11.02.2012

Syrie: attentats à la voiture piégée à Alep, 72 morts dans le pays

Deux atten­tats à la voi­ture pié­gée ont secoué ven­dredi Alep, la deuxième ville de Syrie, au moment où les chars de l'armée péné­traient dans la région rebelle de Homs dévas­tée par une semaine de bom­bar­de­ments inten­sifs, des vio­lences qui ont fait 72 morts dans tout le pays.

Selon les auto­ri­tés, les atten­tats d'Alep (nord) ont fait 28 morts et 235 blessés.

Et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 44 autres per­sonnes ont été tuées dans la jour­née: 28 civils sous les tirs des forces de sécu­rité, essen­tiel­le­ment à Homs (centre) et à Alep, ainsi que neuf sol­dats de l'armée régu­lière et sept déser­teurs dans des affron­te­ments à tra­vers le pays.

Les atten­tats d'Alep sont sur­ve­nus au moment où des pro­tes­ta­taires se ras­sem­blaient dans plu­sieurs villes syriennes pour dénon­cer le veto russe il y a près d'une semaine à une réso­lu­tion de l'ONU condam­nant la répres­sion qui a fait selon les mili­tants plus de 6.000 morts en près de 11 mois.

Des mani­fes­ta­tions ont eu lieu à Hama (centre), Idleb (nord-ouest), Damas et même dans cer­tains quar­tiers de Homs, a déclaré à l'AFP le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, basé au Royaume-Uni.

Mais les défi­lés ont un peu baissé d'intensité "en rai­son du déploie­ment en masse" des troupes et des forces de sécu­rité pour empê­cher les mani­fes­ta­tions, a-t-il souligné.

A Alep, pou­mon écono­mique du pays rela­ti­ve­ment épar­gnée par la contes­ta­tion, deux atten­tats à la voi­ture pié­gée ont visé le siège des ren­sei­gne­ments mili­taires et le QG des forces de l'ordre.

La télé­vi­sion offi­cielle a mon­tré le cra­tère et les dégâts pro­vo­qués par l'explosion ainsi que des secou­ristes récu­pé­rant des restes humains sous les décombres. "C'est ça la liberté qu'ils reven­diquent", criait l'un d'eux en bran­dis­sant un bras en lam­beaux, en réfé­rence aux opposants.

Le pou­voir syrien a imputé ces deux atten­tats, les pre­miers du genre à frap­per Alep, à des "gangs ter­ro­ristes" qu'il accuse d'être der­rière les vio­lences depuis le début mi-mars 2011 de la révolte popu­laire contre le régime du pré­sident Bachar al-Assad.

Dans un cour­rier adressé à l'ONU et à la Ligue arabe, le minis­tère syrien des Affaires étran­gères a égale­ment accusé "des pays arabes et occi­den­taux", sans les nom­mer, d'avoir sou­tenu les auteurs du double attentat.

Mais l'opposition a pointé le régime du doigt: "Le régime cri­mi­nel tue nos enfants à Homs et mène des attaques à Alep pour détour­ner l'attention de ce qu'il fait à Homs", a insisté le colo­nel Maher Nouaïmi, porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL), qui ras­semble des mil­liers de sol­dats déserteurs).

Le secré­taire géné­ral de l'ONU Ban Ki-moon a "condamné fer­me­ment" ven­dredi les atten­tats à la voi­ture pié­gée qui ont visé les forces de sécu­rité syriennes à Alep et "réaf­firmé que toute vio­lence est inac­cep­table et doit ces­ser immé­dia­te­ment d'où qu'elle vienne".

En décembre et en jan­vier, des atten­tats sui­cide avaient tou­ché Damas, fai­sant quelque 70 morts. Là aussi, le régime et l'opposition s'étaient mutuel­le­ment accusés.

A Homs, sur­nom­mée la "capi­tale de la révo­lu­tion", des chars ont pris d'assaut le quar­tier Inchaat, que les sol­dats ratis­saient mai­son par mai­son. Le bilan de ven­dredi s'élève encore à 11 tués, ainsi que cinq bles­sés des jours pré­cé­dents ayant suc­combé, selon l'OSDH.

Selon les mili­tants, plus de 450 per­sonnes ont péri à Homs depuis le début de l'offensive le 4 février.

L'ambassadeur amé­ri­cain en Syrie et le dépar­te­ment d'Etat ont de leurs côtés publié sur inter­net des pho­tos prises par satel­lite qu'ils pré­sentent comme autant de preuves que l'armée syrienne conduit des opé­ra­tions "d'envergure" contre les civils, notam­ment dans la ville de Homs.

S'exprimant sur Radio Vatican, le nonce (ambas­sa­deur du Saint-Siège) en Syrie, Mgr Mario Zenari, a pour sa part estimé que les chré­tiens, qui repré­sentent 7,5% des 20 mil­lions de Syriens, pour­raient jouer un rôle de "pont" entre les pro­ta­go­nistes du conflit, car ils ont jusqu'à pré­sent été "respectés".

Selon des sources diplo­ma­tiques, les pays de la Ligue arabe qui se retrouvent dimanche au Caire pour­raient prendre des déci­sions impor­tantes sur la Syrie, avec la créa­tion d'un groupe des "Amis de la Syrie" et la dési­gna­tion d'un envoyé spé­cial dans le pays.

Des membres du Conseil natio­nal syrien (CNS), prin­ci­pale coa­li­tion de l'opposition, ont aussi assuré que cer­tains pays du Golfe étaient prêts à recon­naître le CNS comme auto­rité légi­time en Syrie. La Libye est le seul pays à l'avoir fait pour l'instant.

L'UE de son côté va ren­for­cer fin février ses sanc­tions contre Damas: embargo sur les expor­ta­tions syriennes de phos­phate, gel des avoirs de la banque cen­trale et inter­dic­tion du com­merce des dia­mants et métaux pré­cieux, selon des diplomates.

A Doha, des cen­taines de per­sonnes ont par­ti­cipé à un ras­sem­ble­ment en sou­tien à la révolte syrienne à l'appel de l'Union inter­na­tio­nale des oulé­mas (UIO), qui a récolté des fonds pour l'opposition, appe­lant à une inter­ven­tion mili­taire arabe en Syrie.

A Genève, le Haut com­mis­sa­riat de l'ONU aux droits de l'Homme a estimé que le Conseil de sécu­rité devait sai­sir la Cour pénale inter­na­tio­nale (CPI), rap­pe­lant qu'une com­mis­sion d'enquête des Nations unies avait conclu que des crimes contre l'humanité ont eu lieu depuis mars 2011 en Syrie.


 

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