07.02.2012

Grèce: Papademos reporte une réunion mais les négociations progressent

Le Premier ministre grec devait mettre la der­nière main mardi soir à la ver­sion finale du nou­veau memo­ran­dum pré­voyant les réformes à mener en Grèce, qui a été négo­cié toute la jour­née et sera fina­le­ment pro­posé mer­credi à l'assentiment des chefs des par­tis de la coa­li­tion gouvernementale.

Au soir d'une jour­née de grève géné­rale contre l'austérité et alors que la Grèce danse sur le vol­can de la faillite et de la sor­tie de l'euro, le Premier ministre Lucas Papademos a décidé de repor­ter à mer­credi -"pro­ba­ble­ment à la mi-journée" selon son cabi­net– une ren­contre avec le socia­liste Georges Papandréou, le conser­va­teur Antonis Samaras et le lea­der d'extrême-droite Georges Karatzaféris.

L'aval des trois res­pon­sables poli­tiques est expli­ci­te­ment demandé par les créan­ciers publics et pri­vés du pays pour déblo­quer un 2e plan d'aide vital pour le pays, pré­voyant à la fois ren­floue­ment finan­cier et désen­det­te­ment, et pré­paré depuis la fin octobre par la zone euro.

Ce nou­veau report, alors que la réunion de M. Papademos avec le trio poli­tique était au départ pré­vue lundi, "ne signale pas de blo­cage, rien de dra­ma­tique n'est inter­venu, sim­ple­ment une série de points très tech­niques à bou­cler qui a pris plus de temps que prévu", a ajouté la source au cabi­net du Premier ministre.

Dans la soi­rée, M. Papademos, nommé Premier ministre d'un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion en novembre, a ren­con­tré les prin­ci­paux diri­geants du lobby ban­caire mon­dial IIF, Charles Dallara et Joseph Ackermann, pour bou­cler les der­niers points en sus­pens du vaste plan d'effacement de dette de la Grèce, a indi­qué la même source.

Cette fré­né­sie de réunions conclut une jour­née de grève géné­rale contre le nou­veau train de mesures réclamé par l'UE et le FMI en échange de leur soutien.

Plus de 20.000 per­sonnes ont mani­festé à Athènes et Salonique pour pro­tes­ter contre la nou­velle cure d'austérité en pré­pa­ra­tion, pré­voyant notam­ment une réduc­tion du salaire mini­mum, des coupes dans les retraites com­plé­men­taires et 15.000 sup­pres­sions d'emploi dans la fonc­tion publique.

"La situa­tion a atteint ses limites. Soit c'est eux qui sautent, soit c'est nous" disait dans le cor­tège, Yorgos, plom­bier à Athènes. Tandis que Costas, employé de banque, se lamen­tait de voir le pays "qui s'enfonce" alors qu'il est "gou­verné par des voyous".

"Non aux licen­cie­ments dans la fonc­tion publique", "Non à la baisse du salaire mini­mum" et "Non aux réduc­tion des retraites com­plé­men­taires": les ban­nières résu­maient en creux les nou­veaux sacri­fices se pro­fi­lant, après déjà trois trains de mesures de rigueur en contre­par­tie des pre­miers prêts UE-FMI de mai 2010.

"On est là parce qu'on sera dans les pre­miers de la pro­chaine four­née de 15.000 à être licen­ciés", a expli­qué Vassilis Bakalis, 34 ans, conser­va­teur au musée Byzantin d'Athènes. Les admi­nis­tra­tions, ser­vices et trans­ports publics ont été affec­tés par la grève.

Peu impres­sion­nés par les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion, les créan­ciers du pays dont la patience s'épuise face aux retards grecs à mettre en oeuvre les réformes, réclament un enga­ge­ment expli­cite des trois par­tis gou­ver­ne­men­taux sur cette nou­velle purge pour déblo­quer les 130 mil­liards de prêts pro­mis fin octobre, et don­ner leur feu vert au lan­ce­ment de la restruc­tu­ra­tion de la dette grecque déte­nue par les créan­ciers privés.

Avec MM. Ackerman et Dallara, M. Papademos devait pas­ser en revue les der­niers points lais­sés en sus­pens pour cette opé­ra­tion, après la quasi-finalisation d'un accord fin jan­vier. Cet effa­ce­ment de 100 mil­liards de créances déte­nus par banques et fonds, au prix pour eux de pertes réelles d'environ 70%, devrait rame­ner la dette grecque autour de 120% du PIB en 2020.

Devant les ter­gi­ver­sa­tions des lea­ders poli­tiques, cer­taines voix au sein des pays créan­ciers et par­te­naires de la Grèce ont accru la pres­sion: la com­mis­saire euro­péenne char­gée des Nouvelles Technologies, la Néerlandaise Neelie Kroes, a estimé qu'il n'y aurait "pas mort d'homme" si la Grèce sor­tait de la zone euro.

Le couple Merkel-Sarkozy a, lui, sug­géré la créa­tion d'un compte blo­qué pour garan­tir que les prêts à la Grèce iraient au ser­vice de la dette, une pro­po­si­tion sou­te­nue par le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker.

Du coup, le pré­sident de la Commission euro­péenne a dû mon­ter au cré­neau mardi pour affir­mer que la place de la Grèce res­tait dans la zone euro.

"Nous vou­lons que la Grèce reste dans l'euro", a-t-il déclaré lors d'une confé­rence de presse où il est apparu au côté du Français Jacques Delors qui fut aussi pré­sident de la Commission euro­péenne de 1985 à 1994.

M. Barroso a sou­li­gné que "les coûts d'une sor­tie de la Grèce de l'euro seraient plus élevés que les coûts pour conti­nuer à sou­te­nir la Grèce".

Malgré l'agitation sociale et la ner­vo­sité des mar­chés, la Grèce a réussi mardi à lever 812,5 mil­lions d'euros en bons du Trésor à six mois, à un taux d'intérêt en très légère baisse (4,86%) par rap­port à la der­nière émis­sion du même type.

Si l'accord des par­tis tant attendu inter­vient mer­credi, le contre­seing poli­tique grec serait for­ma­lisé en conseil des ministres mer­credi ou jeudi, puis pré­senté dans la fou­lée à l'Eurogroupe.


 

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