Suicide d'enfant: un acte exceptionnel qui appelle une prévention spécifique

Une poignée de cas ces dernières années mais plusieurs faits divers douloureux en quelques semaines: le suicide chez l'enfant reste un acte exceptionnel mais questionne l'ensemble de la société et appelle des actions spécifiques, selon experts et associations.
Jeu du foulard qui tourne mal ou geste impulsif témoignant d'une détresse profonde? Il est souvent difficile de clarifier la mort d'un jeune enfant qui ne laisse aucune explication derrière lui, souligne l'épidémiologiste Françoise Facy.
Les hésitations, cette semaine, à qualifier la mort par pendaison d'un garçon de huit ans à Saint-Ouen, près de Paris, témoignent de cette difficulté. Le suicide d'abord évoqué a semblé ensuite écarté.
En janvier, c'était un enfant de 11 ans qui mettait fin à ses jours dans le Calvados après "une histoire semble-t-il de mauvaise note".
Pour Thérèse Hannier, présidente de l'Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS), les actes suicidaires concernent des enfants de plus en plus jeunes.
"La précocité dans les passages à l'acte est vérifiable dans les statistiques. C'est seulement depuis les années 2000 qu'on enregistre des suicides d'enfants de moins de 9 ans".
Cette femme qui a fondé l'association de prévention du suicide des jeunes, Phare, relève une dizaine de suicides d'enfants le mois écoulé. Mais il est difficile de dégager une tendance à la lecture des données officielles.
37 enfants de 5 à 14 ans se sont donné la mort en France en 2009 (sur un total de 10.499 suicides, dernière année disponible) contre 26 en 2008 et 22 en 2007 mais 43 en 2000, selon des chiffres de l'Inserm qui ne fait aucun distinguo entre enfants et pré-adolescents.
Avant 7 ans, on estime qu'un enfant n'a pas de perception suffisamment aboutie de la mort pour vouloir se la donner et les statistiques ne font état d'aucun suicide parmi les enfants de moins de cinq ans.
"Une extraordinaire impulsivité" Le suicide d'enfants répond cependant à des caractéristiques spécifiques. "L'enfant a une particularité extraordinaire, c'est son impulsivité" souligne Mme Hannier qui passe souvent son temps à "déculpabiliser parents ou enseignants" après un drame.
Elle rapporte le cas d'une enseignante qui un jour dit à un élève perturbateur: "va-donc dans le couloir faire comme les porte-manteaux". Il sort de la salle de classe et se pend à un porte-manteau.
"Qu'est-ce qu'il lui est passé par la tête? Etait-il en souffrance? Les mots de la maîtresse ont-ils déclenché une pulsion de mort violente dans son inconscient?" s'interroge-t-elle.
La prévention passe par des actions simples en direction des parents, des enseignants et des enfants. Interdire l'accès aux armes à feu dans le monde rural ou limiter strictement l'accès aux boîtes à pharmacie, par exemple.
"Les campagnes de prévention des accidents domestiques peuvent prévenir efficacement des suicides chez les plus jeunes" souligne Mme Facy, directrice de recherche à l'Inserm.
Pour Matthieu Lustman, médecin sociologue et spécialiste du suicide, "il est important de sensibiliser les enseignants à la problématique du suicide. Une idée suicidaire peut être exprimée dans une rédaction, le professeur doit être sensibilisé pour la repérer et savoir à qui s'adresser pour donner l'alerte".
L'association Phare a publié cette semaine une lettre ouverte aux candidats à la présidentielle "pour une politique ambitieuse de prévention du suicide chez les jeunes".
Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les moins de 24 ans après les accidents de la route alors que le budget de la sécurité routière est 30 fois supérieur à la prévention du suicide, relève Phare.
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