14.02.2012

Pour la prêtresse de l'amour émiratie, sexe et islam font bon ménage

Derrière le niqab qui lui cache le visage, Widad Lootah est une conseillère conju­gale qui sur­prend dans une société aussi conser­va­trice que les Emirats: elle pro­clame haut et fort que sexe et islam font bon ménage.

A la veille de la Saint Valentin, cet auteur d'un livre contro­versé, inti­tulé "Top secret: les règles des rela­tions sexuelles pour les couples mariés", invite les femmes arabes et musul­manes à "vivre l'amour".

"Il ne faut pas avoir honte, il ne faut pas être timide. Il faut savoir pro­fi­ter de l'amour", affirme cette femme, conseillère conju­gale auprès des tri­bu­naux de Dubaï, lors d'un entre­tien avec l'AFP.

Elle affirme vou­loir bri­ser les pré­ju­gés selon les­quels le sexe en islam n'a pour but que d'enfanter.

Entièrement voi­lée de noir –un choix, dit-elle, pour imi­ter les femmes du pro­phète Mahomet–, cette musul­mane conser­va­trice sou­ligne l'importance que revêt pour l'islam une vie sexuelle saine.

"Le sexe est au coeur" de tout mariage réussi, dit-elle, sou­li­gnant que son expé­rience de onze ans comme conseillère lui a fait prendre conscience que "ce qui se passe au lit" est la pre­mière cause des pro­blèmes conju­gaux aux Emirats.

Les dis­cus­sions publiques et par­fois mêmes pri­vées sur les rela­tions sexuelles sont tou­jours un tabou dans beau­coup de pays musul­mans conservateurs.

Mais pour l'islam, il y a deux règles simples en ce qui concerne le sexe: il faut être marié, et "le sexe anal est stric­te­ment pro­hibé", explique-t-elle.

"Tout le reste est per­mis, y com­pris tous les attou­che­ments sexuels", ajoute cette femme.

Widad Lootah est fer­me­ment convain­cue qu'il faut débattre ouver­te­ment de la sexua­lité. Mais elle a fait les frais de sa fran­chise: son livre et les nom­breuses inter­views qu'elle a accor­dées lui ont causé des insultes, des condam­na­tions et des menaces de mort.

"J'ai été taxée de femme immo­rale, de cri­mi­nelle. Certains m'ont même accu­sée d'être une traî­tresse et une espionne à la solde d'Israël et des Etats-Unis", dit cette mère de trois enfants.

Malgré cette polé­mique, "Maman Widad" comme l'appellent ses patients tra­vaille sur un nou­veau livre, "Top secret: volume deux".

Elle doit le pré­sen­ter dans un mois aux cen­seurs émira­tis. Cette fois, elle aborde les rela­tions sexuelles pro­hi­bées par l'islam: "c'est au sujet des rela­tions homo­sexuelles et les­biennes et leurs consé­quences sur l'institution du mariage", explique-t-elle.

Cette femme éton­nante fait égale­ment cam­pagne auprès des auto­ri­tés des Emirats arabes unis pour intro­duire des cours d'éducation sexuelle dans les écoles émiraties.

"Il est très impor­tant de don­ner une éduca­tion sexuelle" aux jeunes, "gar­çons et filles", dit Mme Lootah. "Mais d'abord, il faut éduquer les pro­fes­seurs", ajoute-t-elle.

Elle est égale­ment convain­cue que les tabous entou­rant le sexe contri­buent au taux élevé de divorces, et aux mariages géné­ra­le­ment mal­heu­reux, aux Emirats.

Quand on lui demande pour­quoi elle a choisi de s'impliquer dans ce domaine épineux, elle répond sans ambages qu'elle veut essayer de pro­mou­voir "les droits des femmes".

"Je ne peux pas tout arran­ger (...) mais je peux essayer d'aider à pro­mou­voir le rôle de la femme dans le monde arabe", dit-elle.

Et si les inté­gristes musul­mans dénoncent la Saint Valentin, dont l'Arabie saou­dite, voi­sine des Emirats, inter­dit toute célé­bra­tion, Widad Lootah est plus nuancée.

"S'il s'agit sim­ple­ment d'un jour pour se rap­pe­ler qu'il faut expri­mer ses sen­ti­ments à la per­sonne aimée, pour­quoi pas? Mais chaque jour devrait dans ce cas être la Saint Valentin", ajoute-t-elle.


 

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