11.02.2012

Naïma Benazzouz, une femme de Sarcelles aux fourneaux de Matignon

Elle assure avoir "réa­lisé un rêve", dont elle savoure chaque jour les déve­lop­pe­ments: après des années de chô­mage, Naïma Benazzouz a inté­gré les pres­ti­gieuses cui­sines de Matignon, grâce à une for­ma­tion d'un an par­rai­née par le chef Alain Ducasse.

"J'ai tou­jours adoré cui­si­ner. Mais pour être hon­nête, je n'aurais jamais ima­giné tra­vailler dans le monde de la haute gas­tro­no­mie, encore moins chez le Premier ministre", s'amuse cette mère de famille de Sarcelles (Val-d'Oise), sou­riante et volubile.

Chaque matin, depuis sep­tembre, cette petite brune de 36 ans quitte pour­tant son appar­te­ment du quar­tier popu­laire de Chantepie pour enfi­ler son tablier rue de Varenne, dans le chic VIIe arron­dis­se­ment de Paris, où se trouve le siège du gou­ver­ne­ment de François Fillon.

A l'origine de cette embauche: le pro­jet "femmes en ave­nir", cha­peauté par Alain Ducasse, pour per­mettre à quinze femmes sar­cel­loises, pour la plu­part sans emploi, de suivre un CAP à l'Institut des métiers de l'artisanat (IMA) de Villiers-le-Bel (Val-d'Oise).

"Un cadeau tombé du ciel", assure Naïma Benazzouz, mère de trois enfants de 5, 7 et 10 ans. Arrivée en France à l'âge de 23 ans, avec en poche un Deug d'économie, cette Marocaine d'origine, née dans la région de Marrakech, s'est long­temps heur­tée à des dif­fi­cul­tés pour trou­ver sa place dans le monde du travail.

"Mon bac était reconnu, mais pas mon Deug. J'ai fait une for­ma­tion en ges­tion, mais avec la nais­sance de mes enfants, je me suis vite retrou­vée sur la touche", raconte la tren­te­naire, qui recon­naît s'être sen­tie "découragée".

En avril 2010, tout bas­cule fina­le­ment. Informée du pro­jet de Ducasse par l'Association for­ma­tion emploi (AFE), Naïma pos­tule sans hési­ter. "Le recru­te­ment était basé sur la moti­va­tion", explique-t-elle. "Pour une fois, être une femme avec enfants et habi­ter Sarcelles n'était plus un handicap".

Retenue parmi 84 can­di­dates, elle effec­tue sa for­ma­tion, en alter­nance, dans un res­tau­rant gas­tro­no­mique situé près des Champs-Elysées, le "Spoon". Un endroit fré­quenté par de nom­breux acteurs et stars du show­biz, dont elle intègre rapi­de­ment les codes et le fonctionnement.

Son inves­tis­se­ment lui vaut d'être remar­quée. "Elle était la meilleure élève de sa pro­mo­tion, très appli­quée", recon­naît Patrick Margery, maître cui­si­nier de France et ensei­gnant à l'IMA de Villiers-le-Bel.

Quelques semaines seule­ment après l'obtention de son diplôme, à l'été 2011, l'ancienne mère au foyer est contac­tée par Matignon. "Ils avaient eu mon numéro par Alain Ducasse. J'ai dit oui, évidem­ment!", sou­rit la cuisinière.

Un choix qu'elle dit ne pas regret­ter "une seule seconde", mal­gré la "pres­sion" liée à son nou­veau lieu de tra­vail. "Au début, j'étais un peu per­due. Mais mes col­lègues m'ont rapi­de­ment prise sous leur aile", raconte Naïma, qui se réjouit d'apprendre "chaque jour de nou­velles choses".

Entrées, viandes, pois­sons, pâtis­se­ries, entre­mets... "A l'origine, je ne connais­sais que la cui­sine maro­caine. Aujourd'hui, je connais tous les grands clas­siques de la cui­sine gas­tro­no­mique", s'enthousiasme-t-elle.

Les dif­fi­cul­tés d'organisation dues à son nou­vel emploi du temps? "Je m'en sors. Le tout, c'est de ne pas pani­quer", sou­rit la mère de famille, qui explique être "plei­ne­ment sou­te­nue" par son mari et ses enfants.

Ces der­niers y trouvent au demeu­rant leur compte. "A la mai­son, j'essaie de refaire tous les plats que j'ai appris au tra­vail", explique Naïma. "Ma nou­velle spé­cia­lité, c'est le moel­leux au cho­co­lat. Mes enfants sont deve­nus com­plè­te­ment accros!"


 

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