07.02.2012

Pays-Bas: quand les maisons de poupées n'étaient pas réservées qu'aux petites filles

Les pou­pées et leurs mai­sons, mono­pole des petites filles? Ce n'était pas l'avis des riches Hollandaises et Allemandes au 17e et au 18e siècles, dont les mai­sons de pou­pées, véri­tables oeuvres d'art minia­tures valant des for­tunes, sont expo­sées à La Haye.

"Il s'agissait sur­tout d'un hobby pour dames: il y avait beau­coup d'argent à dépen­ser, du temps à occu­per et c'était une acti­vité sociale aussi", explique à l'AFP Jet Pijzel-Dommisse, le conser­va­teur de l'exposition XXSmall, pré­sen­tée au musée muni­ci­pal de La Haye jusqu'au 25 mars.

La mode des mai­sons de pou­pées pour dames est née à Nuremberg (sud-est de l'Allemagne) au début du 17e siècle et s'est pro­pa­gée sur­tout outre-Rhin et aux Pays-Bas voi­sins qui, durant le "siècle d'or", connaissent une pros­pé­rité excep­tion­nelle, grâce notam­ment au com­merce maritime.

Conçues comme des mai­sons en coupe pou­vant atteindre jusqu'à deux mètres de haut et de large, regor­geant de véri­tables tré­sors, elles coû­taient par­fois aussi cher qu'une vraie maison.

L'épouse d'un riche mar­chand de soie d'Amsterdam, Petronella Oortman, aurait ainsi dépensé pour sa mai­son de pou­pées plus de 20.000 flo­rins de l'époque, "soit le prix d'une grande mai­son le long d'un canal à Amsterdam", sou­ligne Mme Pijzel-Dommisse.

Les murs de la mai­son de pou­pées de Sara Rothé, mariée à un riche mar­chand d'Amstel, dans la ban­lieue d'Amsterdam, expo­sée à La Haye, sont cou­verts de tableaux minia­tures, de quelques cen­ti­mètres car­rés, peints par de véri­tables artistes.

- cou­verts en argent et faïences -

Dans la salle à man­ger, la table est dres­sée avec des cou­verts et des plats en argent mas­sif, le buf­fet déborde de faïences, la biblio­thèque de livres minuscules.

Un peu plus loin, dans une mai­son voi­sine, une ser­vante s'active en cui­sine pen­dant que le maître de mai­son se repose au salon, bercé par le tic-tac régu­lier d'une hor­loge. "A l'époque, tout était pro­duit par de véri­tables arti­sans et artistes qui fai­saient aussi les choses +en grand+", explique le conservateur.

Au-delà du passe-temps agréable per­met­tant de dépen­ser l'argent super­flu et du sym­bole d'un cer­tain sta­tut social, les mai­sons de pou­pées jouaient un véri­table rôle social et éducatif.

La répu­blique des Provinces-Unies, connue pour sa liberté reli­gieuse, abri­tait notam­ment de nom­breux cal­vi­nistes. Selon Mme Pijzel-Domisse, la reli­gion pro­tes­tante a influencé le rôle éduca­tif des mai­sons de poupées.

"La vie à la mai­son était beau­coup plus impor­tante dans les pays pro­tes­tants que dans les pays catho­liques, où l'église était au centre. Il était donc plus impor­tant dans les pays pro­tes­tants de mon­trer com­ment une bonne mai­son était tenue", raconte-t-elle.

Amis et voi­sins venaient admi­rer les mai­sons, sou­vent accom­pa­gnés de leurs enfants qui voyaient ainsi com­ment les foyers devaient être gérés, ajoute-t-elle.

Après la révo­lu­tion indus­trielle, les mai­sons de pou­pées et leurs acces­soires se sont peu à peu stan­dar­di­sés. "C'est vrai qu'avant, l'échelle n'était pas tou­jours par­faite mais per­son­nel­le­ment, j'aime beau­coup, cela donne beau­coup de charme aux mai­sons", assure Mme Pijzel-Dormisse.

Les mai­sons de pou­pées conti­nuent de fas­ci­ner. Plus de 86.000 visi­teurs ont admiré celles expo­sées à La Haye depuis novembre.

"C'est tel­le­ment beau et tel­le­ment petit", s'enthousiasme Eva Mits, une Néerlandaise de 78 ans. "On apprend tel­le­ment sur la vie d'autrefois, com­ment fonc­tion­naient les mai­sons, à quoi res­sem­blaient les cos­tumes et la vie des femmes", continue-t-elle tout en s'extasiant devant une chaise en bois sculpté, haute d'à peine deux centimètres.


 

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