08.02.2012

La Miviludes cible les dérives sectaires dans la formation professionnelle

Déstabilisation men­tale, exi­gences finan­cières exor­bi­tantes: la Miviludes livre, dans un guide pra­tique, les cri­tères visant à déce­ler les dérives sec­taires au sein des for­ma­tions professionnelles.

Cette nou­velle publi­ca­tion de la Mission inter­mi­nis­té­rielle de vigi­lance et de lutte contre les dérives sec­taires accom­pagne le col­loque orga­nisé jeudi par le minis­tère de l'Apprentissage et de la for­ma­tion professionnelle.

Questionnée mer­credi à l'Assemblée natio­nale, la ministre Nadine Morano a indi­qué avoir dif­fusé en jan­vier une cir­cu­laire avec "des consignes très strictes" pour "ren­for­cer les contrôles".

En 2011, "4.000 contrôles ont été faits, 40 orga­nismes de for­ma­tion ont perdu leur label jus­te­ment parce qu'il y avait dans ces établis­se­ments à la fois un manque de sérieux et sur­tout des dérives d'ordre sec­taires", a-t-elle pré­cisé en annon­çant le pro­chain lan­ce­ment d'une "biblio­thèque natio­nale" recen­sant les offres de for­ma­tion de qua­lité pour per­mettre "de s'y retrouver".

Selon la Miviludes, ce sont les for­ma­tions liées "au com­por­te­men­tal" ou au "déve­lop­pe­ment de soi" qui prêtent le plus le flanc aux mani­pu­la­tions. Or elles repré­sentent 20% de l'ensemble des for­ma­tions proposées.

La Mission et le minis­tère de l'Apprentissage listent, à l'attention des employeurs, diri­geants syn­di­caux, sala­riés, orga­nismes cer­ti­fi­ca­teurs, pres­crip­teurs et ache­teurs de for­ma­tion, dix cri­tères d'emprise: désta­bi­li­sa­tion men­tale, exi­gences finan­cières exor­bi­tantes, rup­ture avec l'environnement d'origine, atteintes à l'intégrité phy­sique, embri­ga­de­ment des enfants.

S'y ajoutent dis­cours anti­so­cial, troubles à l'ordre public, démê­lés judi­ciaires, détour­ne­ment éven­tuel des cir­cuits écono­miques, ten­ta­tives d'infiltration des pou­voirs publics.

"Un seul cri­tère ne suf­fit pas pour carac­té­ri­ser l'existence d'un risque sec­taire, pré­cise le guide pra­tique, et tous les cri­tères n'ont pas la même valeur". Mais, on retrouve tou­jours celui de la désta­bi­li­sa­tion mentale.

Le modus ope­randi des mou­ve­ments cher­chant à acqué­rir de nou­velles res­sources finan­cières et à recru­ter de nou­veaux adeptes, est immuable.

La cible poten­tielle se voit offrir "un accueil per­son­na­lisé, empreint d'une grande cha­leur humaine, comme si la per­sonne ren­con­trée était excep­tion­nelle. Dans le même temps, les recru­teurs mettent en place une dra­ma­ti­sa­tion et une confir­ma­tion de la situa­tion déli­cate où croit se trou­ver l'interlocuteur".

"La seule réponse pos­sible à ses pro­blèmes sera celle qui est propre au mou­ve­ment (...) La recrue, sous cou­vert de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, accepte d'avance, sans les connaître, des manoeuvres dont l'action sur le psy­chisme est évidente et devient une véri­table marion­nette dévouée corps et âme au diri­geant du mou­ve­ment ou du groupe".

D'où l'importance de véri­fier si l'organisateur d'une for­ma­tion n'a pas fait l'objet d'une condam­na­tion pour tra­fic illi­cite de stu­pé­fiants, pro­vo­ca­tion au sui­cide, abus de l'état d'ignorance ou de fai­blesse, escro­que­rie, impo­si­tion de condi­tions de tra­vail contraires à la dignité de la per­sonne, usur­pa­tion de titres (notam­ment psychothérapeutes).

En France, près de 15.000 orga­nismes de for­ma­tion sur 50.000 pres­ta­taires décla­rant une acti­vité de for­ma­tion pro­posent l'essentiel des offres, réa­li­sant au total 7 mil­liards d'euros de chiffre d'affaires et for­mant chaque année plus de 11 mil­lions de stagiaires.

("Savoir déce­ler les dérives sec­taires dans la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle", Miviludes — La Documentation fran­çaise, 7 euros).


 

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