13.02.2012

Privés de soins anti-rides sur les lèvres, les chirurgiens-dentistes montent au créneau

Les chirurgiens-dentistes sont mon­tés au cré­neau lundi, après l'annonce par la secré­taire d'Etat à la Santé Nora Berra qu'ils ne pour­ront plus pro­cé­der à des injec­tions d'anti-rides pour regon­fler les lèvres de leurs patients.

Les pro­duits de com­ble­ment à base d'acide hya­lu­ro­nique, qui avaient déjà sus­cité des inquié­tudes à la suite du scan­dale des pro­thèses mam­maires PIP, ne pour­ront plus être admi­nis­trés par les chirurgiens-dentistes afin de cor­ri­ger un défaut de den­ti­tion, a annoncé Mme Berra.

"Les chirurgiens-dentistes ont fait une inter­pré­ta­tion de la loi. Moi je confirme le mes­sage qui a été envoyé par la Direction géné­rale de la santé: l'usage de pro­duits de com­ble­ment sur le visage ne relève pas de leur com­pé­tence", a déclaré la res­pon­sable sur RTL.

Le Code de santé publique inclut pour­tant depuis 2004 dans les champs d'intervention des chirurgiens-dentistes, en plus des dents, de la bouche et des maxil­laires (les os sur les­quels les dents sont implan­tés), les "tis­sus atte­nants", retrans­cri­vant en cela une direc­tive euro­péenne de 1998.

Or, pour le pré­sident de l'Ordre natio­nal des chi­rur­giens den­tistes (ONCD), Christian Couzinou, ce terme "tis­sus atte­nants" désigne clai­re­ment "l'intra et l'extra-buccal", donc notam­ment les lèvres.

Ce n'est pas l'interprétation des auto­ri­tés sani­taires. La Direction géné­rale de la santé (DGS) et la Direction géné­rale de l'offre de soins (DGOS) ont envoyé ces der­niers jours une lettre à l'Ordre pour indi­quer que le terme "tis­sus atte­nants" ne désigne que ce qui est dans la bouche et non pas à l'extérieur.

"Cette lettre est contraire à la direc­tive euro­péenne et au Code de la santé publique" affirme Dr Couzinou, qui sou­ligne que d'autre pays comme le Royaume-Uni auto­risent leurs chirurgiens-dentistes à pra­ti­quer des injec­tions sur les lèvres.

Mme Berra a annoncé lundi la publi­ca­tion pro­chaine d'un décret d'application pour "cla­ri­fier" défi­ni­ti­ve­ment le sujet et écar­ter les lèvres du champ de com­pé­tence des chirurgiens-dentistes.

Les den­tistes prennent l'annonce comme une décla­ra­tion de guerre, avec la pers­pec­tive d'une dan­ge­reuse res­tric­tion de leur champ d'intervention.

"C'est notre capa­cité pro­fes­sion­nelle qui est en jeu et là-dessus nous ne céde­rons pas, on ira devant le Conseil d'Etat, devant la Cour de jus­tice euro­péenne s'il le faut", mar­tèle le Dr Couzinou.

Du côté des syn­di­cats, la réac­tion est tout aussi viru­lente. "Je m'inscris en faux contre les pro­pos de Mme Berra et pour des rai­sons qui n'ont rien à voir avec l'argent", sou­ligne Roland L'Herron, pré­sident de la Confédération natio­nale des syn­di­cats den­taires (CNSD).

Il y a des cas pré­cis pour les­quels les pro­duits de com­ble­ment sont indi­qués: par exemple des per­sonnes éden­tées depuis des années, dont la maxil­laire s'est rétré­cie et à qui il faut redon­ner du volume à la lèvre, explique M. L'Herron.

"J'ai été ravi de voir arri­ver sur le mar­ché l'acide hya­lu­ro­nique pour des rai­sons plus fonc­tion­nelles qu'esthétiques", souligne-t-il.

Parmi les 40.000 chi­rur­giens den­tistes exer­çant en France, seuls quelques cen­taines pra­ti­que­raient ce type d'injections, tan­dis qu'aucune for­ma­tion spé­ci­fique n'est pour l'heure ins­crite dans le cur­sus offi­ciel des den­tistes, qui pra­tiquent déjà des soins esthé­tiques avec les opé­ra­tions de blan­chi­ment des dents.

La pro­fes­sion s'est d'ailleurs récem­ment insur­gée contre la mul­ti­pli­ca­tion en France des "bars à sou­rire", ces salons de beauté spé­cia­li­sés dans l'éclaicissement dentaire.


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.