11.02.2012

Syrie: face au blocage sur une intervention internationale, faut-il armer l'opposition?

La para­ly­sie de l'ONU et le refus de toute inter­ven­tion mili­taire obligent les pays qui réclament la fin de la répres­sion à envi­sa­ger un scé­na­rio déjà vu en Libye: la livrai­son d'armes aux rebelles et la recon­nais­sance de l'opposition comme seule interlocutrice.

Depuis le blo­cage de Moscou et Pékin au Conseil de sécu­rité et l'intensification du pilon­nage de Homs, épicentre de la contes­ta­tion, les appels à venir en aide aux rebelles syriens se mul­ti­plient en Syrie et parmi les oppo­sants en exil.

Le Conseil natio­nal syrien (CNS), qui regroupe la majeure par­tie des oppo­sants, et l'Armée syrienne libre, qui reven­dique 40.000 sol­dats ayant fait défec­tion, appellent hommes d'affaires syriens et arabes à finan­cer les opé­ra­tions menées par les rebelles contre le régime de Bachar al-Assad.

Mais cer­tains rebelles demandent plus encore. "Les effec­tifs, nous les avons, il nous manque juste les armes", a déclaré cette semaine un com­man­dant de l'Armée syrienne libre (ASL) qui s'est sim­ple­ment iden­ti­fié comme étant Mohammed.

"Nous vou­lons un sou­tien mili­taire. Nous avons besoin de maté­riel", a-t-il déclaré lors d'une confé­rence orga­ni­sée près de Damas et dif­fu­sée via internet.

Selon le ministre ira­kien adjoint de l'Intérieur Adnane al-Assadi, des armes sont déjà ache­mi­nées en contre­bande à l'opposition à par­tir de l'Irak.

"Les armes sont trans­por­tées de Bagdad à la pro­vince de Ninive (nord). Elles partent ensuite de Mossoul (capi­tale de la pro­vince) en Syrie par le pas­sage de Rabiya (nord-ouest) car ce sont les mêmes familles qui vivent des deux côtes de la fron­tière", a-t-il déclaré samedi à l'AFP.

De son côté, le séna­teur amé­ri­cain John McCain a appelé les Etats-Unis à envi­sa­ger d'armer l'opposition. "Nous devrions com­men­cer à envi­sa­ger toutes les options, y com­pris celle consis­tant à armer l'opposition. Le bain de sang doit ces­ser", a-t-il lancé.

Dans le même temps, CNN révé­lait que le Pentagone et le Centcom, le com­man­de­ment mili­taire amé­ri­cain chargé du Moyen Orient et de l'Asie cen­trale, pro­cé­daient à un "pas­sage en revue pré­li­mi­naire des capa­ci­tés mili­taires amé­ri­caines" pour se tenir prêts à tout scénario.

"Dans ce genre d'analyse, les mili­taires étudient géné­ra­le­ment toutes les options, de l'aide huma­ni­taire, du sou­tien aux groupes de l'opposition, ainsi que des frappes mili­taires, même si ces der­nières sont peu vrai­sem­blables", estime CNN.

Pour cer­tains membres du CNS, il est tou­te­fois trop tôt pour deman­der des armes.

"On peut deman­der de l'argent, deman­der de l'aide logis­tique. Demander des armes ? Pourquoi pas. Mais avant cela, il faut sur­tout obte­nir la fin des livrai­sons d'armes russes, chi­noises et ira­niennes au régime", estime Imad Houssari, membre du CNS et égale­ment porte-parole des Comités locaux de coor­di­na­tion (LCC) qui orga­nisent le mou­ve­ment en Syrie.

Pour sa part, le Qatar, qui s'est imposé sur la scène inter­na­tio­nale à la faveur de la guerre en Libye, réflé­chit aux moyens d'aider les rebelles tout en pour­sui­vant ses efforts diplo­ma­tiques, notam­ment au sein du Conseil de coopé­ra­tion du Golfe (CCG).

L'émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, s'est dit favo­rable à l'envoi de troupes arabes en Syrie afin de "mettre fin à la tue­rie". Après le double veto sino-russe, il pour­rait se résoudre à finan­cer et armer les rebelles, voire à envoyer des ins­truc­teurs pour prê­ter main forte à l'ASL.

Mais c'est dans le domaine de la recon­nais­sance du CNS, un conseil com­posé d'islamistes, de natio­na­listes, de libé­raux et d'indépendants, adoubé par les Frères musul­mans majo­ri­taires, que le Qatar pour­rait concen­trer ses efforts dans un pre­mier temps.

"Nous avons des assu­rances qu'une recon­nais­sance arabe (du CNS) inter­vien­dra dans un proche ave­nir", a déclaré à l'AFP Ahmed Ramadan, membre du comité exé­cu­tif du Conseil, qui a achevé tard dans la nuit une réunion de deux jours dans la capi­tale du Qatar.

Le CNS attend beau­coup des réunions dimanche au Caire de la Ligue arabe et du CCG. A l'heure actuelle, seule la Libye recon­naît le CNS comme seul inter­lo­cu­teur légi­time en Syrie.


 

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