13.02.2012
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Stress au travail : "un enseignant lâché par sa hiérarchie, c'est le plus difficile"

Selon la der­nière étude du Carrefour Santé Social, 24 % des per­son­nels de l'Education Nationale s'estiment "en état de ten­sion" au tra­vail et 14 % "en épui­se­ment pro­fes­sion­nel". Eclairage du pro­fes­seur Viviane Kovess-Masfety (1), direc­trice du dépar­te­ment d'épidémiologie de l'Ecole des Hautes Etudes en santé publique, et d'une équipe de recherches de l'Université Paris-Descartes.

Viviane Kovess-MasfetyLe stress est-il le nou­veau fléau de notre époque ?

Le stress est par essence une com­po­sante de la vie, vivre c'est être stressé. Nous sommes tous pro­gram­més pour réagir et faire face. Mais quand le stress devient constant ou exces­sif et dépasse nos simples capa­ci­tés d'adaptation, c'est le début des pro­blèmes. Nous ne sommes pas tous iden­tiques, ni égaux face au stress. Tout dépend de la géné­tique, de l'éducation, de l'environnement social...

Les ensei­gnants vous paraissent-ils une popu­la­tion stres­sée par défi­ni­tion (voir l'étude du Carrefour Santé Social) ?

Il existe d'importantes dis­pa­ri­tés entre les col­lèges, les écoles élémen­taires, ou encore les uni­ver­si­tés, de même entre la voie géné­rale et tech­no­lo­gique. Les vécus et les situa­tions sont, de fait, dif­fé­rents d'un établis­se­ment à l'autre et cer­taines situa­tions peuvent être très dif­fi­ciles. Paradoxalement les ensei­gnants des ZEP ne sont pas tou­jours ceux qui souffrent le plus. L'une des rai­sons est qu'ils obtiennent un vrai retour sur leur tra­vail et se sentent utiles. Sans ren­trer dans des détails trop tech­niques, nous avons plu­sieurs ques­tion­naires en notre pos­ses­sion pour mesu­rer le stress au tra­vail. Dans l'un, on consi­dère que si l'on main­tient une bonne auto­no­mie déci­sion­nelle mal­gré un niveau de demandes élevé, le stress est moindre. Les ensei­gnants ont en géné­ral plus de lati­tude dans leurs classes que dans d'autres métiers. En revanche, selon un autre modèle basé cette fois sur le contraste entre les demandes et les récom­penses obte­nues (comme l'argent, le sta­tut social et l'estime éprou­vée), les ensei­gnants se retrouvent en moins bonne pos­ture que pré­cé­dem­ment. Il faut donc être très pru­dent avec ces approches.

Comment lut­ter alors contre les méfaits du stress ?

Pour tous, le sport per­met sans aucun doute de gar­der une santé men­tale plus posi­tive. Mais plus pré­ci­sé­ment au tra­vail, l'un des prin­ci­paux fac­teurs de pro­tec­tion passe par la qua­lité des rela­tions établies avec les col­lègues, la soli­da­rité, le par­tage de pra­tiques, bref tout ce qui relève des échanges. Sans oublier aussi ce que j'appelle "les méthodes de mana­ge­ment", c'est-à-dire la manière dont la direc­tion s'implique et donne plus ou moins son sou­tien aux dif­fé­rents agents de l'établissement. Un ensei­gnant lâché par sa hié­rar­chie, c'est le plus difficile.

Les agents de l'Education n'ont pour­tant pas de véri­table méde­cine du tra­vail à leur dis­po­si­tion. Qu'en pensez-vous ?

D'après les don­nées de consom­ma­tion que j'ai ana­ly­sées, aucun élément ne laisse pen­ser qu'ils n'aient pas un bon accès aux soins de manière géné­rale. L'un des bémols porte sur les visites aux spé­cia­listes sou­vent en sec­teur 2 et donc pas com­plè­te­ment rem­bour­sés par la mutuelle. Il faut ensuite se poser la ques­tion du rôle de la méde­cine du tra­vail et de son aspect pré­ven­tif. Il me semble qu'il est impor­tant pour les ensei­gnants des lycées pro­fes­sion­nels, notam­ment en contact avec cer­tains produits.

