Jean Valjean, déses­péré, vole des chan­de­liers chez Monseigneur Bienvenu, un évêque qui l'héberge. Quand la police le rat­trape, l'évêque lui par­donne et affirme à la police qu'il lui a fait don des chan­de­liers. Valjean réa­lise à la suite de cet acte de cha­rité l'importance de deve­nir un homme bon.

"C'est de la belle, de la mer­veilleuse lit­té­ra­ture", estime le juge Thomas Willmore, qui exerce à Logan, dans l'Utah. Très ins­piré par cette para­bole sur l'importance d'accorder une deuxième chance, il condamne cer­tains pré­ve­nus à des compte-rendus de lec­ture de l'oeuvre de Victor Hugo au lieu de peines de pri­son. Il ne l'envisage pas comme une forme de puni­tion, mais comme un "outil" pour aider les gens à faire le point sur leur vie.

Le juge Willmore a recouru plu­sieurs fois à cette sen­tence par­ti­cu­lière, depuis un coup d'essai en 2009. Il estime qu'il y a quatre com­po­santes essen­tielles à prendre en compte dans chaque ver­dict : la puni­tion en elle-même, la dis­sua­sion (pour éviter la réci­dive), l'exemplarité (pour dis­sua­der les autres), mais aussi la réha­bi­li­ta­tion à l'issue de la peine. Cette sen­tence s'inscrit plei­ne­ment dans cette der­nière dimen­sion. Le juge la réserve sur­tout aux pré­ve­nus dont c'est la pre­mière com­pa­ru­tion en jus­tice, afin qu'ils n'aient pas l'impression que tout est fini pour eux.

"Changing Lives Through Literature"

Le juge Willmore n'est pas naïf au point de croire qu'une per­sonne peut être com­plè­te­ment sau­vée par la lec­ture. Mais il a constaté les bien­faits de l'introspection qu'entraîne une lec­ture réflé­chie. Certains accu­sés conti­nuent d'ailleurs à lui faire par­ve­nir des compte-rendus de nou­velles lectures.

Willmore cherche à confron­ter les gens à leurs pro­blèmes à tra­vers les lec­tures qu'il pres­crit, c'est pour­quoi il impose plu­tôt à cer­tains pré­ve­nus de lire le "Gros livre" — le mani­feste des Alcooliques Anonymes, qui détaille les douze étapes de leur programme.

A l'échelle fédé­rale, le pro­gramme offi­ciel "Changing Lives Through Literature", né en 1991 dans le Massachusetts, pour­suit les mêmes objec­tifs dans huit états amé­ri­cains. Dans le cadre de ce pro­gramme, cer­taines peines sont conver­ties en obli­ga­tion d'assister et de par­ti­ci­per à des sémi­naires de lit­té­ra­ture pen­dant une période de pro­ba­tion, avec un cer­ti­fi­cat à la clé. Le pro­gramme se targue d'un taux de réci­dive de 20 %, contre 45 % à l'issue de peines traditionnelles.

Quentin Duverger

 
Source(s) :
  • Actualitté, Associated Press, Flavorwire

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