Eva Joly : une refondation de la formation et la création de 20 000 postes pour les enseignants

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, VousNousIls.fr sollicite les principaux candidats pour mieux connaître leur projet pour l’école. Entretien avec l’ancienne magistrate Eva Joly, candidate écologiste d’Europe Ecologie-Les Verts.

Vous souhaitez un nouveau « pacte » entre les Français et leur école : de quoi s’agit-il ?

Il s’agit de mettre les choses à plat : l’école a à la fois besoin de moyens, que la politique de la droite a supprimés de façon aveugle, et de changer, ce qui requiert une mobilisation de tous. Ce nouveau pacte doit s’asseoir à la fois sur la restauration des moyens de l’éducation, en faveur de la formation, du nombre de postes et des banlieues, tout en étant accompagné d’une réforme des méthodes pédagogiques que nous mènerons avec les enseignants, les syndicats, les associations de parents d’élèves, les mouvements pédagogiques. A travers une grande concertation, elle devra encourager les innovations pédagogiques, l’autonomie des équipes, une présence renforcée dans les écoles.

Des programmes impossibles à tenir, des rythmes scolaires trop intenses et des évaluations toujours plus précoces… Autant de griefs des enseignants. Faut-il changer de modèle scolaire ?

Le modèle scolaire français est fondé sur une tradition centralisatrice, l’habitude étant de se fier systématiquement à ce qui se dit au sommet, dans les moindres détails. Les programmes, les horaires, la logique qui veut qu’un professeur enseigne une matière à une classe pendant une heure pour que les élèves obtiennent des notes afin de passer dans la classe supérieure, ne semblent pas pouvoir changer. Or ces caractéristiques ne sont plus adaptées aux enjeux du XXIe siècle, à l’heure où il faudrait reconnaître que l’hétérogénéité est devenue une donnée fondamentale de l’acte pédagogique.

Êtes-vous favorable à la recréation de 60 000 postes sur la durée du mandat, projet défendu par le PS ?

Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux est une politique à courte vue qui, en particulier dans l’éducation nationale, compromet l’avenir. Les choix budgétaires du gouvernement ont détruit tout ce qui touchait des publics spécifiques : le budget 2011 a vu baisser de 5 % les crédits consacrés à la scolarisation des enfants à besoins éducatifs particuliers. Ces choix ont aussi sacrifié la formation des enseignants. On touche maintenant le noyau dur de l’enseignement : dans l’académie de Rouen, un collège du Réseau Ambition Réussite vient de changer son mobilier pour pouvoir mettre 27 élèves dans des salles prévues pour 20. Je propose de revenir sur cette aberration pour recréer rapidement 20 000 postes, dès 2012, pour renforcer l’accompagnement des enfants les plus en difficulté et répondre aux besoins de formation des enseignants. Les périodes de crise n’empêchent pas de réaliser des choix politiques forts. C’est l’esprit de ma démarche, dont j’ai exposé le financement à travers mon contre-budget.

Que proposez-vous pour lutter contre l’échec scolaire et réduire les inégalités ?

La faillite du système scolaire est criante lorsqu’il aggrave plus qu’il ne supprime les injustices. Plutôt que de fragmenter et diviser, comme le fait le gouvernement, je veux remettre l’école au centre du combat pour l’égalité. D’abord à travers la création d’un grand Ministère de l’Egalité territoriale, pour assurer l’égal accès aux services publics, en particulier à l’éducation. Dès le début du quinquennat, je veux également réunir des Etats Généraux de l’Education, avec la même obsession : l’égalité. Nous mettrons sur la table la question de la carte scolaire, de la répartition des moyens sur le territoire, de l’affectation des jeunes enseignants. Plutôt que défaire le collège unique, je défends l’idée d’une école fondamentale accueillant toute une classe d’âge jusqu’à 16 ans sans sélection ni orientation. De 16 à 25 ans, je veux que chacun puisse facilement interrompre ou reprendre son parcours. Les jeunes Français sont parmi les plus stressés du monde : ce stress est lié à l’absence de droit à l’erreur. Je veux donner le droit à l’erreur, le droit de rater, le droit de recommencer. Je veux donner le droit de partir, de travailler, de vivre une expérience personnelle grâce à l’éducation populaire, et de revenir.

Faut-il aller plus loin et commencer plus tôt l’éducation à l’environnement et au développement durable ? Comment faire ?

