12.02.2012

Une "Samba de la Paix" unit policiers et habitants dans une favela de Rio

Au son d'une samba entraî­nante, poli­ciers et habi­tants d'une favela de Rio ont défilé ensemble à l'approche du car­na­val, après des décen­nies d'hostilités mutuelles, dans les ruelles de cette com­mu­nauté contrô­lée récem­ment encore par les tra­fi­quants de drogue.

Les mafieux de la drogue ont été expul­sés il y a huit mois de la favela du Tuiuti, située près du stade de foot­ball Maracana dans la zone nord de Rio, dans le cadre d'une vaste opé­ra­tion poli­cière, et les habi­tants com­mencent à s'habituer à la pré­sence policière.

Défiant la cha­leur moite, plus de 250 habi­tants et poli­ciers mili­taires (PM, char­gés du main­tien de l'ordre) ont chanté et dansé samedi soir au son de la "Samba de la Paix" pen­dant le pre­mier défilé de car­na­val de rue depuis treize ans dans ce bidon­ville de 22.000 habitants.

"L'objectif de la +Samba de la Paix+ est de mon­trer com­ment les habi­tants ont accepté notre pré­sence. La popu­la­tion de Tuiuti et de Mangueira (la grande favela voi­sine qui domine le Maracana: NDLR) res­pire la samba et ma chan­son leur a plu", a déclaré à l'AFP le poli­cier mili­taire Igor Gomes, 23 ans, auteur et com­po­si­teur de la 'Samba da Paz'.

"C'est le car­na­val à Tuiuti; viens dan­ser la samba; viens t'amuser; il y a une bonne ambiance avec inser­tion cultu­relle et sécu­rité des habi­tants", entonne Igor Gomes au son de son "cava­quinho", une minus­cule gui­tare, du haut d'un petit camion muni de haut-parleurs qui par­court la favela.

Enfants et adultes suivent joyeu­se­ment le véhi­cule en chan­tant a tue-tête et en dansant.

"Aujourd'hui, je ne suis pas en uni­forme; ce que nous vou­lons c'est nous amu­ser ensemble, nous sommes tous des citoyens", ajoute Igor Gomes qui donne aussi des cours de chant et de "cava­quinho" aux enfants de Tuiuti dans le cadre des pro­grammes sociaux mie en oeuvre après la "paci­fi­ca­tion" de la favela et l'installation en novembre d'une nou­velle police com­mu­nau­taire (UPP), spé­cia­le­ment formée.

Une de ses col­lègues, Monica Rodrigues, une femme de 30 ans à la longue che­ve­lure noire, a, quant à elle, tro­qué l'uniforme de la police mili­taire pour un mini-short en jean et un bus­tier en paillettes et se trans­for­mer en "Reine des percussions".

Elle se déhanche fré­né­ti­que­ment devant une quin­zaine de per­cus­sion­nistes qui donnent le rythme au défilé et ne s'arrête que le temps de poser pour ses admi­ra­teurs qui la prennent en photo.

D'autres poli­ciers char­gés d'assurer la tran­quillité de la fête suent à grosses gouttes sous leur gil­let pare-balles dans les ruelles escarpées.

Une fillette leur pro­pose un verre d'eau qu'ils acceptent promptement.

Rodrigo Souza, un poli­cier de 30 ans, affirme que la grève de la police enta­mée ven­dredi à Rio n'a ren­con­tré qu'"une faible adhésion".

"Aujourd'hui, tout le monde est venu tra­vailler ici", dit-il en sou­le­vant son béret noir pour s'éponger le front.

Les rela­tions entre habi­tants des fave­las et poli­ciers n'ont pas tou­jours été tendres car les pre­miers étaient pris sous les feux croi­sés des tra­fi­quants et de la police, sou­vent vio­lente et corrompue.

"Ce défilé modi­fie l'image de la police. Beaucoup étaient contre leur pré­sence ici. Mais main­te­nant ils com­mencent à voir d'un bon oeil l'UPP. C'est plus sûr; on ne voit plus de tra­fi­quants armés jusqu'aux dents dans les rues", raconte un habi­tant de Tuiuti, Marcial Lopes, 43 ans.

Près d'un tiers de la popu­la­tion de Rio (1,5 mil­lion d'habitants) vit dans un mil­lier de fave­las. En 2008, le gou­ver­ne­ment de Rio a entamé une course contre la montre pour paci­fier plu­sieurs de ces quar­tiers pauvres en vue de la Coupe du Monde de foot­ball 2014 au Brésil et des jeux Olympiques de 2016 à Rio.


 

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