10.02.2012

De l'embaumeur au fossoyeur, la mort pour métier

Ils sont tha­na­to­prac­teurs, employés de funé­ra­rium ou fos­soyeurs, des pro­fes­sion­nels de la mort que la société pré­fère sou­vent ne pas voir, mais que les orga­ni­sa­teurs du fes­ti­val "Filmer le tra­vail" ont choisi de sor­tir de l'ombre à tra­vers deux documentaires.

Dans "Un fos­soyeur, un jour" de Charlotte Grange, le spec­ta­teur est invité à par­ta­ger le quo­ti­dien d'un employé du cime­tière de Pantin en Seine-Saint-Denis.

Sébastien Grégoire, un tren­te­naire dans le métier depuis 11 ans, ne cache pas sa fierté de tra­vailler dans l'un des plus grands cime­tières d'Europe avec un mil­lion de per­sonnes inhumées.

"Savoir creu­ser, c'est impor­tant", dit-il en maniant sa pelle avec dex­té­rité. "Le bou­lot, c'est ça. Tout le temps des trous. A faire et à rebou­cher ensuite bien sûr".

Lors des "exhu­ma­tions admi­nis­tra­tives", c'est-à-dire la récu­pé­ra­tion des conces­sions péri­mées, il peut arri­ver de tom­ber sur un "corps qui n'est pas tout à fait réduit", encore en décom­po­si­tion, explique son chef, qui relève que "c'est un métier très dif­fi­cile aussi bien phy­si­que­ment que moralement".

A l'image, Sébastien atteint le bois du cer­cueil. "Il y a de grandes chances que le corps soit entier", pronostique-t-il, voyant que de l'eau s'est infil­trée dans la fosse. Le jeune homme plonge alors sa main gan­tée dans l'eau sau­mâtre à la recherche du cadavre. Soulagement, celui-ci est fina­le­ment bien "réduit".

Les osse­ments sont alors extraits un par un et recueillis en vue d'être inci­né­rés. Le jour même, la fosse sera réuti­li­sée pour une inhumation.

"Cela ne tien­drait qu'à moi, je ne ferais pas d'exhumation", explique Sébastien, qui sou­haite être inci­néré pour qu'on le "laisse tran­quille plus tard".

Le jeune employé sou­ligne que les fos­soyeurs ont conscience de leurs res­pon­sa­bi­li­tés vis-à-vis des familles endeuillées. Lorsqu'ils portent les cer­cueils, ils évitent ainsi "de mon­trer que c'est lourd" pour faire "bonne impres­sion", souligne-t-il.

"Il faut bien s'occuper des morts"

Dans son film "Post mor­tem", Jacques Reboud a choisi de s'intéresser à tous ceux qui manient le corps des morts. Qu'ils le coiffent, le maquillent, l'habillent, l'embaument, l'enterrent ou l'incinèrent.

Le film laisse entendre les bruits du tra­vail de la mort, comme celui métal­lique des armoires réfri­gé­rantes de la morgue, la fer­me­ture éclair du sac à cadavre ou le brû­leur du four crématoire.

Il est entre­coupé de témoi­gnages de per­sonnes qui racontent la mort d'un proche, offrant une forme de "contre­point", selon le réalisateur.

Un homme raconte par exemple avoir lui-même lavé et habillé le corps de son père, tan­dis qu'une femme explique s'être sen­tie dépos­sé­dée de celui de sa mère après sa prise en charge par des inconnus.

Dans une scène, un tha­na­to­prac­teur hérite du corps, très abîmé, d'un vieux mon­sieur. Après ses efforts, il constate, sou­lagé: "il est très bien le mon­sieur par rap­port à tout à l'heure".

Une autre coiffe et maquille soi­gneu­se­ment un corps, puis se recule pour admi­rer le résul­tat. Elle explique la tech­nique du "point de bouche" per­met­tant de fer­mer dis­crè­te­ment celle des morts sou­vent entrouverte.

Une employée du funé­ra­rium demande de son côté au télé­phone: "au niveau de la cré­ma­tion, tu as quels cré­neaux ven­dredi?", avant de se tour­ner vers la famille: "vous sou­hai­tez avec hom­mage ou sans hommage?".

Dans le film de Charlotte Grange, Sébastien conclut, phi­lo­sophe: "Que tu sois riche ou pauvre, tout le monde arrive au même endroit". Même si c'est "un peu tabou", "il faut bien s'occuper des morts, on est là pour ça".

Les deux docu­men­taires sont en lice pour rece­voir un prix dans le cadre de la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale du fes­ti­val qui se tient à Poitiers jusqu'à dimanche.


 

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