10.02.2012

Angelina Jolie à Berlin: la caméra comme arme de guerre

Passée der­rière la caméra "par hasard" pour racon­ter la guerre en Bosnie dans une fic­tion pro­je­tée à Berlin, Angelina Jolie se rend régu­liè­re­ment sur le ter­rain de conflits: l'Afghanistan pour­rait être son pro­chain sujet.

L'actrice amé­ri­caine, des­cen­due en famille –avec Brad Pitt et leurs six enfants– pour pré­sen­ter samedi "Au Pays du Sang et du miel" à la Berlinale, en marge de la com­pé­ti­tion, a reçu ven­dredi quelques jour­na­listes dont une de l'AFP.

"Je n'ai pas choisi de deve­nir réa­li­sa­trice et je n'ai jamais voulu écrire. J'aurais pu trou­ver quelqu'un de tech­ni­que­ment plus capable que moi, mais je savais moi à quel point je tenais à l'histoire. Et j'y tenais vrai­ment, vrai­ment beaucoup."

En choi­sis­sant pour sa pre­mière mise en scène un conte de guerre, un amour com­plexe au coeur de la Bosnie entre une Musulmane et un com­bat­tant serbe, elle se fait un devoir de rap­pe­ler que dans les années 90, un conflit atroce et cruel, accom­pa­gné de viols sys­té­ma­tiques et métho­diques contre les Bosniaques, sévis­sait au coeur de l'Europe — et que le monde regar­dait ailleurs.

"Je me suis ren­due dans la région mais je n'arrivais pas vrai­ment à com­prendre, alors que c'est à ma géné­ra­tion que c'est arrivé. Aussi j'ai décidé de m'instruire et, plus j'avançais dans mes recherches et mes lec­tures et plus j'étais en colère et je me sen­tais contrainte de racon­ter cette histoire."

A 36 ans, la star osca­ri­sée (Une Vie Volée) est, der­rière la façade gla­mour de son couple, d'abord une femme enga­gée qui par­court les terres de conflits depuis plus de dix ans, notam­ment avec le Haut Commissariat de l'Onu aux réfu­giés dont elle est une ambas­sa­drice de bonne volonté ainsi qu'au sein de la Fondation Jolie-Pitt en faveur des popu­la­tions les plus vulnérables.

Sur le tour­nage de son film, elle sen­tait une énorme pres­sion même si elle a "adoré" se retrou­ver en chef d'orchestre –"Brad dit que c'est parce que je suis la mère de six enfants, on a l'habitude!"– mais cer­tains moments se sont avé­rés par­ti­cu­liè­re­ment pénibles, d'autant que ses acteurs ont tous été recru­tés loca­le­ment, pour un tour­nage en serbo-croate (sys­té­ma­ti­que­ment dou­blé d'une prise en anglais).

"C'était dur pour tout le monde mais sur­tout pour les acteurs, qui en tant qu'hommes devaient jouer les agres­seurs alors que ce sont des pères, des maris ado­rables. Mais ils savaient qu'ils devaient le faire, au nom des femmes, pour mon­trer la bru­ta­lité dont elles eurent à souffrir."

Toujours dans cet esprit de témoi­gnage, elle a choisi le Musée de l'Holocauste, à Washington, pour la "pre­mière" amé­ri­caine du film.

"C'était une façon d'attirer l'attention sur cet aspect des géno­cides (les viols) et pour rap­pe­ler que les thèmes du film sont uni­ver­sels. Il me paraît impor­tant d'étudier l'histoire des géno­cides, car ça ne s'est pas pro­duit dans un seul pays à un moment de l'histoire; ça se repro­duit régulièrement."

Angelina Jolie indique qu'elle s'est ren­due récem­ment à Auschwitz: "J'y ai vu tel­le­ment de noms serbes sur les murs, parce qu'ils ont com­battu les nazis... et plus tard, ils se sont retrou­vés être les agresseurs".

"Quand on com­pren­dra vrai­ment (com­ment se déroulent) les géno­cides, on saura aussi com­ment les arrêter."

D'ici là, elle espère que son film tou­chera le plus large public pos­sible: "Je vou­drais que les gens le voient et se disent, ç'aurait pu être moi, ce pour­rait être ici". Elle regrette déjà qu'en Serbie il soit atta­qué "par des gens qui ne l'ont même pas vus".

Elle n'est pas sûre, encore, de reve­nir un jour der­rière la caméra: il lui fau­drait trou­ver une his­toire aussi forte à racon­ter. Une piste cepen­dant: "J'ai com­mencé à tra­vailler sur quelque chose autour de l'Afghanistan. Je ne l'ai encore mon­tré à per­sonne, mais c'est là-dessus que j'ai envie d'écrire".


 

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