10.02.2012

Egypte: l'armée dit qu'elle ne cèdera pas aux "menaces", évoque un "complot"

Le Conseil suprême des forces armées, au pou­voir en Egypte depuis la chute de Hosni Moubarak il y a un an et très cri­ti­qué pour sa ges­tion de la tran­si­tion, a affirmé ven­dredi qu'il ne céde­rait pas aux "menaces", en évoquant des "com­plots" contre l'Etat.

Ces décla­ra­tions inter­viennent alors que des mili­tants ont lancé un appel à la "déso­béis­sance civile" et à des grèves samedi pour mar­quer le pre­mier anni­ver­saire de la chute de l'ancien président.

M. Moubarak avait démis­sionné sous la pres­sion de la rue le 11 février 2011, en remet­tant le pou­voir à l'armée.

"Nous affron­tons ces jours-ci une étape qui est la plus dif­fi­cile (...) depuis notre glo­rieuse révo­lu­tion, et nous sommes à un tour­nant qui est le plus dan­ge­reux sur notre che­min vers la liberté, la démo­cra­tie et la jus­tice sociale", a affirmé le Conseil suprême des forces armées (CSFA) dans un com­mu­ni­qué lu à la télé­vi­sion publique.

"Nous vous disons fran­che­ment que notre chère Egypte fait face à des plans visant à frap­per notre révo­lu­tion au coeur" en pro­vo­quant "la dis­sen­sion entre les enfants du peuple (...) et leurs forces armées", a-t-il ajouté.

"Nous fai­sons face à des com­plots contre la nation dont le but est de saper les ins­ti­tu­tions de l'Etat égyp­tien et de faire tom­ber l'Etat lui-même pour que le chaos règne, que la des­truc­tion pré­vale et que les enne­mis de la nation soient satis­faits", a-t-il pour­suivi, sans pré­ci­ser qui étaient ces ennemis.

Mais "cela ne se réa­li­sera pas", a-t-il assuré. "Jamais nous ne céde­rons à des menaces, nous ne céde­rons pas aux pres­sions, et nous n'accepterons pas les dik­tats", a affirmé le CSFA.

La junte mili­taire a répété qu'elle était déter­mi­née à "remettre le pou­voir à un pou­voir civil élu".

"Nous avons tenu la pre­mière pro­messe et nous avons remis le pou­voir légis­la­tif à l'Assemblée du peuple au cours de sa pre­mière séance, après des élec­tions qui se sont dérou­lées dans la liberté et l'intégrité", a-t-elle souligné.

"Le pou­voir pré­si­den­tiel sera remis au pré­sident de la République après l'élection pour que se ter­mine la période de tran­si­tion, et votre fidèle armée retour­nera à sa mis­sion ori­gi­nelle", a pro­mis le CSFA.

L'élection pré­si­den­tielle doit se tenir avant la fin juin. Mais de nom­breux mili­tants veulent que l'armée remette immé­dia­te­ment le pou­voir aux civils.

Acclamés il y a un an, les mili­taires sont très cri­ti­qués depuis plu­sieurs mois pour leur ges­tion de la tran­si­tion. Ils sont accu­sés de per­pé­tuer l'ancien régime et de répri­mer le mou­ve­ment pro-démocratie, ainsi que de cher­cher à pré­ser­ver leurs pri­vi­lèges et conti­nuer à influen­cer la vie politique.

Des mil­liers d'Egyptiens ont mani­festé ven­dredi près du minis­tère de la Défense pour récla­mer la fin du pou­voir de l'armée.

Les mili­tants ont aussi appelé à une jour­née de "déso­béis­sance civile" et de grèves samedi, jour anni­ver­saire de la chute de M. Moubarak.

Après ces appels, aux­quels les Frères musul­mans, grands vain­queurs des récentes élec­tions légis­la­tives, se sont oppo­sés, l'armée a annoncé qu'elle se déploie­rait à tra­vers le pays pour assu­rer la sécurité.

La colère contre l'armée est mon­tée d'un cran après la mort de 74 per­sonnes dans des vio­lences après un match de foot­ball à Port-Saïd (nord). Le drame a pro­vo­qué des mani­fes­ta­tions à tra­vers le pays, qui ont rapi­de­ment dégé­néré en affron­te­ments vio­lents avec la police. Quinze per­sonnes sont mortes dans les heurts au Caire et à Suez (nord-est).


 

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