03.02.2012

Suicide d'enfant: un acte exceptionnel qui appelle une prévention spécifique

Une poi­gnée de cas ces der­nières années mais plu­sieurs faits divers dou­lou­reux en quelques semaines: le sui­cide chez l'enfant reste un acte excep­tion­nel mais ques­tionne l'ensemble de la société et appelle des actions spé­ci­fiques, selon experts et associations.

Jeu du fou­lard qui tourne mal ou geste impul­sif témoi­gnant d'une détresse pro­fonde? Il est sou­vent dif­fi­cile de cla­ri­fier la mort d'un jeune enfant qui ne laisse aucune expli­ca­tion der­rière lui, sou­ligne l'épidémiologiste Françoise Facy.

Les hési­ta­tions, cette semaine, à qua­li­fier la mort par pen­dai­son d'un gar­çon de huit ans à Saint-Ouen, près de Paris, témoignent de cette dif­fi­culté. Le sui­cide d'abord évoqué a sem­blé ensuite écarté.

En jan­vier, c'était un enfant de 11 ans qui met­tait fin à ses jours dans le Calvados après "une his­toire semble-t-il de mau­vaise note".

Pour Thérèse Hannier, pré­si­dente de l'Union natio­nale pour la pré­ven­tion du sui­cide (UNPS), les actes sui­ci­daires concernent des enfants de plus en plus jeunes.

"La pré­co­cité dans les pas­sages à l'acte est véri­fiable dans les sta­tis­tiques. C'est seule­ment depuis les années 2000 qu'on enre­gistre des sui­cides d'enfants de moins de 9 ans".

Cette femme qui a fondé l'association de pré­ven­tion du sui­cide des jeunes, Phare, relève une dizaine de sui­cides d'enfants le mois écoulé. Mais il est dif­fi­cile de déga­ger une ten­dance à la lec­ture des don­nées officielles.

37 enfants de 5 à 14 ans se sont donné la mort en France en 2009 (sur un total de 10.499 sui­cides, der­nière année dis­po­nible) contre 26 en 2008 et 22 en 2007 mais 43 en 2000, selon des chiffres de l'Inserm qui ne fait aucun dis­tin­guo entre enfants et pré-adolescents.

Avant 7 ans, on estime qu'un enfant n'a pas de per­cep­tion suf­fi­sam­ment abou­tie de la mort pour vou­loir se la don­ner et les sta­tis­tiques ne font état d'aucun sui­cide parmi les enfants de moins de cinq ans.

"Une extra­or­di­naire impul­si­vité" Le sui­cide d'enfants répond cepen­dant à des carac­té­ris­tiques spé­ci­fiques. "L'enfant a une par­ti­cu­la­rité extra­or­di­naire, c'est son impul­si­vité" sou­ligne Mme Hannier qui passe sou­vent son temps à "décul­pa­bi­li­ser parents ou ensei­gnants" après un drame.

Elle rap­porte le cas d'une ensei­gnante qui un jour dit à un élève per­tur­ba­teur: "va-donc dans le cou­loir faire comme les porte-manteaux". Il sort de la salle de classe et se pend à un porte-manteau.

"Qu'est-ce qu'il lui est passé par la tête? Etait-il en souf­france? Les mots de la maî­tresse ont-ils déclen­ché une pul­sion de mort vio­lente dans son incons­cient?" s'interroge-t-elle.

La pré­ven­tion passe par des actions simples en direc­tion des parents, des ensei­gnants et des enfants. Interdire l'accès aux armes à feu dans le monde rural ou limi­ter stric­te­ment l'accès aux boîtes à phar­ma­cie, par exemple.

"Les cam­pagnes de pré­ven­tion des acci­dents domes­tiques peuvent pré­ve­nir effi­ca­ce­ment des sui­cides chez les plus jeunes" sou­ligne Mme Facy, direc­trice de recherche à l'Inserm.

Pour Matthieu Lustman, méde­cin socio­logue et spé­cia­liste du sui­cide, "il est impor­tant de sen­si­bi­li­ser les ensei­gnants à la pro­blé­ma­tique du sui­cide. Une idée sui­ci­daire peut être expri­mée dans une rédac­tion, le pro­fes­seur doit être sen­si­bi­lisé pour la repé­rer et savoir à qui s'adresser pour don­ner l'alerte".

L'association Phare a publié cette semaine une lettre ouverte aux can­di­dats à la pré­si­den­tielle "pour une poli­tique ambi­tieuse de pré­ven­tion du sui­cide chez les jeunes".

Le sui­cide est la deuxième cause de mor­ta­lité chez les moins de 24 ans après les acci­dents de la route alors que le bud­get de la sécu­rité rou­tière est 30 fois supé­rieur à la pré­ven­tion du sui­cide, relève Phare.


 

Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
©2012 Agence France-Presse

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos AFP) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP. L’AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions qui ne peuvent être exclus, ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.