11.02.2012

"Au Pays du Sang et du Miel", Angelina Jolie dans l'enfer bosniaque

Pour son pre­mier film de réa­li­sa­trice, la star amé­ri­caine Angelina Jolie a choisi de racon­ter la guerre à Sarajevo avec un cas­ting entiè­re­ment local, qui a dû par­fois revivre les ter­ribles réa­li­tés du conflit.

Bien qu'il suive les amours com­plexes et for­cé­ment mal­heu­reuses d'un couple mixte au coeur du conflit bos­nien, "Au pays du sang et du miel", pré­senté samedi à Berlin en séance spé­ciale, est à mille lieues de la "roman­tic comedy": on y res­pire la poudre, la ter­reur, la dou­leur et l'humiliation constante des vic­times, sin­gu­liè­re­ment des femmes.

Car Angelina Jolie n'édulcore rien des réa­li­tés de cette guerre abo­mi­nable de 1992 à fin 1995 sur les décombres de l'ex-Yougoslavie, mar­quée par les opé­ra­tions de "puri­fi­ca­tion eth­nique" et les viols systématiques.

"La guerre n'a rien de roman­tique ni de sen­ti­men­tal: ce film est réel­le­ment violent et bru­ta­le­ment hon­nête", résume l'actrice prin­ci­pale Zana Marjanovic dans un entre­tien à quelques médias dont l'AFP.

"Quand j'ai passé les audi­tions, je n'avais aucune idée de qui était der­rière ce pro­jet; à la lec­ture du script, je pen­sais à des Bosniaques, ou des étran­gers ayant vécu en Bosnie", se sou­vient la jeune femme qui avait 8 ans quand la guerre a éclaté à Sarajevo.

Elle est à l'écran une jeune peintre, Ajla, jetée dans un camp de femmes gardé par les com­bat­tants serbes parmi les­quels elle retrouve Danijel, son flirt d'avant-guerre.

Les conflits com­mu­nau­taires n'encouragent pas les amours trans­ver­sales et le jeune sol­dat est déchiré entre la loyauté à sa com­mu­nauté et son pro­fond malaise face aux exac­tions des siens, ordon­nées par son père général.

Goran Kostic, qui incarne ce jeune sol­dat tour­menté, est né et a grandi en Bosnie dans une famille de mili­taires serbes. Il venait de s'installer à Londres quand le conflit a éclaté. "A l'époque, j'ai eu cette option de ne pas choi­sir", explique-t-il au côté de sa partenaire.

"Faire ce film, c'était pour moi prendre ma part du conflit", recon­naître que les "Musulmans de Bosnie ont souf­fert à cause de notre stu­pi­dité et faire face à cet héri­tage", com­plète l'acteur vu dans des séries comme "Band of Brothers" ou "MI-5" (Spooks).

"C'est un film pour les braves: ce n'était pas facile de le faire", ajoute-t-il.

"Goran s'excusait avant et après chaque scène" rap­porte Zara Marjanovic qui avoue avoir expé­ri­menté sur le tour­nage "tous les niveaux et toutes les nuances de la peur".

Pendant la guerre, se souvient-elle, "la peur n'arrivait pas tant quand les choses se pro­dui­saient vrai­ment, mais plu­tôt quand on les atten­dait, qu'on les anti­ci­pait en guet­tant les camions qui s'arrêtent, les pas dans l'escalier".

Angelina Jolie se sou­vient égale­ment d'un "tour­nage sou­vent très incon­for­table pour tout le monde, sur­tout pour les hommes qui devaient jouer les agresseurs".

"Mais la pire scène pour moi, c'est quand des sol­dats demandent en se moquant à trois vieilles femmes de se désha­biller et de dan­ser nues. Jamais vous n'imaginez devoir deman­der ça à quelqu'un, j'étais effroya­ble­ment mal à l'aise".

"Pourtant j'y tenais, car c'est une scène qu'une femme m'a racon­tée et elle en était encore bou­le­ver­sée en l'évoquant", ajoute la réalisatrice.

Angelina Jolie n'est pas à Berlin que pour le tapis rouge: ambas­sa­drice de bonne volonté pour l'ONU auprès des réfu­giés, elle a été reçue ven­dredi soir par le ministre alle­mand des Affaires étran­gères Guido Westerwelle et devait par­ti­ci­per samedi soir, après la pro­jec­tion, à un débat avec le public au côté de la réa­li­sa­trice bos­niaque Jasmila Zbanic, Ours d'Or à la Berlinale 2006 pour "Grbavica — The Land of My Dreams".

"Au Pays du Sang et du Miel" sort le 22 février en France et pro­gres­si­ve­ment dans toute l'Europe d'ici début mars.


 

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