09.02.2012

Eric Woerth mis en examen pour trafic d'influence passif après 12 heures d'audition

L'ancien ministre et ex-trésorier de l'UMP, Eric Woerth, a été mis en exa­men mer­credi pour tra­fic d'influence pas­sif après avoir été entendu pen­dant près de douze heures par les juges en charge de l'affaire Bettencourt à Bordeaux.

L'accusation de tra­fic d'influence pour­rait viser l'emploi de sa femme Florence dans la société Clymène qui gère la for­tune de Mme Bettencourt.

Le ministre est arrivé à 09h00 dans une voi­ture aux vitres fumées, pour une audi­tion pré­vue à 09h30, qui a duré jusqu'à 21h50, avec quand même une pause-déjeuner. Il n'a fait aucune déclaration.

A l'issue de ce mara­thon, le par­quet de Bordeaux a dif­fusé un com­mu­ni­qué indi­quant que l'ancien ministre du Budget, puis du Travail, avait été entendu par les juges d'instruction dans le cadre de l'information ouverte pour tra­fic d'influence actif com­mis par un par­ti­cu­lier, tra­fic d'influence pas­sif com­mis par une per­sonne inves­tie d'un man­dat élec­tif public, finan­ce­ment illi­cite de parti poli­tique ou de cam­pagne électorale.

"A l'issue de cette audi­tion (...) il a été mis en exa­men du chef de tra­fic d'influence pas­sif, délit prévu et réprimé par les articles 432–11 et 432–14 du Code pénal", ajoute le par­quet. Ce délit est puni de dix ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende maximum.

A ce stade, et à deux mois du pre­mier tour de l'élection pré­si­den­tielle, les juges n'ont donc pas retenu le finan­ce­ment illi­cite de parti politique.

L'ancienne comp­table des Bettencourt, Claire Thibout, avait indi­qué en juillet 2010 avoir remis en jan­vier 2007 50.000 euros en liquide à l'ancien homme de confiance de Liliane Bettencourt Patrice de Maistre. Selon elle, il lui avait déclaré les des­ti­ner à Eric Woerth pour le finan­ce­ment de la cam­pagne pré­si­den­tielle de Nicolas Sarkozy.

Mais MM de Maistre et Woerth ont tou­jours farou­che­ment nié ces échanges d'argent liquide.

En revanche, le tra­fic d'influence semble viser la manière dont M. Woerth est inter­venu pour faire obte­nir la Légion d'Honneur à M. de Maistre en juillet 2007, avant de lui en remettre lui-même les insignes en jan­vier 2008, alors que M. de Maistre avait embau­ché à l'été 2007 son épouse Florence chez Clymène, qu'il dirigeait.

Une pour­suite de M. Woerth de ce chef rap­pel­le­rait la condam­na­tion pour tra­fic d'influence de l'ancien ministre et séna­teur Charles Pasqua à trois ans d'emprisonnement dont deux avec sur­sis et 100.000 euros d'amende le 27 octobre 2009, pour avoir fait obte­nir la Légion d'Honneur à l'homme d'affaires d'origine russe Arcadi Gaydamak, conco­mi­tam­ment au ver­se­ment d'importantes sommes d'argent à une asso­cia­tion qu'il animait.

M. de Maistre a été mis en exa­men le 15 décembre à Bordeaux pour abus de fai­blesse à l'encontre de Mme Bettencourt, com­pli­cité d'abus de confiance et escro­que­rie aggra­vés, ainsi que pour blanchiment.

Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supé­rieur et de la Recherche, a été le seul homme poli­tique à réagir mer­credi. Il a indi­qué dans un com­mu­ni­qué "appor­ter tout son sou­tien" à M. Woerth, "un homme droit et rigou­reux", et s'est dit "convaincu que la pro­cé­dure en cours lèvera vite les sus­pi­cions" : "Il n?est aucun doute sur son inté­grité. Tous ceux qui le connaissent par­tagent cet avis", a-t-il dit.

Outre l'affaire Bettencourt, M. Woerth, député-maire de Chantilly (Oise), est actuel­le­ment impli­qué devant la Cour de Justice de la République pour une affaire de prise illé­gale d'intérêt, visant les condi­tions dans les­quelles il a auto­risé en mars 2010 la vente, à un prix jugé trop bas par des experts, d'une par­celle de la forêt de Compiègne à la Société des courses de Compiègne.


 

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