08.02.2012

Formation des enseignants: la réforme n'a pas été "suffisamment préparée" (Cour des comptes)

La Cour des comptes relève que la réforme de la for­ma­tion des ensei­gnants "n'a pas été suf­fi­sam­ment pré­pa­rée", le minis­tère sou­hai­tant sai­sir l'occasion de réa­li­ser "rapi­de­ment" des écono­mies d'emplois du fait du non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux par­tant en retraite, dans son rap­port annuel publié mercredi.

En outre, la mise en oeuvre "accé­lé­rée" a entraîné de "nom­breux dys­fonc­tion­ne­ments" pour les ensei­gnants sta­giaires, tan­dis que le mon­tant des écono­mies "reste dif­fi­cile à chif­frer pré­ci­sé­ment", ajoute la Cour.

La réforme, appe­lée "mas­te­ri­sa­tion" et mise en oeuvre à la ren­trée 2010, était des­ti­née à répondre aux cri­tiques, notam­ment sur "l'insuffisance de la for­ma­tion pratique".

Mais "conçu au moment où le minis­tère devait se plier à l'exigence bud­gé­taire du non rem­pla­ce­ment d'un fonc­tion­naire sur deux par­tant en retraite, (le) nou­veau dis­po­si­tif a aussi été engagé pour pou­voir tirer parti, le plus rapi­de­ment pos­sible, des écono­mies d'emplois qu'il per­met­tait", relève la Cour.

L'économie bud­gé­taire entraî­née par la mas­te­ri­sa­tion "peut être évaluée, en pre­mière approche, à envi­ron 370 mil­lions d'euros par an". Toutefois, cette écono­mie consti­tue "un maxi­mum car cer­tains coûts addi­tion­nels n'ont pu être chif­frés avec pré­ci­sion", selon la Cour qui estime "néces­saire que le minis­tère de l'Education natio­nale mène sans délai une ana­lyse détaillée" de l'impact chif­fré de la réforme.

La ministre du Budget, Valérie Pécresse, estime que "le bilan conso­lidé de la réforme ne pourra être effec­tué qu'à l'issue de l'année 2011 et (que) le chif­frage retenu par la Cour à ce stade ne peut consti­tuer qu'une pre­mière approximation".

Les ensei­gnants sont doré­na­vant recru­tés au niveau du mas­ter (bac+5) et l'année de stage après la réus­site au concours se déroule à temps com­plet devant les élèves, plus un tiers-temps de for­ma­tion et tuto­rat assuré par les académies.

Auparavant, les lau­réats effec­tuaient un tiers-temps devant les élèves et deux-tiers temps en for­ma­tion à l'IUFM (Institut uni­ver­si­taire de for­ma­tion des maîtres).

L'application "accé­lé­rée" de la réforme "a entraîné de nom­breux dys­fonc­tion­ne­ments pour une par­tie des 15.763 ensei­gnants sta­giaires concer­nés (...) qui avaient la charge d'environ 500.000 élèves", souligne-t-elle.

"L'ambition de cette réforme aurait jus­ti­fié une réflexion plus appro­fon­die sur les condi­tions d'une mise en oeuvre effi­cace et effi­ciente, notam­ment au regard de l'objectif de la réus­site de tous les élèves assi­gné à l'Education natio­nale par le légis­la­teur", estime la Cour.

Les ensei­gnants sta­giaires n'ont pas été "sys­té­ma­ti­que­ment" affec­tés dans des postes qui pré­sen­taient les condi­tions "les plus favo­rables pour débu­ter" dans leur métier: cer­tains ont été affec­tés dans des zones et classes dif­fi­ciles ou dans plu­sieurs établis­se­ments à la fois.

En outre, la réforme "ne garan­tit pas que les ensei­gnants béné­fi­cient désor­mais d'une for­ma­tion ini­tiale (avant les concours) plus +professionnalisante+".

Des "ajus­te­ments" seront faits et la deuxième année "devrait donc se réa­li­ser dans un contexte de moindre ten­sion", répond le ministre de l'Education natio­nale Luc Chatel.

Le ministre de l'Enseignement supé­rieur Laurent Wauquiez assure que des "cor­rec­tifs" pour­ront être mis en place "pro­gres­si­ve­ment et rapidement".


 

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