10.02.2012
1 réaction

Eva Joly : une refondation de la formation et la création de 20 000 postes pour les enseignants

Dans la pers­pec­tive de l'élection pré­si­den­tielle de 2012, VousNousIls.fr sol­li­cite les prin­ci­paux can­di­dats pour mieux connaître leur pro­jet pour l'école. Entretien avec l'ancienne magis­trate Eva Joly, can­di­date écolo­giste d'Europe Ecologie-Les Verts.

Vous sou­hai­tez un nou­veau "pacte" entre les Français et leur école : de quoi s'agit-il ?

Il s'agit de mettre les choses à plat : l'école a à la fois besoin de moyens, que la poli­tique de la droite a sup­pri­més de façon aveugle, et de chan­ger, ce qui requiert une mobi­li­sa­tion de tous. Ce nou­veau pacte doit s'asseoir à la fois sur la res­tau­ra­tion des moyens de l'éducation, en faveur de la for­ma­tion, du nombre de postes et des ban­lieues, tout en étant accom­pa­gné d'une réforme des méthodes péda­go­giques que nous mène­rons avec les ensei­gnants, les syn­di­cats, les asso­cia­tions de parents d'élèves, les mou­ve­ments péda­go­giques. A tra­vers une grande concer­ta­tion, elle devra encou­ra­ger les inno­va­tions péda­go­giques, l'autonomie des équipes, une pré­sence ren­for­cée dans les écoles.

Des pro­grammes impos­sibles à tenir, des rythmes sco­laires trop intenses et des évalua­tions tou­jours plus pré­coces... Autant de griefs des ensei­gnants. Faut-il chan­ger de modèle scolaire ?

Le modèle sco­laire fran­çais est fondé sur une tra­di­tion cen­tra­li­sa­trice, l'habitude étant de se fier sys­té­ma­ti­que­ment à ce qui se dit au som­met, dans les moindres détails. Les pro­grammes, les horaires, la logique qui veut qu'un pro­fes­seur enseigne une matière à une classe pen­dant une heure pour que les élèves obtiennent des notes afin de pas­ser dans la classe supé­rieure, ne semblent pas pou­voir chan­ger. Or ces carac­té­ris­tiques ne sont plus adap­tées aux enjeux du XXIe siècle, à l'heure où il fau­drait recon­naître que l'hétérogénéité est deve­nue une don­née fon­da­men­tale de l'acte pédagogique.

Êtes-vous favo­rable à la recréa­tion de 60 000 postes sur la durée du man­dat, pro­jet défendu par le PS ?

Le non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux est une poli­tique à courte vue qui, en par­ti­cu­lier dans l'éducation natio­nale, com­pro­met l'avenir. Les choix bud­gé­taires du gou­ver­ne­ment ont détruit tout ce qui tou­chait des publics spé­ci­fiques : le bud­get 2011 a vu bais­ser de 5 % les cré­dits consa­crés à la sco­la­ri­sa­tion des enfants à besoins éduca­tifs par­ti­cu­liers. Ces choix ont aussi sacri­fié la for­ma­tion des ensei­gnants. On touche main­te­nant le noyau dur de l'enseignement : dans l'académie de Rouen, un col­lège du Réseau Ambition Réussite vient de chan­ger son mobi­lier pour pou­voir mettre 27 élèves dans des salles pré­vues pour 20. Je pro­pose de reve­nir sur cette aber­ra­tion pour recréer rapi­de­ment 20 000 postes, dès 2012, pour ren­for­cer l'accompagnement des enfants les plus en dif­fi­culté et répondre aux besoins de for­ma­tion des ensei­gnants. Les périodes de crise n'empêchent pas de réa­li­ser des choix poli­tiques forts. C'est l'esprit de ma démarche, dont j'ai exposé le finan­ce­ment à tra­vers mon contre-budget.

Que proposez-vous pour lut­ter contre l'échec sco­laire et réduire les inégalités ?

