09.02.2012

Beurk! Des escargots géants et gloutons attaquent Miami

Toc toc toc. "Services agri­coles de Floride. Avez-vous constaté une inva­sion d?escargots géants, gluants et agglu­ti­nés dans votre jar­din par centaines?"

"Beurk!", gri­mace Yolanda Garcia Burgos. Un matin, elle a retrouvé le mur exté­rieur de sa mai­son de Miami en Floride (sud-est) cou­vert d?excréments d?escargots, d'épais fila­ments noirs enche­vê­trés et collés.

Avec l'aide des ins­pec­teurs du dépar­te­ment de l?Agriculture de Floride, elle a ramassé 583 mol­lusques en une seule semaine dans ses buis­sons, der­rière une planche, près du bar­be­cue ou dans le lierre.

Au total, 35.000 gas­té­ro­podes ont été cap­tu­rés à Miami par les ins­pec­teurs entre le début de l'invasion en sep­tembre et le mois de janvier.

Les escar­gots géants afri­cains peuvent mesu­rer jusqu?à 20 cm de lon­gueur et 10 cm de dia­mètre — plus gros qu'une main ouverte. Ils peuvent vivre plu­sieurs années, cer­tains spé­ci­mens jusqu?à neuf ans. Et ils se repro­duisent à grande vitesse: 1.200 oeufs par an. Un escar­got peut, à lui seul, colo­ni­ser un quartier.

Personne ne sait com­ment cette espèce, l'une des plus grosses et voraces du monde, a débar­qué à Miami. Venu d?Afrique de l?Est, l?escargot avait déjà envahi la Guadeloupe, la Martinique, d?autres pays des Caraïbes... et Miami, par le passé.

En 1966, un gar­çon avait fait venir trois escar­gots géants comme ani­maux de com­pa­gnie, que, par las­si­tude, sa grand-mère avait fini par libé­rer dans la nature. De ces trois spé­ci­mens naquirent 18.000 reje­tons, qu?il fal­lut neuf ans et un mil­lion de dol­lars pour éradiquer.

Il reste inter­dit d?en impor­ter sans per­mis aux Etats-Unis, mais les auto­ri­tés pré­cisent avec insis­tance que le gas­té­ro­pode est la vedette d?une cer­taine reli­gion afro-caribéenne, la santeria.

Le retour de cet escar­got est-il "lié aux pra­tiques de cette reli­gion afro-caribéenne ou au fait que quelqu'un les ait fait venir comme ani­maux de com­pa­gnie, et les aurait ensuite lais­ser s'échapper?", se demande Mark Fagan, porte-parole du dépar­te­ment de l'Agriculture de Floride.

Une enquête fédé­rale devrait conduire au cou­pable. En atten­dant, une cel­lule de crise a com­mencé l'extermination.

Ces escar­gots sont, en effet, dangereux.

Leur bave, très abon­dante, peut conte­nir un ver qui trans­met une forme non mor­telle de la ménin­gite, mais qui pro­voque de vio­lents maux de ventre.

Surtout, le "lis­sa­cha­tina fulica" est un glou­ton. 500 varié­tés de plantes sont à son menu, de la caca­huète au melon, et il adore l?enduit des murs de Yolanda, qui contient le cal­cium indis­pen­sable à la construc­tion de sa colos­sale coquille.

"S'ils s'installaient pour de bon, ils pour­raient dévas­ter l'agriculture de Floride", fré­mit Mark Fagan. "L'agriculture est la deuxième acti­vité écono­mique après le tou­risme ici".

- L'extermination -

"Oh mon Dieu!", Suzi Distelberg tombe nez à nez avec le vain­queur poids lourd du jour, 11 cm de coquille... et dégou­li­nant d'une bave épaisse qui recouvre en un ins­tant les gants de Suzi.

"On peut voir qu?il est dedans, bien vivant, à cause du poids", explique l?inspectrice après avoir glissé l'animal dans un sachet plas­tique hermétique.

Le pâté qu?elle ratisse ce matin d'hiver reste infesté depuis des mois, mal­gré des dizaines de rondes. Hiver oblige, les escar­gots entrent en hiber­na­tion et se cachent sous terre. Seul le haut de leur coquille mar­ron, striée de lignes jaunes dans le sens de la lon­gueur, les trahit.

Il faut le regard expert de Suzi pour les repérer.

Les équipes sani­taires espèrent réduire au maxi­mum la popu­la­tion avant le retour des pluies tro­pi­cales au prin­temps. Chaque jar­din est traité avec des gra­nu­lés de phos­phate de fer qui coupent l'appétit des escar­gots qui arrêtent de s'alimenter.

Les créa­tures cap­tu­rées atter­rissent au labo­ra­toire de la cel­lule de crise, où les attend leur ultime bour­reau, Mary Yong.

La cher­cheuse, spé­cia­li­sée dans les escar­gots, les passe en revue et en sélec­tionne quelques-uns pour des tests.

Les autres sont tués par immer­sion pro­lon­gée dans des seaux rem­plis d?alcool, avant d?être jetés à la pou­belle. Et quand les seaux sont pleins, Mary plonge les escar­gots res­tants dans un congé­la­teur, où le froid aura rai­son d?eux.


 

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