L’éducation à l’environnement et au développement durable est le type même d’enseignement mal adapté à notre système éducatif. Largement investi par le monde de l’éducation populaire, il peine à trouver sa place à l’école, comme toutes les « éducations à » qui entrent mal dans le cadre des enseignements disciplinaires. Résoudre ce problème impose de rédiger les programmes scolaires en les définissant par leurs finalités, en laissant aux équipes pédagogiques la possibilité de définir les contenus d’enseignement, les modes de regroupement et les horaires qui permettront d’atteindre ces objectifs nationaux. Je souhaite, en complément, instaurer dès 2012 une sortie annuelle pour chaque enfant.

Le métier d’enseignant attire moins que par le passé, la formation a été très critiquée : comment susciter un nouvel élan ?

Il faut que le métier enseignant redevienne attractif, grâce à une formation initiale et continue refondée et à une véritable reconnaissance de la compétence de ceux qui l’exercent : au lieu d’être déresponsabilisés par des instructions et des programmes infantilisants, les enseignants doivent retrouver la maîtrise de leur métier. La suppression de la formation des enseignants est un scandale absolu. Plus que jamais, les enseignants doivent bénéficier d’une véritable formation initiale et continue. Celle-ci peut être menée par les universités, mais dans le cadre de masters recrutant sur concours et permettant un contact avec la recherche, dans la discipline étudiée mais aussi, obligatoirement, en éducation. Ce travail doit s’appuyer sur une connaissance approfondie du terrain, grâce à des stages d’observation et de pratique.

En ce qui concerne la petite enfance, la France manque de crèches : que proposez-vous ?

Un service public de la petite enfance, appuyé notamment sur le tissu associatif, doit être mis en place. La mise en place d’un dispositif massif d’ouverture de places d’accueil en crèches est un point clé : je prévoie d’en créer 400 000 sur la durée du quinquennat.

Quel plan d’actions pour améliorer l’enseignement supérieur et réduire le taux d’échec des premiers cycles ?

L’accès ouvert au supérieur est un pilier du droit à la formation pour tous. Mais il ne peut plus se résumer à la libre entrée à l’université, alors que c’est une voie de formation exigeante et supposant une forte autonomie méthodologique. Davantage de bacheliers techniques et professionnels doivent pouvoir trouver une place en IUT et BTS, si nécessaire via un système de quota. L’accompagnement à l’entrée des universités doit être personnalisé, sous forme de stages de pré-rentrée ou même de semestre ou d’année de mise à niveau. Et des moyens réels, notamment humains, doivent être mis en œuvre pour permettre de véritables améliorations de la pédagogie universitaire, là où les « plans licence » du gouvernement ne permettaient que des expérimentations sans lendemain.

La dimension sociale ne doit pas être oubliée. L’entrée dans le supérieur s’accompagne très souvent du départ du domicile familial et/ou de l’obligation de subvenir à ses besoins, ce qui conduit nombre d’étudiants à prendre une activité professionnelle, laquelle pèse sur leurs conditions d’études. Le système de bourses d’études doit donc être rendu plus généreux et évoluer progressivement vers un revenu d’autonomie, et le logement étudiant fortement développé : nous fixons un objectif de 10 000 nouveaux logements par an.

Reviendrez-vous sur l’autonomie des universités et sur la loi relative aux libertés et responsabilités des universités ?

Il faut organiser l’autonomie des étudiants et des universitaires, là où la LRU n’a mis en place que l’autonomie des présidents d’université. Dès l’été 2012, des Etats Généraux de l’enseignement supérieur et de la recherche seront lancés, avec l’objectif de proposer une loi remplaçant la LRU avant l’été suivant. Une telle loi ne se limitera pas à remettre la démocratie au cœur du fonctionnement des universités : elle devra faire avancer le rapprochement avec les grandes écoles et intègrera une programmation budgétaire.

Si vous accédez au pouvoir en 2012, quelles mesures d’urgence prendrez-vous pour l’école ?

Trois chantiers doivent absolument être ouverts avant l’automne 2012 : la refondation de la formation des enseignants, la création des 20 000 postes, et le lancement des Etats généraux de l’école fondamentale, afin de mobiliser la société pour imaginer l’école de demain et surtout mettre l’accent sur l’égalité.

Charles Centofanti

1 commentaire sur "Eva Joly : une refondation de la formation et la création de 20 000 postes pour les enseignants"

  1. rsamuel  10 février 2012 à 15 h 20 min

    Rien de nouveau. Des crèches…des crèches…
    Le système va continuer à fabriquer des maldanleurpo…et des malades graves, et des jeunes délinquants, et des violeurs, et des tyrans domestiques, et des tueurs en série, et des dictateurs etc…Signaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous