03.02.2012

Quatorze ans après, Air entreprend un nouveau voyage dans la Lune

Quatorze ans après "Moon Safari", l'album qui l'a consa­cré roi de la French Touch, Air reprend le che­min de l'astre sélé­nite avec "Le Voyage dans la Lune", un disque ins­piré par la bande-son que le duo a réa­li­sée pour la ver­sion res­tau­rée du film éponyme de Georges Méliès.

Au prin­temps 2011, le duo a été contacté un peu en catas­trophe par l'équipe en charge de la res­tau­ra­tion en ver­sion colo­ri­sée du court-métrage, un des films fon­da­teurs de l'histoire du cinéma.

Quand le fes­ti­val de Cannes a voulu pro­je­ter "Le voyage dans la lune" (1902) en ouver­ture, l'équipe "s'est aper­çue qu'il n'y avait pas de musique et des amis cinéastes ont souf­flé notre nom", raconte à l'AFP Nicolas Godin.

Le duo, qui a signé la très belle bande-originale de "The Virgin Suicides" pour Sofia Coppola, a l'habitude de com­po­ser pour le cinéma.

Mais il s'agissait là de s'attaquer à un tra­vail inédit et dans un laps de temps très court : une dizaine de jours pour créer 12 minutes de musique.

"On avait carte blanche totale et pour la pre­mière fois, on était sûr que le film n'allait pas être édité, que le mon­tage qu'on avait était le mon­tage final. C'était hyper moti­vant, on savait qu'on pou­vait se don­ner à fond parce que ce qu'on fai­sait allait être conservé", explique Nicolas Godin.

Comme à son habi­tude, le duo a mélangé ins­tru­ments orga­niques et digi­taux mais a veillé à les uti­li­ser "de manière com­plè­te­ment +fait à la mai­son+, bri­co­lée pour gar­der l'esprit du film", souligne-t-il.

Les deux musi­ciens n'ont pas eu du mal à se glis­ser dans l'univers de Méliès, qui, avec "le Voyage dans la Lune", a fait entrer les effets spé­ciaux et la science-fiction au cinéma.

"Nous avons en com­mun cette espèce de science-fiction à la fois sty­lée et oni­rique", estime Jean-Benoît Dunckel.

"Son film est très influencé par H.G. Wells et Jules Verne, ça se voit dans les cos­tumes, les décors, la formes des vais­seaux, des machines. Nous aussi on a lu ça quand on était petits et quand on a tourné le clip de +Moon Safari+ nous nous sommes ins­pi­rés des +Chroniques mar­tiennes+ de Ray Bradbury (1950)", ajoute-t-il.

Après le film, Air a retra­vaillé les mor­ceaux et y a ajouté d'autres com­po­si­tions — dont cer­taines chan­tées par Victoria Legrand de Beach House ou le trio Au revoir Simone — afin d'en faire un disque de 37 minutes.

L'album "Le voyage dans la lune", publié lundi chez EMI, n'est donc pas seule­ment la bande-son du film. D'ailleurs "Le retour sur terre" y pré­cède "Le décollage".

"La musique raconte une his­toire et à la fin d'un mor­ceau ton oreille a envie d'entendre quelque chose. Une fois que tu as choisi le pre­mier mor­ceau, ce n'est plus toi qui décides, les titres s'enchaînent de manière natu­relle et il se trouve que ça ne cor­res­pon­dait pas à l'ordre du film", explique Nicolas Godin.

Oscillant entre eupho­rie et mélan­co­lie, entre envo­lées psy­ché­dé­liques et balades rêveuses, le duo retrouve avec "Le voyage dans la lune" le souffle d'air frais qu'il avait créé avec "Moon Safari".

"Le film de Méliès a bous­culé nos pro­jets d'album dans le bon sens. Ca a été un truc énorme qui nous a vrai­ment aidé au moment où on cher­chait l'inspiration", juge Nicolas Godin.

"Faire une musique pour un film demande beau­coup plus d'adresse au niveau sen­ti­men­tal. On ne fait pas de la musique pour faire dan­ser les gens ou les rendre heu­reux, il faut les faire pleu­rer, les amu­ser, les angois­ser. Et c'est cru­cial pour nous de pou­voir essayer ça afin de le réin­cor­po­rer dans nos albums", ajoute Jean-Benoît Dunckel.


 

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