08.02.2012

Le tarsier, minuscule et discret primate, communique par ultrasons

Le tar­sier des Philippines, l'un des plus petits pri­mates du monde, com­mu­nique en toute dis­cré­tion avec ses congé­nères par ultra­sons, ce qui lui per­met de don­ner l'alarme sans se faire repé­rer lorsqu'un pré­da­teur sur­vient, révèle une étude publiée mercredi.

Cétacés, chats domes­tiques et quelques espèces de chauves-souris et de ron­geurs... les mam­mi­fères pou­vant émettre et rece­voir des signaux dans les ultra­sons sont très peu nombreux.

Dans ce domaine, les capa­ci­tés des pri­mates sont des plus limi­tées: l'ouïe humaine ne par­vient pas à per­ce­voir les sons au-delà de 20.000 Hz (ce qui défi­nit la fré­quence à par­tir de laquelle on com­mence à par­ler d'"ultrasons") et les grands singes ne semblent guère faire mieux.

De petits pri­mates, tels les ouis­ti­tis ou les lému­riens, émettent et réagissent par­fois à des ultra­sons mais l'essentiel des fré­quences qu'ils émettent se situent dans le domaine audible par l'oreille humaine.

Quant aux tar­siers, minus­cules pri­mates noc­turnes vivant dans les forêts d'Asie du sud-est, ils étonnent par­fois les bio­lo­gistes par leurs voca­lises "per­çantes" évoquant les cris d'une chauve-souris, alors qu'ils sont décrits comme étant "ordi­nai­re­ment silencieux".

Certains cher­cheurs avaient émis l'hypothèse que des ultra­sons se cachaient der­rière ce "silence" appa­rent des tarsiers.

Une équipe inter­na­tio­nale a donc étudié des tar­siers des Philippines (Tarsius syrichta) pour tes­ter leurs performances.

canal effi­cace pour les "com­mu­ni­ca­tions privées"

Les cher­cheurs ont com­mencé par cap­tu­rer six d'entre eux pour évaluer l'acuité de leur ouïe. Selon leurs résul­tats, publiés dans la revue Biology Letters de l'Académie des sciences bri­tan­nique, les grandes oreilles des petits tar­siers per­çoivent des sons jusqu'à 90.000 Hz, un record absolu chez les pri­mates et qui n'est "égalé que par très peu d'autres ani­maux", sou­ligne l'étude.

Les bio­lo­gistes ont ensuite enre­gis­tré les voca­lises de 35 tar­siers dans leur milieu sau­vage. Ces cris se situent uni­que­ment dans la fré­quence des ultra­sons, autour de 70.000 Hz. Il s'agit du "niveau le plus élevé connu chez les mam­mi­fères, à l'exception des chauves-souris et de cer­tains ron­geurs", insiste l'étude.

Pour les cher­cheurs, cet "exemple extrême de com­mu­ni­ca­tion acous­tique dans les ultra­sons purs" pré­sente vrai­sem­bla­ble­ment de mul­tiples avan­tages pour le tarsier.

Les ultra­sons consti­tuent un canal effi­cace pour les "com­mu­ni­ca­tions pri­vées" car ils sont dif­fi­ciles à détec­ter à la fois pour les pré­da­teurs et les proies des tar­siers. L'étude a d'ailleurs constaté qu'ils émet­taient leur signal ultra­so­nique lorsqu'un humain appro­chait, ce qui sug­gère un rôle d'alarme.

En outre, les ultra­sons sont vrai­sem­bla­ble­ment plus faciles à dis­tin­guer dans des milieux natu­rels où le bruit de fond a une fré­quence basse, comme celle des forêts où s'ébattent les tarsiers.

Selon l'étude, l'ouïe extrê­me­ment fine des tar­siers leur sert aussi pro­ba­ble­ment à mieux repé­rer les petits insectes dont ils se nourrissent.

Car si ces pri­mates ont les plus gros yeux de tous les mam­mi­fères pro­por­tion­nel­le­ment à leur taille, leur rétine n'est pas adap­tée à une vision noc­turne. Les ultra­sons pour­raient donc les aider à cap­ter des signaux échan­gés par des papillons de nuit ou des sau­te­relles, ou encore des bruis­se­ments de feuilles indi­quant la pré­sence d'insectes.


 

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