La faillite du sys­tème sco­laire est criante lorsqu'il aggrave plus qu'il ne sup­prime les injus­tices. Plutôt que de frag­men­ter et divi­ser, comme le fait le gou­ver­ne­ment, je veux remettre l'école au centre du com­bat pour l'égalité. D'abord à tra­vers la créa­tion d'un grand Ministère de l'Egalité ter­ri­to­riale, pour assu­rer l'égal accès aux ser­vices publics, en par­ti­cu­lier à l'éducation. Dès le début du quin­quen­nat, je veux égale­ment réunir des Etats Généraux de l'Education, avec la même obses­sion : l'égalité. Nous met­trons sur la table la ques­tion de la carte sco­laire, de la répar­ti­tion des moyens sur le ter­ri­toire, de l'affectation des jeunes ensei­gnants. Plutôt que défaire le col­lège unique, je défends l'idée d'une école fon­da­men­tale accueillant toute une classe d'âge jusqu'à 16 ans sans sélec­tion ni orien­ta­tion. De 16 à 25 ans, je veux que cha­cun puisse faci­le­ment inter­rompre ou reprendre son par­cours. Les jeunes Français sont parmi les plus stres­sés du monde : ce stress est lié à l'absence de droit à l'erreur. Je veux don­ner le droit à l'erreur, le droit de rater, le droit de recom­men­cer. Je veux don­ner le droit de par­tir, de tra­vailler, de vivre une expé­rience per­son­nelle grâce à l'éducation popu­laire, et de revenir.

Faut-il aller plus loin et com­men­cer plus tôt l'éducation à l'environnement et au déve­lop­pe­ment durable ? Comment faire ?

L'éducation à l'environnement et au déve­lop­pe­ment durable est le type même d'enseignement mal adapté à notre sys­tème éduca­tif. Largement investi par le monde de l'éducation popu­laire, il peine à trou­ver sa place à l'école, comme toutes les "éduca­tions à" qui entrent mal dans le cadre des ensei­gne­ments dis­ci­pli­naires. Résoudre ce pro­blème impose de rédi­ger les pro­grammes sco­laires en les défi­nis­sant par leurs fina­li­tés, en lais­sant aux équipes péda­go­giques la pos­si­bi­lité de défi­nir les conte­nus d'enseignement, les modes de regrou­pe­ment et les horaires qui per­met­tront d'atteindre ces objec­tifs natio­naux. Je sou­haite, en com­plé­ment, ins­tau­rer dès 2012 une sor­tie annuelle pour chaque enfant.

Le métier d'enseignant attire moins que par le passé, la for­ma­tion a été très cri­ti­quée : com­ment sus­ci­ter un nou­vel élan ?

Il faut que le métier ensei­gnant rede­vienne attrac­tif, grâce à une for­ma­tion ini­tiale et conti­nue refon­dée et à une véri­table recon­nais­sance de la com­pé­tence de ceux qui l'exercent : au lieu d'être déres­pon­sa­bi­li­sés par des ins­truc­tions et des pro­grammes infan­ti­li­sants, les ensei­gnants doivent retrou­ver la maî­trise de leur métier. La sup­pres­sion de la for­ma­tion des ensei­gnants est un scan­dale absolu. Plus que jamais, les ensei­gnants doivent béné­fi­cier d'une véri­table for­ma­tion ini­tiale et conti­nue. Celle-ci peut être menée par les uni­ver­si­tés, mais dans le cadre de mas­ters recru­tant sur concours et per­met­tant un contact avec la recherche, dans la dis­ci­pline étudiée mais aussi, obli­ga­toi­re­ment, en éduca­tion. Ce tra­vail doit s'appuyer sur une connais­sance appro­fon­die du ter­rain, grâce à des stages d'observation et de pratique.

En ce qui concerne la petite enfance, la France manque de crèches : que proposez-vous ?

