12.02.2012

Isabelle Huppert "Captive" de la jungle philippine et des islamistes

Dans la jungle ou à bord de rafiots sur­char­gés, Isabelle Huppert s'est retrou­vée, dimanche à Berlin, "Captive" d'un groupe isla­miste dans le film du réa­li­sa­teur phi­lip­pin Brillante Mendoza.

Le film, l'un des dix-huit en com­pé­ti­tion pour l'Ours d'Or, suit la dan­ge­reuse errance plus d'une année durant, de mai 2001 à juin 2002, d'un groupe de plu­sieurs dizaines d'otages occi­den­taux et phi­lip­pins et de leurs geô­liers du groupe Abou Sayyaf proche d'Al-Qaïda.

"En bateau ou dans la jungle, on s'est trouvé la plu­part du temps placé dans des situa­tions périlleuses et c'est tout le talent de Mendoza de réduire la fron­tière entre la fic­tion et la réa­lité", a indi­qué dimanche l'actrice devant la presse : "On était obligé d'être constam­ment réac­tif à la cha­leur, l'épuisement, la peur aussi parfois".

De nuit, une embar­ca­tion rapide débarque un groupe de com­bat­tants sur-armés sur le pon­ton d'un luxueux com­plexe tou­ris­tique sur l'île de Palawan : délo­gés en pleine nuit, les occu­pants sont emme­nés, par la mer d'abord, puis à tra­vers la forêt, pour être échan­gés contre rançon.

Parmi les cap­tifs, la Française Thérèse Bourgoine (Isabelle Huppert) était en mis­sion huma­ni­taire pour une ONG chré­tienne et char­gée de bibles et de médicaments.

La déten­tion s'étire, les otages sont sans cesse for­cés de démé­na­ger et, en plus des marches haras­santes, ils essuient à plu­sieurs reprises les bom­bar­de­ments et autres attaques de l'armée gou­ver­ne­men­tale — cer­tains en mour­ront — et affrontent le dénue­ment, la faim et les nom­breux incon­forts de la vie de groupe, de sur­croît dans la jungle.

Pour nour­rir la véra­cité du scé­na­rio, Brillante Mendoza a fait de nom­breuses recherches: "Je me suis rendu sur place à Mindanao et j'ai inter­rogé de nom­breux témoins, d'anciens otages, mais aussi des Abou Sayyaf et des mili­taires pour recons­ti­tuer ces prises d'otages mas­sives de l'année 2001", raconte-t-il.

Il a ensuite veillé à ce que les acteurs ne se ren­contrent pas avant le tour­nage, sur­tout entre "ravis­seurs" et "otages" pour que la sur­prise soit totale, mêlant aussi sur le pla­teau acteurs et non-professionnels, ser­pents, arai­gnées et fourmis.

"Un jour, Isabelle m'a même demandé si les ravis­seurs étaient de vrais Abou Sayyaf", dit-il en souriant.

"On était jeté dans cette situa­tion, sans repères, sans savoir ce qui allait se pas­ser", reprend Isabelle Huppert qui avoue avoir eu "peur", par­fois, au son "des balles qui nous sif­flaient sur la tête."

Dans son tra­vail, explique-t-elle, elle cherche moins le per­son­nage ou son rôle qu'à res­sen­tir "un état : la faim, l'épuisement, le déses­poir. Un rôle c'est abs­trait, c'est la sen­sa­tion qui compte".

Cette femme épui­sée, fluette, mais de moins en moins déses­pé­rée et de plus en plus com­ba­tive qu'elle incarne, fait son­ger à l'ex-otage Ingrid Betancourt res­tée six ans et demi durant pri­son­nière, dans la jungle, de la gué­rilla colom­bienne des FARC.

Bien qu'elle n'ait pas pro­noncé son nom au cours de la confé­rence de presse, les notes de pro­duc­tion confirment d'ailleurs que l'actrice lisait, pen­dant le tour­nage, le livre-témoignage d'Ingrid Betancourt — figure contro­ver­sée depuis sa libé­ra­tion en juin 2008.

Pour Brillante Mendoza, Meilleur réa­li­sa­teur à Cannes en 2009 pour "Kinatay" (Isabelle Huppert pré­si­dait alors le jury et leur ren­contre date de là), le métier de cinéaste impose, "en tant qu'artiste, d'être atten­tif à ce qui se passe autour de nous. Nous avons la res­pon­sa­bi­lité de racon­ter toutes ces his­toires, sans jamais prendre parti" estime-t-il.

Le groupe Abou Sayyaf réclame notam­ment l'indépendance de l'île de Mindanao, dans le sud de l'archipel phi­lip­pin, même si plu­sieurs opé­ra­tions ont sem­blé rele­ver du seul ban­di­tisme et de l'appât du gain.


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.