Formation des enseignants: la réforme n'a pas été "suffisamment préparée" (Cour des comptes)
La Cour des comptes relève que la réforme de la formation des enseignants "n'a pas été suffisamment préparée", le ministère souhaitant saisir l'occasion de réaliser "rapidement" des économies d'emplois du fait du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite, dans son rapport annuel publié mercredi.
En outre, la mise en oeuvre "accélérée" a entraîné de "nombreux dysfonctionnements" pour les enseignants stagiaires, tandis que le montant des économies "reste difficile à chiffrer précisément", ajoute la Cour.
La réforme, appelée "masterisation" et mise en oeuvre à la rentrée 2010, était destinée à répondre aux critiques, notamment sur "l'insuffisance de la formation pratique".
Mais "conçu au moment où le ministère devait se plier à l'exigence budgétaire du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite, (le) nouveau dispositif a aussi été engagé pour pouvoir tirer parti, le plus rapidement possible, des économies d'emplois qu'il permettait", relève la Cour.
L'économie budgétaire entraînée par la masterisation "peut être évaluée, en première approche, à environ 370 millions d'euros par an". Toutefois, cette économie constitue "un maximum car certains coûts additionnels n'ont pu être chiffrés avec précision", selon la Cour qui estime "nécessaire que le ministère de l'Education nationale mène sans délai une analyse détaillée" de l'impact chiffré de la réforme.
La ministre du Budget, Valérie Pécresse, estime que "le bilan consolidé de la réforme ne pourra être effectué qu'à l'issue de l'année 2011 et (que) le chiffrage retenu par la Cour à ce stade ne peut constituer qu'une première approximation".
Les enseignants sont dorénavant recrutés au niveau du master (bac+5) et l'année de stage après la réussite au concours se déroule à temps complet devant les élèves, plus un tiers-temps de formation et tutorat assuré par les académies.
Auparavant, les lauréats effectuaient un tiers-temps devant les élèves et deux-tiers temps en formation à l'IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres).
L'application "accélérée" de la réforme "a entraîné de nombreux dysfonctionnements pour une partie des 15.763 enseignants stagiaires concernés (...) qui avaient la charge d'environ 500.000 élèves", souligne-t-elle.
"L'ambition de cette réforme aurait justifié une réflexion plus approfondie sur les conditions d'une mise en oeuvre efficace et efficiente, notamment au regard de l'objectif de la réussite de tous les élèves assigné à l'Education nationale par le législateur", estime la Cour.
Les enseignants stagiaires n'ont pas été "systématiquement" affectés dans des postes qui présentaient les conditions "les plus favorables pour débuter" dans leur métier: certains ont été affectés dans des zones et classes difficiles ou dans plusieurs établissements à la fois.
En outre, la réforme "ne garantit pas que les enseignants bénéficient désormais d'une formation initiale (avant les concours) plus +professionnalisante+".
Des "ajustements" seront faits et la deuxième année "devrait donc se réaliser dans un contexte de moindre tension", répond le ministre de l'Education nationale Luc Chatel.
Le ministre de l'Enseignement supérieur Laurent Wauquiez assure que des "correctifs" pourront être mis en place "progressivement et rapidement".
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