05.02.2012

Claude Guéant déclenche une vive polémique avec des propos sur les civilisations

Claude Guéant a déclen­ché une vive polé­mique en décla­rant que "toutes les civi­li­sa­tions ne se valent pas" dans un dis­cours sur la République, aus­si­tôt dénoncé à gauche comme une ten­ta­tive pour Nicolas Sarkozy de gla­ner des voix du Front natio­nal, à moins de 80 jours du pre­mier tour de la présidentielle.

Très rapi­de­ment, cette phrase pro­non­cée samedi par le ministre de l'Intérieur lors d'un col­loque orga­nisé par l'association étudiante de droite Uni, s'est répan­due sur inter­net, pro­vo­quant des réac­tions indi­gnées. D'abord au condi­tion­nel, la réunion étant huis clos, avant qu'elle ne soit confir­mée dans la soi­rée par l'entourage de M. Guéant.

Dans le dis­cours obtenu par l'AFP, M. Guéant appelle à "pro­té­ger notre civi­li­sa­tion" et s'en prend à la gauche. "Contrairement à ce que dit l'idéologie rela­ti­viste de gauche, pour nous, toutes les civi­li­sa­tions ne se valent pas", a déclaré le ministre égale­ment chargé de l'Immigration.

"Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avan­cées que celles qui la nient", a-t-il argu­menté, ajou­tant: "celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fra­ter­nité, nous paraissent supé­rieures à celles qui acceptent la tyran­nie, la mino­rité des femmes, la haine sociale ou eth­nique". "Cette phrase a été pro­non­cée à l'occasion d'un dis­cours abso­lu­ment répu­bli­cain dont tout l'enjeu était de condam­ner les civi­li­sa­tions qui ne res­pectent pas la liberté de conscience, la liberté d'expression et l'égalité entre les hommes et les femmes", a fait valoir auprès de l'AFP l'entourage du ministre.

Mais, avant même ces expli­ca­tions, la toile s'était empa­rée de la phrase, rap­por­tée au condi­tion­nel par Fréquence ESJ (frequenceesj.com), un site lié à l'Ecole supé­rieure de jour­na­lisme (ESJ) de Paris.

Sur son compte twit­ter, Harlem Désir, numéro 2 du PS, y a vu "la pro­vo­ca­tion pitoyable d'un ministre réduit à rabat­teur de voix FN. Une majo­rité en per­di­tion élec­to­rale et morale". "Retour en arrière de 3 siècles. Abject", a écrit sur le sien Cécile Duflot (EELV).

Sur twit­ter, Louis de Raguenel, chargé de la veille inter­net au minis­tère de l'Intérieur, a expli­qué qu'"il s'agissait de condam­ner celles qui ne res­pectent pas la liberté de conscience, d'expression et l'égalité hommes/femmes".

Dans un com­mu­ni­qué, le Mouvement des jeunes socia­listes (MJS) a "condamné les pro­pos" de M. Guéant en lui "deman­dant "ce qu'il cher­chait en s'enfermant dans son dis­cours xéno­phobe et raciste". Le ministre "se range dans la caté­go­rie de ceux qui dif­fé­ren­cient et hié­rar­chisent les hommes, per­met­tant le bas­cu­le­ment vers un véri­table racisme cultu­rel", ont-ils ajouté.

SOS Racisme a dit, dans un com­mu­ni­qué, "espé­rer un démenti urgent" de ces pro­pos. "Si ces der­niers, très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l'Intérieur en fonc­tion, ils mar­que­raient une nou­velle étape dans une dérive vers des extrêmes inac­cep­tables, struc­tu­rés notam­ment par des logiques d'infériorisation de l'Autre".

M. Guéant a déjà sus­cité la contro­verse sur des sujets connexes, décla­rant notam­ment en avril que l'augmentation du nombre de fidèles musul­mans posait "pro­blème", ou, fin mai, que "les deux tiers des échecs sco­laires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés".

Cette nou­velle polé­mique à moins de 80 jours du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle inter­vient alors que tous les son­dages donnent Nicolas Sarkozy per­dant face à son rival PS François Hollande.

Elle sur­vient aussi au moment où la can­di­date du FN, Marine Le Pen, cré­di­tée d'environ 20% d'intentions de vote, tire la son­nette d'alarme sur sa capa­cité à ras­sem­bler les 500 par­rai­nages d'élus néces­saires pour se pré­sen­ter à la pré­si­den­tielle. Le FN, qui demande l'anomymat des par­rai­nages, doit défendre une ques­tion prio­ri­taire de consti­tu­tion­na­lité sur ce sujet devant le Conseil consti­tu­tion­nel qui sta­tuera avant le 22 février.

A cela s'ajoute la publi­ca­tion dimanche dans le JDD d'un son­dage, excluant Mme Le Pen de la com­pé­ti­tion, et met­tant à égalité Nicolas Sarkozy et François Hollande avec 33% des inten­tions de vote. Au vu de cette enquête, Louis Aliot, numéro 2 du FN, a dénoncé des manoeuvres visant à écar­ter Mme Le Pen, pour per­mettre au pré­sident sor­tant de se qua­li­fier au second tour.


 

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