Un ser­vice public de la petite enfance, appuyé notam­ment sur le tissu asso­cia­tif, doit être mis en place. La mise en place d'un dis­po­si­tif mas­sif d'ouverture de places d'accueil en crèches est un point clé : je pré­voie d'en créer 400 000 sur la durée du quinquennat.

Quel plan d'actions pour amé­lio­rer l'enseignement supé­rieur et réduire le taux d'échec des pre­miers cycles ?

L'accès ouvert au supé­rieur est un pilier du droit à la for­ma­tion pour tous. Mais il ne peut plus se résu­mer à la libre entrée à l'université, alors que c'est une voie de for­ma­tion exi­geante et sup­po­sant une forte auto­no­mie métho­do­lo­gique. Davantage de bache­liers tech­niques et pro­fes­sion­nels doivent pou­voir trou­ver une place en IUT et BTS, si néces­saire via un sys­tème de quota. L'accompagnement à l'entrée des uni­ver­si­tés doit être per­son­na­lisé, sous forme de stages de pré-rentrée ou même de semestre ou d'année de mise à niveau. Et des moyens réels, notam­ment humains, doivent être mis en œuvre pour per­mettre de véri­tables amé­lio­ra­tions de la péda­go­gie uni­ver­si­taire, là où les "plans licence" du gou­ver­ne­ment ne per­met­taient que des expé­ri­men­ta­tions sans lendemain.

La dimen­sion sociale ne doit pas être oubliée. L'entrée dans le supé­rieur s'accompagne très sou­vent du départ du domi­cile fami­lial et/ou de l'obligation de sub­ve­nir à ses besoins, ce qui conduit nombre d'étudiants à prendre une acti­vité pro­fes­sion­nelle, laquelle pèse sur leurs condi­tions d'études. Le sys­tème de bourses d'études doit donc être rendu plus géné­reux et évoluer pro­gres­si­ve­ment vers un revenu d'autonomie, et le loge­ment étudiant for­te­ment déve­loppé : nous fixons un objec­tif de 10 000 nou­veaux loge­ments par an.

Reviendrez-vous sur l'autonomie des uni­ver­si­tés et sur la loi rela­tive aux liber­tés et res­pon­sa­bi­li­tés des universités ?

Il faut orga­ni­ser l'autonomie des étudiants et des uni­ver­si­taires, là où la LRU n'a mis en place que l'autonomie des pré­si­dents d'université. Dès l'été 2012, des Etats Généraux de l'enseignement supé­rieur et de la recherche seront lan­cés, avec l'objectif de pro­po­ser une loi rem­pla­çant la LRU avant l'été sui­vant. Une telle loi ne se limi­tera pas à remettre la démo­cra­tie au cœur du fonc­tion­ne­ment des uni­ver­si­tés : elle devra faire avan­cer le rap­pro­che­ment avec les grandes écoles et intè­grera une pro­gram­ma­tion budgétaire.

Si vous accé­dez au pou­voir en 2012, quelles mesures d'urgence prendrez-vous pour l'école ?

Trois chan­tiers doivent abso­lu­ment être ouverts avant l'automne 2012 : la refon­da­tion de la for­ma­tion des ensei­gnants, la créa­tion des 20 000 postes, et le lan­ce­ment des Etats géné­raux de l'école fon­da­men­tale, afin de mobi­li­ser la société pour ima­gi­ner l'école de demain et sur­tout mettre l'accent sur l'égalité.

Charles Centofanti

-

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
rsamuel
le 10 février 2012

Rien de nou­veau. Des crèches...des crèches...
Le sys­tème va conti­nuer à fabri­quer des maldanleurpo...et des malades graves, et des jeunes délin­quants, et des vio­leurs, et des tyrans domes­tiques, et des tueurs en série, et des dic­ta­teurs etc...

Signaler un com­men­taire inap­pro­prié

1 réaction