11.02.2012

Aux portes de Damas, Douma porte les traces des assauts successifs

Rues quasi-désertes, lignes télé­pho­niques cou­pées, murs recou­verts de slo­gans hos­tiles au régime: la ville de Douma, aux portes de Damas, garde les traces de la révolte répri­mée par les forces du régime.

De part et d'autre de l'autoroute reliant Harasta à Douma, des chars et des blin­dés de l'armée, pré­sents en force depuis deux semaines, sta­tionnent en per­ma­nence près des postes de contrôle et des nom­breux camps mili­taires impro­vi­sés qui encerclent la région.

A bord de son taxi, Seif lance un regard ner­veux vers les sol­dats bar­ri­ca­dés der­rière de nom­breux sacs de sables, tout en réci­tant une prière.

"C'est para­doxal. Le gou­ver­ne­ment a décidé de lever l'état d'urgence en avril, mais depuis on vit sous la coupe de l'armée et des forces de sécu­rité", s'exclame-t-il.

L'état d'urgence était en vigueur depuis près de 50 ans dans le pays, et sa levée figu­rait en tête des reven­di­ca­tions des mani­fes­tants au début de la révolte. Mais elle n'a pas empê­ché le régime de pour­suivre la répres­sion contre les oppo­sants qui réclament désor­mais sa chute.

Située à une dizaine de kilo­mètres de la capi­tale syrienne, Douma et ses 100.000 habi­tants vivent par inter­mit­tence au rythme des grèves, des mani­fes­ta­tions et des assauts suc­ces­sifs des dis­si­dents et de l'armée.

Les rues étri­quées de la ville portent les traces d'une révolte qui semble loin de s'éteindre. Les murs, les façades des bâti­ments publics et les mos­quées sont cou­verts de graf­fi­tis et de slo­gans hos­tiles au régime du pré­sident Bachar al-Assad.

"A bas le régime de Bachar al-Assad", "Allah est le plus grand", pro­clament les mes­sages. Au pied du mina­ret de la Grande mos­quée, siège des prin­ci­pales mani­fes­ta­tions, les oppo­sants ont peint un dra­peau de l'indépendance, devenu le sym­bole de la révolte.

Le 21 jan­vier, des dis­si­dents avaient briè­ve­ment pris le contrôle de Douma, au prix de vio­lents com­bats avec les forces de sécu­rité, avant de s'en reti­rer. La ville est ensuite tom­bée aux mains de l'armée.

Aux postes de contrôle autour de la ville, les sol­dats véri­fient chaque iden­tité et fouillent les camions. Et dans la ville même, des membres des forces de sécu­rité en civil sur­veillent dis­crè­te­ment les rues.

Depuis que l'armée a mis Douma en état de siège, les rues sont quasi-désertes et plus de la moi­tié des com­merces sont fer­més, sou­vent pour cause de grève. Les lignes télé­pho­niques sont cou­pées, de même que le réseau mobile et les connexions internet.

Sur la place cen­trale, les dra­peaux syriens et les slo­gans du parti Baas au pou­voir cachent mal l'ambiance cris­pée. Le bâti­ment de la muni­ci­pa­lité a été brûlé.

Mohammad, ingé­nieur employé à Damas, a dû quit­ter Douma avec sa femme et ses deux enfants pour s'installer chez ses parents dans la capi­tale: "Depuis que l'armée a pris la région, tous les accès menant à Douma sont spo­ra­di­que­ment fer­més à la cir­cu­la­tion et il est par­fois impos­sible d'entrer ou de sor­tir de la ville".

Il explique avoir pré­féré mettre sa famille à l'abri, après avoir subi à plu­sieurs reprise des "assauts des Comités de coor­di­na­tion (oppo­sants), de l'armée gou­ver­ne­men­tale et des voyous qui pro­fitent du chaos pour piller".

Dans cette ville très conser­va­trice, quelques rares femmes por­tant le niqab (voile isla­mique inté­gral) s'aventurent dans le souk de la vieille ville.

Samir, com­mer­çant damas­cène qui connaît bien Douma, remonte aux causes du sou­lè­ve­ment: des sai­sies de terre par l'Etat, "la libé­ra­li­sa­tion de l'économie qui a creusé l'écart entre riches et pauvres ainsi que des ran­cunes héri­tées du temps où le pou­voir a réprimé la gué­rilla isla­miste, ont créé un sen­ti­ment d'indignation, aggravé aujourd'hui par la répres­sion sanglante".

Les habi­tants de Douma "sont prêts à redes­cendre dans la rue dès que les forces s'en seront reti­rées", affirme Seif.


 

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