Catherine Sauvat

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Note(s) :
  • (1) Viviane Kovess-Masfety est notamment l’auteur de N’importe qui peut péter un câble, Ed. Odile Jacob, 2008

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Moi
le 14 février 2012

17 années d'enseignement PAS une seule visite médi­cale alors pour les conseils des spé­cia­listes on repassera ...

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Moi
le 14 février 2012

De nom­breux col­lègues n'en peuvent plus et en plus deviennent pauvres ce qui n'arrange rien. Un métier à fuir (les jeunes l'ont bien compris)

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tonne
le 17 février 2012

28 années d'enseignement en col­lège. Une méde­cine du tra­vail inexis­tante. Des condi­tions de tra­vail qui se sont dégra­dées. La majo­rité des ensei­gnants ayant plus de 50 ans n'en peuvent plus... Bref, un métier que je ne recom­mande pas pour ma fille de 15 ans.

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clara
le 18 février 2012

...et pour les ensei­gnantes de plus de 50 ans, déva­lo­ri­sées, dis­cré­di­tées, moquées par leur chef-homme d'établissement, devant leurs élèves, comme plu­sieurs de mes col­lègues ou connais­sances?
...ques­tion de leur faire deman­der leur propre démis­sion, je l'ai entendu , cela semble deve­nir une poli­tique (ou un passe-temps?) à la mode récemment.

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Jules
le 17 mai 2012

Partie 3

Mais cette réa­lité cha­cun la connaît, même ceux qui la nient.
C’est ainsi que tous les parents qui le peuvent fuient les ZEP en contour­nant la carte sco­laire ou bien ins­crivent leurs enfants dans le privé. Les bobos pari­siens sont les cham­pions de cette pra­tique!
Et c’est aussi pour­quoi de moins en moins d’étudiants choi­sissent l’enseignement. Ceux qui s'y engagent le font de plus en plus par défaut.

Malheureusement je ne pense pas que cela va s’arranger vu que l’on refuse de se poser les bonnes ques­tions au nom de la reli­gion du " vivre ensemble ". Alors on pra­tique le déni de réa­lité, sauf qu’au front plus per­sonne ne veut y aller !

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Jules
le 17 mai 2012

Partie 2

Cela peut se com­prendre aussi, pour cela il vous fau­drait assis­ter à un cours dans un établis­se­ment dit "sensible" :

Des élèves incon­trô­lables, mena­çants ver­ba­le­ment et phy­si­que­ment, se contre­fou­tant bien évidem­ment com­plè­te­ment du contenu des cours.
Des parents absents ou sou­te­nant becs et ongles leur pro­gé­ni­ture.
Une hié­rar­chie lâche et débor­dée qui pré­fère ache­ter la paix sociale en s'en pre­nant à ses employés sol­vables et plu­tôt qu'aux exac­tions de mineurs ren­dus tota­le­ment irres­pon­sables de leurs actes.

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Jules
le 17 mai 2012

Partie 1

Amusant cette phrase très poli­ti­que­ment cor­recte: "Paradoxalement les ensei­gnants des ZEP ne sont pas tou­jours ceux qui souffrent le plus".

Je n'ai jamais vu autant de profs sous anti-dépresseurs et anxio­ly­tiques qu'en ZEP, sans par­ler de ceux qui se soignent à l'alcool.

L’obsession des profs en « ban­lieue sen­sible » c’est la mut’ ! Et ils sont prêts à tout pour ça ! : Pacs bidon avec un copain, dos­sier médi­cal etc etc. Ca vous donne quand même une idée de l’ambiance…
Même s'il est vrai que d'une ZEP à l'autre la situa­tion peut être assez dif­fé­rente, mais peu importe. Ne ren­trons pas dans les particularités.

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