14.02.2012

Syrie: la ville rebelle de Homs à nouveau bombardée, l'ONU évoque des crimes contre l'humanité

Le régime syrien a de nou­veau bom­bardé lundi la ville rebelle de Homs, igno­rant l'appel de la Ligue arabe à une force de paix com­mune avec l'ONU, une idée qui divise les Européens et à laquelle la Russie, alliée de Damas, pose des conditions.

Les Nations unies ont affirmé de leur côté que les forces syriennes avaient "vrai­sem­bla­ble­ment" com­mis des crimes contre l'humanité en répri­mant depuis onze mois la contes­ta­tion popu­laire hos­tile au régime, au prix de plus de 6.000 morts, selon des militants.

Déjà pro­fon­dé­ment divi­sée sur la crise syrienne, la com­mu­nauté inter­na­tio­nale semble l'être encore plus sur la pro­po­si­tion d'une force de paix avan­cée par la Ligue arabe: Paris a mis en garde contre toute action "à carac­tère mili­taire", Moscou exigé un cessez-le-feu et Washington sou­li­gné qu'en l'absence de paix, une telle ini­tia­tive était compliquée.

Sourd aux appels à ces­ser la répres­sion, le régime syrien a pour­suivi lundi le pilon­nage de Homs (centre), désor­mais tou­chée par une crise huma­ni­taire, les mili­tants dénon­çant une pénu­rie de pain.

La secré­taire d'Etat amé­ri­caine Hillary Clinton, qui a jugé "déplo­rable que le régime ait inten­si­fié la vio­lence (...) en uti­li­sant l'artillerie et des tirs de blin­dés", a assuré que les Etats-Unis tra­vaillaient pour "répondre aux pro­blèmes huma­ni­taires" et aider "ceux qui sont bles­sés et qui meurent".

Le Croissant Rouge syrien a affirmé dis­tri­buer de l'aide médi­cale et ali­men­taire à des mil­liers de per­sonnes dans la "capi­tale de la révo­lu­tion", où, selon un décompte de l'ONU, plus de 300 per­sonnes ont péri depuis le 4 février dans une "attaque sans dis­cer­ne­ment contre des zones civiles".

La Haut com­mis­saire de l'ONU aux droits de l'homme Navi Pillay a déclaré que "la nature et l'étendue des exac­tions per­pé­trées par les forces syriennes indiquent que des crimes contre l'humanité ont vrai­sem­bla­ble­ment été com­mis" depuis mars 2011.

Lors d'un entre­tien télé­pho­nique lundi, le pré­sident amé­ri­cain Barack Obama et le Premier ministre bri­tan­nique David Cameron ont renou­velé leur condam­na­tion de la vio­lente répres­sion menée par le régime syrien à l'encontre de son propre peuple. "Ils sont tom­bés d'accord sur la néces­sité de se coor­don­ner étroi­te­ment pour accroître la pres­sion sur le régime de Bachar al-Assad et pour sou­te­nir une tran­si­tion vers la démo­cra­tie", selon le com­mu­ni­qué de la Maison Blanche.

Sur le ter­rain, les vio­lences se pour­sui­vaient avec des affron­te­ments entre sol­dats et déser­teurs qui ont fait 11 morts dans les rangs de l'armée régu­lière. Mais les tirs des forces de l'ordre, qui ont encore tué lundi 18 civils à tra­vers le pays, dont deux ado­les­cents, ne décou­ra­geaient pas les mani­fes­tants. "La révo­lu­tion conti­nue tant qu'il y a un nour­ris­son vivant parmi nous", pouvait-on lire sur une pan­carte lors d'une mani­fes­ta­tion dans la pro­vince de Deraa (sud), ber­ceau de la contes­ta­tion, d'après une vidéo dif­fu­sée par les militants.

Face à cette crise, la Ligue arabe, qui avait déjà tenté de faire pas­ser à l'ONU une réso­lu­tion condam­nant la répres­sion –blo­quée par Pékin et Moscou– a décidé de deman­der au Conseil de sécu­rité la for­ma­tion d'une force conjointe et de four­nir un sou­tien poli­tique et maté­riel à l'opposition.

Burhan Ghalioun, chef du Conseil natio­nal syrien (CNS), prin­ci­pale coa­li­tion de l'opposition, a déclaré sur Al-Jazira voir dans ces déci­sions "les pre­miers pas" vers la chute du régime.

Damas a tou­te­fois répondu qu'elles n'empêcheraient pas le gou­ver­ne­ment "d'assumer ses res­pon­sa­bi­li­tés" dans "le réta­blis­se­ment de la sécu­rité et de la sta­bi­lité", selon l'agence offi­cielle Sana.

L'idée d'une mis­sion de paix ne fait tou­te­fois pas l'unanimité: sou­te­nue par l'Union euro­péenne, Londres veut en "dis­cu­ter de manière urgente", mais la France a lancé une mise en garde. "Toute inter­ven­tion à carac­tère mili­taire exté­rieure ne ferait qu'aggraver la situa­tion, d'autant qu'il n'y aura pas de déci­sion du Conseil de sécu­rité", a affirmé le chef de la diplo­ma­tie fran­çaise Alain Juppé.

Moscou a dit étudier la pro­po­si­tion, tout en jugeant qu'un cessez-le-feu était néces­saire au préa­lable. Une telle mis­sion, a observé la Maison Blanche, débu­te­rait s'il y avait "une paix à main­te­nir. Malheureusement, nous savons qu'il n'y en a pas". Pékin s'est gardé de se prononcer.

Le secré­taire géné­ral de Ligue arabe Nabil al-Arabi doit ren­con­trer mardi en Allemagne la chan­ce­lière Angela Merkel. D'après les ana­lystes, la pro­po­si­tion arabe est pro­mise à l'échec. "Je crains qu'il ne soit très dif­fi­cile de trou­ver des Etats membres prêts à envoyer des troupes", a affirmé à l'AFP Salman Shaikh, direc­teur du centre Brookings de Doha.

Le père Paolo Dall'Oglio, fon­da­teur d'une com­mu­nauté monas­tique syriaque-catholique en Syrie, a estimé que le Vatican pou­vait jouer "un rôle déci­sif". "Le conflit est déjà confes­sion­na­lisé", a regretté le jésuite ita­lien, expli­quant que les chré­tiens se trou­vaient "au milieu".

Arabes et Occidentaux doivent lan­cer cette semaine une nou­velle ten­ta­tive pour faire condam­ner Damas, cette fois à l'Assemblée géné­rale de l'ONU –organe consul­ta­tif où le veto n'existe pas. Moscou et Pékin devraient une fois encore s'opposer à ce pro­jet, pré­paré par l'Arabie saou­dite et le Qatar, très simi­laire au texte blo­qué par leur double veto le 4 février.

Autre étape au calen­drier: la "Conférence des amis de la Syrie", que Tunis s'est pro­posé d'organiser le 24 février et qui a reçu lundi un sou­tien appuyé de Mme Clinton et de son homo­logue turc Ahmet Davutoglu en visite à Washington.


 

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